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17/06/2018 08:00 EDT | Actualisé 17/06/2018 08:00 EDT

C'est votre fête les papas!

Derrière chaque accouchement, il y a un père qui tourne en rond dans une chambre d'hôpital avec des crampes au ventre d'excitation à l'idée de devenir père.

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Il parait que vous êtes celui qui s'évanouit dans la salle d'accouchement, celui qui regarde ailleurs quand ça déchire, celui qui n'ose pas prendre bébé parce qu'il est trop petit, trop léger, parce qu'il ne se manipule pas comme une poche de poudre à gyproc. Il parait aussi que vous êtes celui qui ne se réveille jamais la nuit quand bébé pleure, que vous ne sachiez jamais si le lait est trop froid, ou le bain trop chaud, s'il faut mettre une tuque, ou une casquette. Il parait que vous n'êtes pas certains si on peut mélanger la crème solaire avec le chasse-moustique sur leur belle petite peau, et que vous oubliez souvent la dose d'antibiotique.

On dit que vous ne savez pas que bébé n'aime pas les champignons, que ça prend du miel sur les croquettes et que Pat Patrouille, c'est une histoire avec des pompiers en chien. J'ai même entendu que vous ne preniez pas les appels de l'enseignante, du dentiste ou du médecin.

On m'a raconté aussi que vous restiez distant devant la chicane d'amis, et tellement impuissant devant la première peine d'amour. La première brassière, les tampons, la contraception, la façon d'enfiler un condom, il parait que ce n'est pas non plus dans vos fonctions.

Je suis dit que ça ne se pouvait pas, que vous ne pussiez pas être aussi démuni ou inconfortable, je me suis dit que pour avoir droit à votre journée, il fallait bien que vous la méritiez, alors j'ai cherché votre contribution parentale et thank god, je l'ai trouvée.

Derrière chaque accouchement, il y a un père qui tourne en rond dans une chambre d'hôpital avec des crampes au ventre d'excitation à l'idée de devenir père, derrière chaque évanouissement, il y a toute la détresse de voir souffrir celle que vous aimez, derrière chaque inconfort à tenir bébé dans vos bras, il y a la peur de l'échapper. Pour les tampons, les condoms, c'est mieux de même, de toute façon, on les retournerait parce que ça ne serait pas les bons.

Bref, vous êtes là, derrière le petit ver de terre qu'on ne veut pas accrocher après l'hameçon, derrière l'observation de la grosse araignée sur le balcon, vous êtes là pour toute la culture cinématographique des vieux films de Stallone et de Chuck Norris, vous êtes là pour le flip de la boulette sur le BBQ, le flip de la crêpe qui s'écrase sur la cuisinière, le lancer de nouille sur le mur de la salle à manger. Vous êtes là pour le changement d'huile, la crevaison, et le piratage de Neltflix, vous êtes là en titi quand vient le temps de négocier le premier char, d'apprendre à chauffer manuel et faire un parallèle.

C'est à vous autres tout ça, je vous le donne.

Il y que vous pour revoir 10 fois le même but au soccer, commenter l'arrêt de la mitte, critiquer le dernier échange, c'est grâce a vous que Ti-cul a le chandail de Crosby et qu'il rentre à l'école en parlant de la face d'Ovechkin quand il a tenu sa première coupe Stanley. Nous, on était déjà couché quand c'est arrivé ou bien on écoutait autre chose sur l'autre télé.

Vous étiez là, quand il fallait enseigner qu'un conflit des fois, ça se règle avec un coup de poing sur la gueule, que pour prendre sa place, il ne faut pas la demander, mais des fois, il faut la voler, vous êtes là quand faut jouer du coude au lieu d'exprimer nos émotions avec des mots gentils.

Ils vont se rappeler des visites à la crèmerie à minuit, des trips de pizza avec les chums un samedi soir, ils savent bien que si vous n'étiez pas là le premier jour d'école vous avez téléphoné pour savoir si tout avait bien été, ils vont se rappelez des drifts en char dans la première neige, des dépassements dans les courbes, ils ont d'ailleurs bien gardé secrète la contravention. Ils vont se rappeler de tout ce qui est arrivé les soirs où maman n'était pas à la maison.

C'est bien vrai que souvent on ne vous rend pas justice, on prend le crédit de la douleur, des pleurs, de se lever la nuit, c'est bien vrai qu'on sait toujours c'est quoi la marque qu'il faut acheter et en quelle quantité. Il reste quand même que vous seriez là pour aller chercher des sushis quand on est à boutte d'une cinquième otite, vous êtes là aussi quand vous finissez le match sur la petite télé de la cuisine parce qu'on s'est endormie sur le divan du salon avec bébé dans les bras, et on le sait bien que quand elle pleure son premier amour, vous l'écoutez respirer derrière la porte pour vérifier si elle est bien endormie. Vous êtes là, partout, chaque fois, impliqué différemment, et si j'me souviens bien, si je recule de quelques années déjà, le tout premier mot qu'il a dit, ce n'était pas maman, c'était papa.