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18/01/2018 09:00 EST | Actualisé 18/01/2018 09:00 EST

Blogueuse voyage, j’ai décidé de moins publier pour ne pas passer mon temps dans la spirale infernale d’Instagram

Aujourd'hui pour devenir une personne influente et avoir la vie la plus cool, il faut voyager à travers le monde.

Getty Images

Le voyage, à mes yeux est synonyme de liberté, d'escapade, de reconnexion à la nature et au monde. Quoi de mieux que de partir pour vivre l'instant présent, admirer la vie avec des yeux d'enfant, sortir de sa zone de confort, se laisser surprendre via l'expérience, les 5 sens en éveil.

Mais alors, face aux fléaux des réseaux sociaux, je me questionne. Peut-on réellement profiter et ressentir ce monde, greffé à son téléphone, coincé derrière la lentille de son appareil photo? Au final, à défaut de vouloir tout partager en ligne immédiatement, ne serions pas nous-mêmes en train de perdre ces instants si précieux pour s'embarquer dans un voyage virtuel plus que sensoriel?

Aujourd'hui lorsque je me balade sur les réseaux sociaux, ou lorsque j'entends certaines conversations balisées d'expressions codées empruntées au monde du marketing, je réalise que le monde a bien changé! De parfaits anonymes, utilisent et exposent leurs vies pointilleusement orchestrées, pour se créer une image de marque bien vendeuse!

Et aujourd'hui pour devenir une personne influente et avoir la vie la plus cool, il faut voyager à travers le monde, car oui le voyage est à la mode, et il est un sujet rentable!

En effet, le voyage, ça vend du rêve. Concrètement, qu'il soit une tendance actuelle, je trouve cela plutôt positif, car le voyage est selon moi très instructif, et favorise l'ouverture d'esprit. C'est donc plutôt une bonne nouvelle qu'il se démocratise et devienne une activité de plus en plus accessible.

Néanmoins je reste sceptique quant à la tendance à collectionner les destinations à la mode, de manière à se construire l'image d'une vie aseptisée la plus cool et la plus photographiquement parfaite sur la toile!

Tout le monde s'improvise photographe et vidéaste, et expose ses clichés de vacances aux yeux du monde, ce qu'on réservait d'antan à nos soirées diapo entre amis (ça me manque ça d'ailleurs, ok je suis vieille ;-p).

Le voyage devient alors une course à l'image, où tout est parfaitement mis en scène et soigné comme dans un studio de photo publicitaire.

On suit alors des recettes infaillibles, à base de filtres et de hashtags percutants, de sourires figés, de cadrages valorisants, de selfies égocentriques devant un paysage ultra connu, de poses clichées les bras ouverts en signe de liberté devant un coucher de soleil. (ça va j'ai fait les mêmes photos moi aussi...).

Les poses stéréotypées des blogueuses voyages

À la recherche de clic et d'abonné, de La photo instagrammable, celle qui fera mouche et qui satisfera un besoin égocentrique de reconnaissance, certains ne pensent plus qu'à travers ces réseaux sociaux, et cela envahit leur vie quotidienne jusqu'à l'influencer.

Les flux Instagram ou Pinterest dictent alors les tendances et les lieux à aller voir, alors en troupeau tout le monde se suit en quête de la même image.

Il faut à tout prix être au bon endroit au bon moment et le montrer pour exister...

Nous sommes bien loin de l'esprit instantané, duquel est né le fameux réseau Instagram (d'où son nom d'ailleurs), dorénavant rien n'est posté au hasard, tout est travaillé et préparé, ce qui demande beaucoup d'investissement et de temps. Les photos sont de plus en plus retouchées, et les mises en scènes recherchées. Tout cela s'éloigne selon moi de ma vision du voyage et de la vie, et c'est pourquoi j'ai eu besoin de mettre le Hola et d'exprimer ma réflexion à ce sujet.

Instadéprime

Fin 2017 alors que l'heure du bilan a sonné, comme certains ont pu le constater, j'ai diminué les publications sur le blogue, non pas parce que je n'aime plus écrire ou parce que je ne vous apprécie plus, loin de là! Il s'agit plutôt d'une sorte de lassitude et de questionnement, au fond, pourquoi fais-je ça? Et qu'est-ce que cela m'apporte concrètement?

Sans m'en rendre compte à mon retour de voyage, influencée par l'environnement ambiant, je me suis engouffrée dans une spirale infernale, dans laquelle je n'avais mis qu'un orteil jusqu'alors. Ce tourbillon n'est autre que celui des réseaux sociaux et leur dépendance malsaine.

Ce monde virtuel m'a alors happé, et fait perdre mes vraies motivations et valeurs, ce qui doucement, mais sûrement m'a poussée à ne plus prendre plaisir à entretenir ce blogue!

Entrainée malgré moi dans une véritable course au like et un impitoyable concours d'images, je me suis surprise à avoir des comportements d'avidité, de compétitivité ou encore des sentiments de frustration ou de jalousie envers les gens qui voyageaient, alors que moi j'étais rentrée.

Mais surtout j'ai constaté que tout cela entraînait peu à peu en moi, des complexes et une perte de confiance et de motivation.

N'ayant aucune envie de rentrer dans ce jeu narcissique et futile, qui au lieu de libérer ma créativité et de m'aider à m'épanouir et avancer, me réduit et me soumet, j'ai décidé d'en analyser les dérives. Essayons de comprendre ensemble en quoi ce monde bel est bien virtuel est plus néfaste qu'on ne le pense.

Une génération déconnectée

À être trop connecté, on se déconnecte de la vraie vie! Cette utilisation à outrance des réseaux sociaux est un miroir sociétal, et il n'est pas étonnant de constater qu'actuellement dans nos pays, la dépression est l'une des maladies les plus répandues chez les jeunes. Et selon moi l'hyperconnection y est réellement pour quelque chose, c'est le nouveau fléau 2.0.

Ces réseaux poussent en effet à la frustration constante, même en étant conscient que chacun n'expose qu'une version sublimée de sa propre vie, on ne peut s'empêcher de comparer et de se convaincre que la nôtre n'est pas aussi bien, pour la simple raison que l'on a pas de si jolies photos, ou autant de "followers", mais surtout parce que tout le monde semble ne faire que des trucs passionnants, et notamment voyager tout le temps.

On se lance alors dans une guerre psychologique, une tyrannie du like, et une course à l'expérience la plus cool, et on gaspille des heures entières à rêver au lieu de vivre.

On dit que pour vivre heureux il faut vivre caché, et je pense parfois qu'il y a du vrai dans cela, à trop s'exposer au regard des autres on attache trop d'importance à celui-ci. C'est lorsque l'on arrive justement à s'en détacher que l'on arrive à s'épanouir et être pleinement soi! On peut alors réaliser des choses plus grandes! À quoi bon envier la soi-disant vie rêvée des autres, au lieu de cela partons vivre nos rêves et partageons-les physiquement avec les êtres qui nous sont chers, et non pas virtuellement avec de parfaits inconnus!

Et vous, comment gérez-vous votre utilisation des réseaux, percevez-vous l'aspect néfaste?

Ce billet est également publié sur le blogue The Travellin' Side. Une version plus longue a d'abord été publié sur le HuffPost France.

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