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21/06/2016 10:06 EDT | Actualisé 21/06/2016 10:06 EDT

À toi qui as tout plaqué pour voyager (et qui le cries sur tous les toits)

Et puis quoi? À ton retour, que vas-tu faire, à part dénigrer le 9 à 5? Vas-tu retourner dans ton carcan? Ou vas-tu enfin faire des choix qui te rendent heureux?

Alors, tu as enfin décidé de lâcher un emploi que tu détestais pour partir en voyage. Mes félicitations. Permets-moi de te demander, prêcheur des temps modernes, ce qui te fait croire que ton mode de vie de «néo-nomade» prévaut sur celui des autres?

Je l'ai lu, ton article sans contenu de fond louant les raisons pour lesquelles il faut absolument tout plaquer pour voyager. Je les ai regardées, les photos instagrammesques te dépeignant au bord d'un canyon, l'air heureux d'un petit pape, les bras ouverts, prêt à accueillir la vie. Tu es fier de ta décision et c'est tout à ton honneur. Mais dis-moi, cher influenceur autoproclamé, quelles mauvaises décisions as-tu prises dans ta vie d'avant qui t'ont amené à croire qu'il fallait impérativement tout lâcher pour voir le monde?

Et surtout, qu'est-ce qui te donne le droit de dire aux autres que c'est l'unique solution?

Je t'annonce que ce n'est pas tout le monde qui vit dans un carcan. Je t'annonce qu'il y a des gens qui sont épanouis dans leur travail. Et qui voyagent, aussi.

Il existe autant de façon de voyager que de voyageurs. Aucune de ces façons ne s'élève au-dessus des autres.

Certaines personnes n'ont aucune envie de voyager et c'est tout à fait correct. Obligerais-tu quelqu'un qui n'a aucune oreille musicale à faire partie d'un band? Il existe d'autres façons de sortir de sa zone de confort et de décrocher, que ce soit en prenant part à des compétitions sportives, en jouant de la musique, en sautant en parachute à 20 minutes de chez soi ou en jardinant. Elles sont tout aussi valables. Peut-être qu'elles ressentiront le besoin d'échapper au froid de l'hiver, deux semaines par année, en se laissant aller au farniente sur les plages du Sud, et que cela leur suffira. Peut-on les blâmer?

Il existe aussi d'avides voyageurs qui sont également passionnés par leur travail. Des gens qui ont pris des décisions qui les ont amenés à aimer leur vie de tous les jours. Ils ont peut-être une vie de famille qui les comble, des passe-temps passionnants et une vie sociale trépidante. Et tu aimerais qu'ils lâchent tout ça? Au nom de quoi, au juste? Ta recette du bonheur prémâchée n'est pas universelle.

Cela dit, je partage certaines de tes opinions; voyager est ma plus grande passion. J'ai fait mon premier voyage sac à dos à 18 ans, et depuis, les aventures se sont enchaînées. À 22 ans, je suis partie sans idée de retour, pour un voyage qui a finalement duré 1 an. J'ai fini par m'installer dans un des territoires les moins peuplés du Nord du Canada: le Yukon. Je ne saurais que trop vanter les bienfaits du voyage pour la découverte de soi.

Or, même si je suis blogueuse voyage et que j'encourage tout le monde à voyager dans la mesure de ses envies et de ses capacités, tu ne m'entendras jamais dire qu'il faut faire comme moi, qu'il faut voyager pour être heureux, et encore moins qu'il faut tout lâcher pour voyager.

Pourquoi? Parce qu'il n'est pas nécessaire de «tout plaquer» pour voyager.

À quoi bon être heureux quelques mois par année, à l'autre bout du monde, pour ensuite retourner vivre une vie qu'on déteste? On peut aimer les voyages, et son quotidien.

Alors, tu as décidé de tout plaquer pour voyager. Tu as mis du temps à économiser, et maintenant, tu es sorti de ton métro-boulot-dodo et tu découvres que tu aimes voyager. Et puis quoi? À ton retour, que vas-tu faire, à part dénigrer le 9 à 5? Vas-tu retourner dans ton carcan? Ou vas-tu enfin faire des choix qui te rendent heureux?

Ce billet a également été publié sur le blogue personnel d'Émylie Thibeault Maloney, la Yukonnaise.

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