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27/12/2015 09:23 EST | Actualisé 27/12/2016 05:12 EST

François, un pape ambivalent

En lisant l'histoire des saints canonisés, n'est-il pas étrange de constater qu'un grand nombre semblaient être des extrémistes religieux, des névropathes probables, voire des psychotiques que l'isolement et l'abstinence prolongés ont conduits à de multiples dérèglements.

Ce pape, pourtant si près des gens ordinaires sains de corps et d'esprit, ne remet pas en question la canonisation des saints de l'Église. Il s'apprête à canoniser Mère Teresa.

Au cours des siècles, les papes ont canonisé des personnes qu'ils jugeaient «saintes». Le pape Jean-Paul II est l'auteur du plus grand nombre de canonisations et de béatifications de l'Histoire, parmi lesquelles se retrouvent aussi les plus contestées. Le culte des saints fut établi pour prouver que les saints étaient plus grands que les païens. Il fallait que le christianisme soit reconnu comme «meilleur». En lisant l'histoire des saints canonisés - bien que je ne souhaite en rien me substituer aux professionnels de la psychanalyse -, n'est-il pas étrange de constater qu'un grand nombre semblaient être des extrémistes religieux (ermites, reclus, etc.), des névropathes probables (contemplatifs, sujets aux hallucinations), voire des psychotiques que l'isolement et l'abstinence prolongés ont conduits à de multiples dérèglements. Pourtant, on nous les cite en exemples à suivre. Ce sont les grands modèles proposés à tous les catholiques.

Curieux aussi que ces saints aient été choisis parmi les papes, les Pères de l'Église, les fondateurs et les fondatrices de communautés religieuses, les religieux et les religieuses ainsi que les martyrs. Jamais chez les laïcs! Sauf, bien entendu, pour ce qui est des martyrs de la foi, deux ou trois dignitaires, un roi et un général. Le pape Jean XIII, si cher au cœur des Italiens et des chrétiens du monde entier fut béatifié en même temps que Pie IX.

En vain Mère Teresa a demandé au pape Jean-Paul II de vendre les biens du Vatican pour en donner le profit aux pays pauvres. Le dévouement et la grande charité dont a fait preuve Mère Teresa sont dignes de mention. Elle a toutefois été victime de l'institution de l'Église et les religieuses de sa communauté en ont souffert; certaines d'entre elles ont témoigné de sa sévérité. Elle s'est prononcée pour le célibat des prêtres. Elle encourageait la procréation, ce qui était contradictoire avec son combat contre la misère présente dans ce pays de l'Inde. Si elle n'avait pas représenté l'Église, aurait-elle dévoilé une face cachée de son intelligence et de son instinct, qui l'aurait amené à sensibiliser son milieu à se pencher sur le problème de natalité prolifique? Comme toutes les religieuses de son époque, elle fut aussi victime de règlements absurdes et inhumains.

On ne trouve jamais de juste milieu dans la vie des saints. Tous ont été des athlètes du dépassement et leur médaille, c'était l'auréole de la canonisation.

Dans la vie religieuse, on valorise le dépassement pour faire échec au raisonnable par l'irraisonnable, pour dompter les tendances naturelles par l'excès d'une ascèse inhumaine.

Dans un passé pas lointain, pensons à l'une des saintes les plus populaires, sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Thérèse Martin. Elle est morte carmélite dans un cloître français. Depuis, l'Église s'en fait une «gloire», comme la mère qui se fait une gloire d'avoir un enfant kamikaze, alors que l'Église est en quelque sorte responsable de cette mort provoquée par un excès de jeûnes, de pénitences et, surtout, par le froid qu'elle a dû supporter, tragique résultante des règlements cruels et insensés appliqués dans les cloîtres et fort encouragés par les papes. Qu'une jeune fille de vingt-quatre ans soit morte dans de telles conditions de vie dépasse l'entendement et relève, à mon avis, un véritable scandale! Aujourd'hui, si cela se reproduisait, la famille accuserait l'Église et le monastère de négligence criminelle et elle aurait recours au tribunal. Thérèse de l'Enfant-Jésus n'est donc pas morte pour la gloire de Dieu, comme l'Église veut bien le faire croire, ni pour la gloire de l'Église. Des adeptes de l'extrême, des êtres mal dans leur peau, éprouvant le besoin de se démarquer des autres? Ou des victimes de lavages de cerveaux? Qui seront les saints de demain? Qui sera canonisé par les laïcs? Quels seront les modèles de l'avenir?

Le Petit Larousse définit la sainteté comme étant la qualité de ce qui revêt un caractère vénérable et conforme à la loi morale. Par ignorance, on l'associe davantage au monde religieux, mais elle peut exister en l'absence de religieux, au cœur d'une existence empreinte d'équilibre et de sagesse, non sur des excès personnels, mais sur l'excellence de la vraie vie.

Pourquoi une vie «saine», par définition, en conformité avec la raison, la pondération, la sagesse, ne serait-elle pas «sainte»? Il semble que les jeunes, particulièrement, ont besoin de modèles pour se réaliser, pour se dépasser et ils cherchent ces modèles dans les extrêmes, dans ce qui sort de l'ordinaire. Enseignons-leur qu'une vie saine est, de loin beaucoup plus «canonisant»! Et rappelons-nous que la canonisation n'est qu'un rite de plus contenu dans les rituels de magie religieuse. Quels modèles offrir aux jeunes? Ont-ils vraiment besoin de modèles? Peut-être pas, puisque les modèles d'aujourd'hui ne seront pas d'actualité ou d'intérêts demain. Il est préférable, à mon avis, de les aider à trouver des balises auxquelles ils pourront se référer, par l'habitude de réflexions qu'on devrait leur inculquer dès leurs études au secondaire. Une idole qu'on leur propose, ou une référence à eux-mêmes accompagnée de connaissances et de réflexions philosophiques?

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