LES BLOGUES
14/05/2017 09:07 EDT | Actualisé 14/05/2017 09:07 EDT

Fleurette aux cheveux roses

Ma grand-mère était enfant, femme et sage. Cette fois-là, sous la fenêtre, elle m'a fait sentir son égale, moi, Amylie, huit ans. Elle a touché mon cœur d'humaine et m'a fait grandir l'âme de mille ans.

J'ai 8 ans, une bouche parsemée de dents de lait et de quelques dents d'adulte trop grosses pour mon petit visage. Je suis introvertie, souriante, mais timide. J'habite à la campagne avec ma grande sœur, ma petite sœur, des chevaux, des chiens, des chats, des poules, mon fidèle ami l'arbre et toute une ribambelle d'amis imaginaires.

Ma vie va tranquille comme ça. Dans ma tête de petite fille, la famille et l'amour, c'est inconditionnel. Je suis née dedans et je mourrai dedans.

Et puis un jour, mes parents nous annoncent quelque chose que je croyais impossible. Ils se séparent. C'est ma première apocalypse. Premier choc de la réalité, premier contact avec la vie dure, le mur de l'illusion s'écroule, mon utopie de l'inconditionnel aussi.

Qui suis-je, où vais-je, que puis-je?

Je vis cette séparation très durement, mais ça ne parait pas dans ma face de porcelaine. Du moins, c'est ce que je crois, jusqu'à ce que Fleurette Desmarais Trudeau Boisclair vienne semer le doute dans mon esprit.

Elle, c'est ma grand-mère. Une femme aussi dure que tendre. Et elle est tendre longtemps, très longtemps. Une grand-maman «flyée» avec des cheveux roux, ou roses, ou mauves, ou toutes ces couleurs en même temps. Chez elle, on a des corvées, on fait la fête et on mange des gâteaux. Elle aime danser, elle fredonne tout le temps et elle triche quand on joue aux cartes. Et surtout, elle est juste assez en chair pour être réconfortante quand on s'endort dans ses bras.

Un jour, je suis dehors et je me sens triste. Fleurette fait la vaisselle alors j'en profite pour aller pleurer un coup...sauf que je m'installe juste sous la fenêtre de la cuisine. Geste inconscient ou peut-être juste innocent. Toujours est-il que ma grand-mère apparaît près de moi avant que je n'aie le temps de me refermer comme une huître. Elle s'assoit dans l'herbe à mes côtés et ce geste me désarme. Elle me demande si doucement de lui raconter ma peine que les mots sortent tout seuls. Elle m'écoute, elle vient les yeux pleins d'eau, ça la rend triste que je sois triste. Et là, je ne comprends plus rien. Non seulement elle n'essaie pas de me convaincre d'arrêter de pleurer, mais en plus elle comprend ma peine et la partage. Mon cœur de petite fille fermée s'est attendri ce jour-là.

J'ai 34 ans maintenant et cet instant reste gravé dans ma mémoire. Ce que je peux affirmer aujourd'hui de ma grand-mère, c'est qu'elle avait accès à l'enfance comme pas un adulte ne peut se vanter d'avoir. Elle connaissait les choses de la vie, les vraies dures responsabilités importantes de parents, elle les connaissait pour les avoir vécues et elle avait la distance pour savoir que ça ne rime à rien, que ça n'a pas d'importance les choses de la vie dure. Que les adultes, il faut les laisser faire leurs crises, que ça passe avec le temps et que le plus important, ça reste toujours l'amour. Et un jour, quand ils ont tout traversé et que devant eux le chemin prend des drôles de raccourcis, et qu'ils veulent en profiter, alors ce jour, eux aussi redeviennent de vieux enfants...parce qu'ils s'en laissent enfin le droit. Ils voient bien qu'ils sont peut-être un peu passés à côté en se prenant trop au sérieux.

Cette fois-là, sous la fenêtre, elle m'a fait sentir son égale, moi, Amylie, huit ans. Elle a touché mon cœur d'humaine et m'a fait grandir l'âme de mille ans.

Ma grand-mère était enfant, femme et sage. Cette fois-là, sous la fenêtre, elle m'a fait sentir son égale, moi, Amylie, huit ans. Elle a touché mon cœur d'humaine et m'a fait grandir l'âme de mille ans.

Elle est partie, Fleurette aux cheveux roses. Mais juste avant, elle a entendu une fois la chanson que je lui avais écrite. Une fois, sur son lit d'hôpital installé à la maison. Elle m'a offert ces mêmes larmes d'autrefois et j'ai grandi, encore. Ce que j'ai compris cette fois, c'est que c'est moi qui suis rendue là maintenant, à la vraie vie d'adulte, à me prendre au sérieux avec mes responsabilités. Je me suis fait avoir par la vie dure moi aussi au point de n'avoir pas pris assez de temps auprès d'elle. Ça fait des regrets la vie dure. Je n'en ai pas envie. Je veux des cheveux roses, faire les corvées oui, mais surtout manger des gâteaux, tricher aux cartes et endormir les enfants dans mes bras. Je veux l'amour qui reste. Je t'aime Grand-maman.

LIRE AUSSI:

» Ma fille se rappellera de mon amour, pas de mes défauts

» Une école élimine les cadeaux de la fête des Mères et des Pères

» Les mamans qu'on aime suivre sur Instagram


VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST


Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter