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12/09/2018 15:54 EDT | Actualisé 12/09/2018 16:09 EDT

Comment préserver l’identité culturelle?

Comment faire des citoyens issus de l’immigration des agents de conservation de l’identité québécoise?

Mais comment faire des citoyens issus de l’immigration des agents de conservation de l’identité québécoise? C’est à cette question que la politique devrait travailler à répondre. Parmi les possibilités il y a celles-ci: faire de l’école un espace de construction de l’identité nationale.
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Mais comment faire des citoyens issus de l’immigration des agents de conservation de l’identité québécoise? C’est à cette question que la politique devrait travailler à répondre. Parmi les possibilités il y a celles-ci: faire de l’école un espace de construction de l’identité nationale.

Ce serait une erreur politique et intellectuelle que d'interpréter le désir de conservation de l'identité d'un peuple comme relevant du racisme ou de la xénophobie.

Si certains de nos concitoyens issus de la majorité historique francophone éprouvent un sentiment de péril identitaire face à l'immigration massive, nous devons les comprendre et entendre le sens de leur revendication. Et ce, surtout, si nous voulons politiquement et intellectuellement prévenir et contrer les manifestations politiques extrêmes et le conservatisme identitaire, dans lesquels se traduit le désir de conservation de l'identité.

Pourquoi entendre nos concitoyens?

Tout d'abord, le désir de conserver l'identité a quelque chose de naturel. Je ne crois pas qu'il y ait eu dans l'histoire humaine un peuple qui a voulu transiger avec son identité. Les différents peuples ont toujours lutté pour préserver l'intégrité de leurs pays et la survivance de leurs cultures.

N'est-ce pas d'ailleurs une telle lutte que mènent certains immigrants lorsqu'ils obligent leurs enfants à maitriser les langues et les cultures de leurs pays d'origine? Lorsque certains inscrivent leurs enfants dans des écoles confessionnelles pour qu'à travers ceux-ci, survive l'identité dans ses dimensions culturelles et cultuelles? Le désir de survivance de l'identité n'est pas l'apanage d'un peuple.

Mais c'est justement parce que ce désir est naturel qu'il nourrit chez les hommes une certaine fierté à l'égard de leurs identités, et, par conséquent, une réelle volonté d'affirmation de soi sans laquelle le désir de survivance ne peut concrètement se manifester.

Cette fierté peut être mise à l'épreuve lorsqu'on a le sentiment que les cultures différentes qui viennent s'installer chez nous exercent une action dissolvante sur notre culture.

Cette fierté peut être mise à l'épreuve lorsqu'on a le sentiment que les cultures différentes qui viennent s'installer chez nous exercent une action dissolvante sur notre culture. Cette mise à l'épreuve de soi peut aller jusqu'à nourrir une insécurité culturelle, si la communauté historiquement majoritaire constate, au niveau démographique, qu'elle risque d'être minoritaire.

La question demeure de savoir comment traduire intellectuellement et politiquement le désir de conservation de la majorité historique francophone.

C'est ce double sentiment qui peut donner au désir naturel de conservation de soi, son caractère irrépressible et extrême. Mais il reste que nous devons le comprendre dans la mesure où il exprime ce qui est de plus naturel en l'homme et chez les peuples. La question demeure cependant de savoir comment traduire intellectuellement et politiquement le désir de conservation de la majorité historique francophone.

Sur le plan intellectuel, nous devons partir de la composition sociologique actuelle du Québec et de l'impact de la mondialisation de l'économie sur l'organisation du travail, pour penser les conditions de possibilité des agents de conservation de l'identité culturelle. C'est un fait que la société québécoise est de plus en plus multiculturelle.

Faisons aussi remarquer à la suite d'Alain Touraine que, à l'âge de la globalisation, la culture nationale ne détermine pas entièrement l'organisation politique et économique des Nations. Si on ajoute à ces deux considérations, une troisième: à savoir la contrainte imposée par le déficit démographique. On voit mal comment l'identité québécoise pourrait se conserver au moyen des seuls agents dits de souche, les Québécois issus de la communauté historique francophone. Ne pourrait-on pas alors compter sur les Québécois issus de l'immigration? De ceux qui ne sont pas encore venus, mais qui viendront, vu les circonstances globales de notre monde?

Poser cette question présuppose, sur le plan intellectuel, un élargissement de la notion de peuple, c'est-à-dire ne plus seulement parler du peuple historique, mais aussi du peuple qui fera l'avenir, autrement dit du peuple en train de faire l'histoire et qui constituera certainement la majorité historique dont parleront les générations futures.

Mais comment faire des citoyens issus de l'immigration des agents de conservation de l'identité québécoise? C'est à cette question que la politique devrait travailler à répondre. Et il me semble que parmi les possibilités il y a celles-ci: faire de l'école un espace de construction de l'identité nationale et mettre à contribution notre imagination politique, afin de développer des institutions qui socialisent les individus d'une manière qui préserve et enrichisse l'identité nationale - des institutions de la citoyenneté qui ne protègent pas seulement notre droit à la différence.

Dans cette exigeante tâche, je ne vois pas comment la répudiation du multiculturalisme et les politiques de réduction des seuils de l'immigration pourront nous aider.

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