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26/04/2018 09:00 EDT | Actualisé 26/04/2018 09:00 EDT

Quand t'apprends à conduire...

Tu voulais que ton enfant apprenne en sécurité et tu t'attendais à un minimum de courtoisie de la part de tes voisins. C'est pareil avec la mienne aujourd'hui sauf là c'est un char qu'elle a entre les mains.

ljubaphoto via Getty Images

C'est l'histoire d'une jeune de 16 ans qui apprend à conduire, comme tous les jeunes de 16 ans qui apprennent à conduire. Jusque-là, c'est assez ordinaire. L'affaire c'est que la fille qui apprend à conduire doit respecter à la lettre les règles du code de conduite. Pourquoi? Parce que c'est beaucoup mieux de même. Elle doit tout respecter parce que la madame à l'examen pratique va être sévère et la faire échouer. Elle doit tout respecter parce que sa mère est assise à côté.

Tu savais que les parents, on n'a pas signé pour faire des lifts jusqu'à ce que nos enfants aillent 35 ans?

Maman fait bien sa job. Elle surveille, double-check, laisse son téléphone dans sa sacoche, baisse la musique quand la petite se met à chanter. Ce n'est pas facile quand on n'a pas le contrôle et que la conductrice n'est pas habituée. Ça va vraiment bien dans les stationnements vides du quartier industriel le mercredi en fin de soirée, ça va bien aussi dans les petites rues inanimées, mais quand arrive le boulevard, c'est une autre histoire. Il y a les vélos, les piétons, les écureuils, les poussettes...

L'affaire, c'est que toi tu es là, avec ton permis en poche depuis des années, une couple de points en moins, quelques tickets à payer ou à contester. Tu es là et tu lui pousses dans le cul, parce que 50 km c'est pas assez rapide et tu es pressé. Tu ne le sais pas que la p'tite en est à ses premières conduites parce qu'il n'y a pas d'autocollant sur mon char pour l'indiquer. Il y a des petits collants pour ceux qui ont des enfants, pour montrer qu'ils jouent au soccer et au hockey, il y en a pour le chat, le chien, la poussette, il y en a qui disent de ne pas texter, il y en a pour dire que Jésus existe et que tu as visité le New Jersey, mais il n'y a rien pour dire que c'est une élève au volant dans le char de maman.

Toi, tu pousses, la petite est un peu stressée parce que ton pare-chocs est tellement proche qu'elle ose à peine s'arrêter quand arrive l'intersection. Et quand elle fait son stop, c'est trois secondes, gauche, droite gauche, je gage 100$ que tu l'as oublié. Même si toi tu ralentis et tu décolles sans t'arrêter complètement, elle, elle doit rester immobilisée, même si tu pousses, même si tu klaxonnes, même si tu fais des grosses faces frustré, c'est elle qui est en avant et moi je suis juste à côté avec l'envie de débarquer de mon char pour te dire de te calmer pis que la rue t'appartient pas.

Tu vois, quand tu lis les articles sur les accidents de voiture dans le journal, tu dis « esti encore un jeune » je sais que tu dis ça.

Tu dis qu'ils roulent en malade, qu'ils se croient dans un jeu vidéo, bla-bla-bla, mais toi aussi t'as une part de responsabilité. Celle de les laisser apprendre sans la pression inutile de ton impatience. Je t'ai vu essayer de la dépasser par la voie à sens contraire dans une zone de 40. Tu es comme un prédateur en arrière. Tu fais crier ton moteur, tu te pousses d'un bord, de l'autre, tu flashes tes lumières pour que la petite te laisse passer. Tu finis par lui faire l'intérieur dangereusement dans une courbe en la regardant avec les yeux de Jack l'Éventreur. ALLLLLOOOOOOO ! La p'tite peut pas rouler plus vite, ni bruler ses stops pet toi, tu ne peux pas non plus passer par-dessus faque au lieu de te prendre pour le «king d'la wing» dans un pick-up de compagnie sur une rue bordée d'une piste cyclable, attends-donc ton tour pis savoure un peu le paysage.

Juste de même, une ado de 16 ans qui commence à chauffer c'est assez facile à reconnaitre. D'abord, c'est juste pendant la durée du cours qu'elles obéissent autant. Je vais t'aider encore un peu, chandail avec un capuchon, vernis écaillé sur les ongles, une job d'orthodontie, les deux mains à 10 h 10 sur le volant, du Post Malone dans le char, et un parent côté passager qui regarde de tout bord tout côté, tu ne te trompes pas, c'est clair que c'est ça.

Tu te souviens surement du temps où tu montrais à ton ti-cul à pédaler sans ses petites roues. Tu restais proche, tu ne voulais pas qu'il se bêche, tu criais après les chars qui roulaient à plus de 20 km dans ton rond-point. Tu voulais que ton enfant apprenne en sécurité et tu t'attendais à un minimum de courtoisie de la part de tes voisins. C'est pareil avec la mienne aujourd'hui sauf que le temps des petites roues est révolu et là c'est un char qu'elle a entre les mains.

Avant de pousser dans l'cul de la petite pour qu'elle aille plus vite, avant de la stresser, de la faire sentir comme une touriste et l'amener à croire que les limites de vitesse c'est de la bouette, dis-toi que tu peux contribuer à son apprentissage pour que dans un an, tu ne voies pas sa photo dans ton journal. Et je te donne ma parole que si je te retrouve, je l'amène à côté de ton char pour pratiquer ses parallèles.

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