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13/05/2018 08:00 EDT | Actualisé 13/05/2018 10:02 EDT

Chères mamans, c’est le temps de se lancer des fleurs et de garrocher le pot ailleurs

Aujourd’hui, je m’offre des fleurs à moi de moi et que quelqu’un s’occupe de m’apporter un daiquiri.

carrollphoto via Getty Images

Pour toutes ces fois où on est passé en second, pour avoir manger notre spaghetti froid, pour avoir donné la meilleure bouchée du gâteau, la plus grosse pointe de tarte, pour avoir pris le temps de faire du Jello fluo avec des jujubes cachés dedans, pour avoir annulé le rendez-vous chez l'esthéticienne, annulé le trip de fille au profit de torcher une gastro, pour avoir réinventé la nature du brocoli, de l'asperge et du chou de bruxelle, pour en avoir mangé nous-mêmes au profit de l'exemple à donner ou pour avoir simplement dit, faites pas ce que je fais, faites ce que j'dis..

Pour avoir couru sa vie avant qu'il n'atteigne l'escalier ou l'échelle de piscine, pour avoir acheté des pansements de superhéros et de princesse, des bobettes de tortues Ninja, des bottes d'eau avec la face de Dora, pour avoir fait la file devant le père Noël un samedi matin, et passer de longues minutes à regarder les p'tits poussins au centre d'achat, pour un spectacle de deux heures de Pat Patrouille. Pour toutes les fois où on s'est levée la nuit juste pour entendre le silence avant que le p'tit dernier se réveille à 4 h du matin en disant que la nuit était finie, qu'il réveille la plus vieille en rentrant dans sa chambre et pour toutes les fois où on a bu notre café frette après s'être assoupie devant la télé à l'heure où le soleil est même pas encore lever.

Pour chaque fois où on est entré dans leur chambre s'assurer qu'ils étaient bien, qu'on a pris soin de replacer la couette, l'oreiller et le toutou préféré, pour les retours de sortie où on va voir si le bébé est correct avant même de cracher 50 $ à la gardienne, et pour chaque fois où grand-maman l'a gardé à coucher, mais qu'on débarquait chez elle à 8 heures le matin pour le récupérer au lieu de faire la grâce matinée.

Pour la gymnastique d'horaire à configurer, pour les lifts chez des amis quand on vient juste de s'installer devant notre série préférée, pour les capitales, les formules de math et les règles de français qu'on révise au lieu d'aller s'entrainer, pour tous les vidéos de chats qu'on regarde, les dessins qu'on affiche, pour les tounes de Marie-Mai en Karaoké et les chorégraphies de danse dans le salon du sous-sol, pour replacer tous les meubles quand c'est fini pis que les copines sont reparties sans rien ranger. Pour tous les p'tits jus dans la boite qui traînent dans le divan, les bas roulés en boule, les bobettes prises dans les jeans, pour la brosse à dents mouillée sur le comptoir et les cheveux dans le bain. Pour le sac de chips renversé sur les bancs du char, pour le cornet échappé sur le coussin d'une chaise de cuisine, essuyé avec la serviette à main, replacé sur la poignée du poële, pour le parfum à 100 $ utilisé comme chasse odeur, pour le vernis échappé sur le plancher, pour le beau dessin fait avec une roche sur ma porte de char..

Pour toutes les fois où on a remis nos jeans sales, où qu'on n'a pas eu le temps de faire nos cheveux, pour chaque journée de congé où on ne s'est même pas arrêté un peu, pour les trios big mac, les sundaes à 10 $, pour avoir acheté un chat, un chien, un lapin et adopté une petite grenouille dans le pot Masson qui servait de contenant pour la soupe maison. Pour notre chandail préféré qu'elle a pris la fois où elle faisait de la peinture avec ses doigts, pour avoir encadré l'œuvre et mis délicatement le chandail aux poubelles.

Pour avoir fait des p'tits bonhommes avec des cure-dents et des fruits, pour avoir planifié une chasse au trésor, une course à relais, un concours d'habiletés, pour chaque fois où on va magasiner et qu'on revient plein de sacs, mais rien pour nous, pour toutes les fois où on a décidé qu'on était très bien dans nos jeans avec des trous, nos bottes avec des trous, nos deux mitaines avec des trous et notre vieille veste... avec des trous..

Pour les fois où on s'est dit que notre repousse ne paraissait pas trop, que se casser un ongle c'était pas grave, que notre mal de tête allait passer, pour toutes les fois où on s'est assoupie avant le dessert malgré la présence d'invités, pour avoir entendus 22 000 fois la chanson de la reine des neiges et revus 13 000 fois le même film poche, pour avoir déboursé trop d'argent pour voir la suite encore plus poche au cinéma, pour avoir caché un sac de bonbons du magasin de la piasse dans le fond de la sacoche pour sauver un peu d'argent..

Pour toutes les fois où on a dû mettre de l'eau dans notre vin et beaucoup de vin dans notre bouteille d'eau, pour avoir envie de fumer un joint en cachette sans même se sentir coupable, et se rendre compte qu'on n'a rien pour le rouler, pour chaque lendemain de veille qu'on a tenté de garder caché, pour les fois où on est rentré à 3 heures du matin en comptant les heures qu'il nous restait à dormir, pour avoir eu besoin de seulement 3 doigts pour les compter.

Amenez-en des fleurs, pas celles qui se fanent, pas celles achetées en ligne ou en boutique, pas celle qu'on plante en bordure de la terrasse, ou qu'on vole dans les plates bandes de centres d'achats, non non, les vraies fleurs, celles qu'on s'offre à soi de soi, celles qui nourrissent l'estime, celles qui font du bien à l'âme, celles qui font qu'on fini par aimer ces enfants-là malgré tout, qu'on en veut d'autres pis qu'on ne peut pas arriver à imaginer sa vie sans la leur..

Moi, aujourd'hui, je m'offre des fleurs à moi de moi et que quelqu'un s'occupe de m'apporter un daiquiri.