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24/10/2018 11:51 EDT | Actualisé 24/10/2018 11:54 EDT

Affaire Khashoggi: ce crime nous concerne tous

Je ne fais pas le procès de l’Occident. Je questionne seulement notre incohérence et notre manque d’exigences en matière de politique étrangère.

PA Wire/PA Images
Je me demande si nous, citoyens occidentaux des démocraties libérales, n’avons pas une responsabilité dans l’assassinat de Khashoggi (photo).

L'horrible assassinat de Khashoggi pourrait bientôt être une affaire classée. Tandis que les Saoudiens n'ont pas réussi à nous convaincre de leur non-culpabilité, la diplomatie américaine a contribué à protéger un allié jugé nécessaire.

Si Washington peut aider à classer l'affaire Khashoggi, c'est aussi parce qu'en l'état actuel des rapports de force au niveau mondial. Les puissances démocratiques européennes et le Canada n'ont que la force de leur indignation et non le pouvoir d'influencer la politique étrangère des États-Unis.

Outre ces considérations, je me demande si nous, citoyens occidentaux des démocraties libérales, n'avons pas une responsabilité dans l'assassinat de Khashoggi. Bien que notre responsabilité ne soit pas de nature causale ou contributoire, je me demande si notre incapacité à fonder notre relation avec Riad sur un minimum de contrat moral n'est pas en lien avec l'assurance avec laquelle ce crime a été perpétré.

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Lorsque je me questionne sur notre responsabilité, je parle tout d'abord de nous, en tant qu'électeurs, qui donnons la légitimité à nos gouvernements pour nous représenter dans les relations avec cet allié que le directeur du journal Le Devoir, Brian Myles, a qualifié tout récemment de toxique; de ce «nous» comme représentants de la nation, au nom de laquelle les gouvernements défendent les intérêts à l'étranger; donc de ce «nous» qui est impliqué chaque fois que nos gouvernements traitent avec des régimes qui ont fait de la violation des droits de l'Homme la modalité par excellence de la consolidation de leurs pouvoirs.

Car c'est bien le Canada comme entité politique, ce sont les États-Unis comme nation —et non Justin Trudeau ou Donald Trump comme individus isolés — qui entretiennent des relations avec l'Arabie saoudite. Ne sommes-nous pas concernés quand nos gouvernements signent en notre nom des accords économiques et des contrats de vente d'armes avec un régime dont on sait qu'il est criminel?

Au nom de quels principes moraux la politique étrangère devrait-elle s'extraire des normes de surveillance démocratique et procéder sous le régime du non-droit?

Pourquoi l'intérêt national sert-il toujours de justification à nos gouvernements? Certes, des intérêts privés sont constamment défendus sous le couvert de l'intérêt national, mais dans ce cas, n'est-il pas de notre responsabilité, pour éviter toute confusion entre l'intérêt national et les intérêts privés, de resserrer le contrôle et la surveillance du pouvoir de nos responsables en matière de politique étrangère?

N'est-ce pas ainsi que nous procédons à l'intérieur de nos frontières, où l'on veille politiquement et socialement à l'encadrement législatif et juridique du pouvoir de l'exécutif? Au nom de quels principes moraux la politique étrangère devrait-elle s'extraire des normes de surveillance démocratique et procéder sous le régime du non-droit?

Mais j'entends déjà les objections: tout ça n'est que de l'idéalisme, parce qu'il ne serait pas réaliste, vu la nature anarchique de l'environnement international et les luttes pour l'hégémonie qui le caractérise, de soumettre le contrôle de la politique étrangère au même régime de droit auquel est soumise la politique nationale. Bien.

Mais n'avons-nous pas une obligation morale de ne pas contribuer aux malheurs des êtres humains à l'extérieur de nos frontières? Notre conception de l'humanité serait-elle circonscrite à l'intérieur de nos frontières?

Est-ce peut-être l'obsession réaliste qui a eu raison de Jamal Khashoggi? Puisse ce monstrueux assassinat représenter le point de départ d'une remise en question de nos relations avec des régimes qui ne respectent pas les droits de l'Homme. Je ne fais pas le procès de l'Occident. Je remets seulement en question notre incohérence et notre manque d'exigences en matière de politique étrangère.

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Les faits entourant l'affaire Khashoggi, en images: