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04/05/2018 09:00 EDT | Actualisé 04/05/2018 09:00 EDT

Pénis, vagin, fellation... Un cours d'éducation sexuelle à l'école, ça ressemblerait à quoi?

Je vous le dis, c'est aussi essentiel qu'une notion de géographie.

Supreeya Chantalao / EyeEm via Getty Images

Je pense à ça, parce qu'il y a des gens qui ont peur que ça dérange le développement de leur enfant. D'abord, sachez que tel cours se donne en centre jeunesse, ouais, c'est moi qui le donne!

On parle d'anatomie, de relation, de contraception, de consentement, de réseaux sociaux, d'avortement, d'abus. Et vous savez quoi? Les jeunes aiment ça. Ils s'expriment librement, posent des questions aisément, se confrontent aux autres, se rassurent. Quand une nouvelle arrive, elle s'intègre sans trop de timidité parce que déjà elle sait que l'ambiance est cool, que les activités représentent sa réalité.

Ben oui on parle de vagin, de pénis, de fellation, on rit aussi quand vient le temps d'associer le bon terme à la bonne partie de l'anatomie.

On échange sur les expériences, on clarifie nos limites, on précise nos valeurs sexuelles. Dites-moi que vous avez déjà parlé de tout ça avec votre ado en exploration. On enseigne même comment bien mettre un condom, c'est important si vous ne voulez pas vous retrouver grand-mère avant 45 ans. Un petit bébé conçu on ne sait pas trop avec qui, ni quand ni où, pourquoi pas..

Ça prend ça, je vous le dis, c'est aussi essentiel qu'une notion de géographie. Vous ne pouvez même pas imaginer tout ce qu'ils ont déjà essayé, vous ne savez pas à quel point ils ne différencient en rien le mythe de la réalité. À l'heure où on banalise les relations anales, les partenaires multiples, l'heure où on valorise les gangbangs, l'heure des vidéos... Vous savez ces vidéos qui ne s'effacent pas du web une fois publiées et qui se propagent à la vitesse de l'herpès. Parlons-en donc de cette belle infection. Vous savez que vos jeunes ne savent pas que ça ne se guérit pas et que ça se transmet au bébé 15 ans plus tard quand vient le temps d'un accouchement. De beaux souvenirs de jeunesse qui peuvent être évités avec un peu d'info sagement distribuée. Entre ça et savoir situer le Népal sur la carte du monde... me semble que...

Les plus jeunes un peu plus naïves qui cherchent à plaire pour être acceptée, les grandes qui savent tout, qui pensent avoir tout essayé, les gênées, les p'tits Joe connaissants... tout le monde y trouve son compte. Si elles ne veulent pas participer, on leur demande 15 minutes d'essai et après ça elles peuvent partir. Finalement, elles ne partent pas. Elles se normalisent, se confient et quand elles ressortent, c'est plus clair. On parle de lois en lien avec le partage de photos toute nue sans bobette sur internet, on aborde le droit de dire non, le recrutement, le processus de dénonciation.

Plusieurs découvrent la vraie nature d'une agression ou d'une relation abusive, elles ne savent pas trop sinon, elles pensent être obligée, pensent que c'est normal d'avoir mal, de jouer a touche-pipi avec un mononcle ou de se faire menacer. Vous ne savez pas ça parce que votre fille elle ne vous le dira pas. Votre gars non plus s'en vantera pas et le mononcle, oubliez ça.

Je sais que là, il y a des parents qui ne veulent pas. C'est à vous que je m'adresse maintenant. Vos enfants sont curieux, on s'entend, faites comme eux, ouvrez Google et tapez « vagin » et voyez ce qu'ils ont vu. Tapez « pénis » et voyez ce qu'ils ont vu. Pour finir, taper « fellation » même si ça ne vous tente plus. Régalez-vous tout en vous demandant comment vous allez arriver à rectifier tout ça.

L'image qu'ils se font de leur corps et de celui du sexe opposé est déjà détruite avant même que vous réalisiez qu'ils ne sont plus des enfants.

Ils sont déjà complexés de croire qu'ils ont un petit pénis, d'avoir des lèvres asymétriques, ils croulent sous la pression de devoir satisfaire l'autre selon des critères qui sont irréalistes. Peut-être que là, vous n'avez pas envie de continuer à lire à cause des mots qui vous mettent mal à l'aise, vous allez faire comment pour en parler?

Une fille, deux filles, double pénétration, objets sexuels, soumission. Trop de jeunes carburent aux vidéos pornographiques en s'imaginant que c'est la réalité. Et vous, vous craignez qu'une discussion structurée avec des animateurs qualifiés aille venir perturber votre p'tit ninja en rut...

L'apprentissage de la sexualité, c'est la base de ce que votre ado va devenir, de comment il va se satisfaire, se construire, comment il va combler son désir de plaire, comment il va respecter l'autre. Je vous jure que son orientation sexuelle ne sera pas affectée, en fait, toutes les questions qu'il se pose étaient déjà dans sa tête avant même son entrée dans mon local d'activité. Ce n'est pas à cause de moi qu'il devient curieux ou qu'il précise son attirance vers un genre ou l'autre, mais c'est grâce à l'activité qu'il va se normaliser et arrêter de se taper sur la tête en pensant qu'il est détraqué.

Si vous saviez tout ce qu'on entend, tout ce qu'on rectifie, tout ce qu'on enseigne. Ce n'est même pas gênant ou lourd, ce n'est surtout pas dans le jugement. Et les parents, pour vrai, vous nuisez beaucoup à vos enfants en signant des pétitions contre le projet.

C'est sur que c'est important les notions mathématiques, grammaticales et ça aide de savoir l'année qui correspond à Jacques Cartier, mais je vous confirme hors de tout doute que vos enfants vont utiliser beaucoup plus leur anatomie dans leur vie. Commencez donc par vous demander de quelle façon vous allez aborder tout ça. Je vous donne 10 minutes avant que votre enfant foute le camp, mal à l'aise de vous écouter. Allez-y, essayez.

Appelez-le maintenant et dites-lui que vous souhaitez lui parler de quelque chose d'important, dites-lui que ça concerne sa sexualité. Allez-y, pénis, vagin et rendu à fellation, dites-moi qu'il est encore là !

C'est exactement pour ça qu'on veut donner les cours à l'école, on le sait que c'est vraiment ordinaire de parler ouvertement de tout ça avec sa mère ou son père.