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21/12/2018 15:21 EST | Actualisé 21/12/2018 16:00 EST

À la défense de Catherine Dorion

Peut-être qu'elle ne connait pas l’islam, mais sa position a l’avantage de ne pas endosser la thèse imaginaire selon laquelle le port du voile manifesterait une volonté politique non avouée d’islamiser l’Occident.

Interpréter le voile exclusivement comme un symbole de l’islam politique revient à nier toutes les autres interprétations ouvertes et non politiques du voile, ancrées dans la tradition musulmane.
Samere Fahim Photography via Getty Images
Interpréter le voile exclusivement comme un symbole de l’islam politique revient à nier toutes les autres interprétations ouvertes et non politiques du voile, ancrées dans la tradition musulmane.

La vidéo de Catherine Dorion sur le voile islamique a suscité d'intenses critiques. Certains y ont vu le signe d'une complaisance de la gauche radicale à l'égard de l'islamisme; d'autres comme Mathieu Bock-Côté ont dénoncé le fait que la députée de Taschereau ait oublié «que l'islam est moins une chance pour l'Occident que l'Occident est une chance pour l'islam...»

L'attitude de Mme Dorion témoignerait au fond d'une méconnaissance du problème politique et social que représente le voile. Il me semble pourtant que la position de la députée de Québec solidaire est moins radicale et plus ouverte que les critiques qui lui ont été adressées.

Visionnez la vidéo de Catherine Dorion ci-dessous:

Tout d'abord, elle rappelle certaines évidences: l'existence d'un malaise général à l'égard du voile. Certains chroniqueurs et politiciens instrumentalisent ce malaise, soit pour réaffirmer la nécessité de protéger l'identité québécoise, soit pour faire un bénéfice politique.

Le débat sur la laïcité est monopolisé par la question de la signification du voile.

On peut trouver simpliste et idéaliste, l'attitude d'ouverture que propose la députée de Taschereau pour faire face aux constats qu'elle relève, car le malaise social à l'égard du voile tient moins à un manque d'ouverture de certains de nos concitoyens qu'à la signification attribuée au voile, qui en fait un symbole de domination de la femme.

Mais sa position a justement le mérite de ne pas porter un jugement de valeur exclusif sur le voile: elle ne voit pas derrière toute femme voilée le piège de l'islamisme.

Elle critique l'instrumentalisation politique des préférences de la majorité et, enfin, sa position invite à une meilleure cohabitation avec la différence, même lorsqu'elle nous rebute.

Cette attitude par rapport au voile pose moins de problèmes que celle qui réduit le voile à un symbole de contrôle du corps de la femme. En effet, interpréter le voile exclusivement comme un symbole de l'islam politique reviendrait à nier toutes les autres interprétations ouvertes et non politiques du voile ancrées dans la tradition musulmane. De même, réduire le voile à un moyen de contrôle du corps de la femme supposerait que certaines femmes voilées ne peuvent pas être des sujets autonomes. Ce qui a priori ne peut être justifié. C'est d'ailleurs ce qu'essaie de montrer le dernier livre de Malika Hamidi, Un féminisme musulman, et pourquoi pas?

Enfin, contrairement à ce que laisse croire Leila Lesbet dans Le Devoir, les penseurs réformateurs comme Arkoun, Mersini ou Benzine n'interprètent pas le voile exclusivement comme un symbole de la domination de la femme. Leurs différents travaux visent plutôt à montrer le présupposé patriarcal des interprétations qui ont fait du voile une obligation absolue. Il serait plus juste de dire que, pour ces auteurs, le voile n'est pas une obligation canonique et absolue comme la prière par exemple; et surtout, que leurs lectures critiques du Coran ne les empêchent pas de reconnaître qu'une femme peut choisir librement de porter le voile. Ce qui est visible dans Lectures du Coran de Mohamed Arkoun. Ainsi, une relation critique aux références et à la pensée musulmane exigerait de ne pas faire l'économique des significations diverses et contradictoires du port du voile.

Il est vrai que cette diversité des interprétations du voile ne doit pas nous conduire à nier les contraintes familiales et communautaires qui poussent certaines femmes à porter le voile. Mais la conscience d'un tel problème suffit-elle pour inclure toutes les femmes voilées dans la catégorie des femmes dominées?

À moins que l'on accrédite une conception du voile telle que les femmes qui disent avoir choisi de le porter ne feraient que s'illusionner sur leurs libertés, il serait insoutenable de réduire le voile à un symbole politique du contrôle du corps de la femme.

Peut-être que Catherine Dorion ne connait pas l'islam, mais sa position a l'avantage de ne pas endosser la thèse imaginaire selon laquelle le port du voile manifesterait une volonté politique non avouée d'islamiser l'Occident.

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