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14/02/2019 12:08 EST | Actualisé 14/02/2019 12:25 EST

Venezuela: la faiblesse de la diplomatie occidentale

L’aide aux Vénézuéliens sera inopérante si elle n’est pas orientée par une diplomatie réaliste inspirée par une politique du moindre mal.

Les manifestants scandent «Maduro dehors» lors d'une manifestation antigouvernementale contre le président vénézuélien Nicolas Maduro, le mardi 12 février 2019.
AP Photo/Fernando Llano
Les manifestants scandent «Maduro dehors» lors d'une manifestation antigouvernementale contre le président vénézuélien Nicolas Maduro, le mardi 12 février 2019.

S'il est certain que Nicolas Maduro n'est plus l'homme de la situation au Venezuela, ce serait une faillite du jugement politique de croire qu'une issue pacifique à la crise vénézuélienne verrait le jour sans une médiation internationale impliquant Maduro et l'armée. C'est déjà cette lucidité que traduisent les positions du Mexique et de l'Uruguay lorsqu'ils appellent à «parier sur le dialogique», et donc à privilégier ce que l'on pourrait appeler une diplomatie de la neutralité.

Le Canada et les pays occidentaux ont opté pour la ligne dure en s'empressant d'accorder une légitimée internationale à Juian Guaido.

Non seulement cette prise de position est irréaliste, mais plus encore, elle révèle une crise profonde du processus décisionnel en matière de politique étrangère, dans la mesure où les décisions sont prises sans égard aux réalités du présent, aux dynamiques politiques propres aux régimes corrompus, et surtout, sans tirer des leçons du passé.

Un manque de réalisme

L'irréalisme de la position occidentale, du Canada en particulier, s'explique par: l'absence d'évaluation des capacités de résilience du régime Maduro (désormais renforcées par l'appui renouvelé de l'armée); l'ignorance des rapports de pouvoir et des structures sociales et politiques qui ont rendu possible le maintien pendant des années d'un gouvernement corrompu (et donc qu'il ne s'agira pas simplement, pour régler le problème, d'abandonner le pouvoir); l'incapacité de prendre en considération la possibilité que la Russie et la Chine, pour maintenir leurs intérêts militaires et économiques au Venezuela, interviennent pour assurer la survie du régime, surtout que dans le contexte actuel des relations tendues en les grandes puissances, les Russes et les Chinois ne ménageront aucun effort pour maintenir leurs influences auprès des gouvernements déjà acquis à leur cause.

C'est surtout dans la priorité de choix accordée aux sanctions et aux pressions internationales pour faire plier Maduro que se manifeste le manque de réalisme de la diplomatie occidentale.

C'est qu'à la lumière des expériences historiques aussi diverses que la Guinée de Sékou Touré, le Cuba de Fidèle Castro, l'Irak de Saddam Hussein, l'Iran d'Ahmadinejad, la Corée du Nord, et même le Venezuela d'Hugo Chavez, jusqu'à la Syrie de Bachar Al Assad, on peut constater que les pressions et les sanctions internationales ont largement contribué à durcir les régimes corrompus ou jugés tels, et qu'exiger le départ du pouvoir d'un dictateur ne devrait pas nécessairement être une solution immédiate et inconditionnelle en matière de politique étrangère.

On sait aussi que si la guerre syrienne a permis un repositionnement spectaculaire de la Russie sur la scène internationale, c'est parce que, en partie, la diplomatie occidentale n'avait pas politiquement compris l'importance des intérêts iraniens en Syrie lorsqu'elle faisait d'un impératif catégorique à toute négociation l'abandon du pouvoir par Bachar Al Assad.

Retrouver le sens de la diplomatie

Confrontés à des régimes corrompus comme celui de Maduro, nous devons avoir un objectif à court terme, négocier l'exercice du pouvoir, et un objectif à long terme, favoriser les conditions sociales et politiques nécessaires à l'épanouissement d'institutions politiques régies par le souci du bien commun.

L'atteinte de ces objectifs n'est pas nécessairement conditionnelle au départ forcé de Nicolas Maduro, comme le pensent le Canada et ses alliés. Maduro demeure certes un obstacle majeur. Mais celui-ci peut être contourné en exploitant l'instabilité grandissante du régime actuel, ses faiblesses, ses lignes de fissures, pour aller chercher ou un partage du pouvoir ou un départ négocié du pouvoir.

Pour ce faire, il faut retrouver l'apriori de la pratique diplomatique, à savoir le dialogue, la ruse, le calcul stratégique, le compromis, l'incitatif, le marchandage, le jeu des alliances. Précisément, il s'agit d'exploiter, avant tout, dans une situation de crise, ce que I. Willian Zartman, dans ses travaux sur la résolution des conflits, appelait le pouvoir de la négociation.

Celui-ci ne suffit peut-être pas toujours à régler les conflits, mais ce devrait être la première option à privilégier si l'on ne veut pas accentuer davantage le désastre politique, social et humain, au Venezuela. L'aide aux Vénézuéliens sera inopérante si elle n'est pas orientée par une diplomatie réaliste inspirée par une politique du moindre mal.

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