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11/07/2018 14:35 EDT | Actualisé 11/07/2018 14:42 EDT

Le Hamas déclenchera-t-il une nouvelle guerre, en quête d'une solution à long terme?

N'importe quel gouvernement israélien sait parfaitement que le Hamas ne disparaîtra pas.

Ronen Zvulun / Reuters

Tout conflit qui se prolonge peut prendre fin dans certaines circonstances qui évoluent au fil du temps ou qui sont précipitées par l'une ou l'autre des parties au conflit.

Elles peuvent survenir dans les situations suivantes:

- les deux parties arrivent à la conclusion que ce conflit ne leur apportera plus rien;
- les deux parties arrivent au bord de l'épuisement, car elles n'ont ni les ressources ni la ténacité pour continuer le combat;
- de grandes puissances étrangères imposent une solution;
- l'une des deux parties consent une concession importante unilatérale qui change la dynamique du conflit;
- le peuple se lève en masse et participe à des actions de désobéissance civile de façon continue ou à des manifestations violentes pour obliger son gouvernement à trouver une solution.

Vers une quatrième guerre?

Aucun de ces scénarios ne semble pouvoir s'appliquer au conflit entre Israël et le Hamas. Le cas de figure le plus probable est la précipitation d'une explosion majeure et violente. Une quatrième guerre que le Hamas pourrait bien déclencher par désespoir, auquel cas il sera prêt à subir des milliers de pertes et de destructions massives.

Malgré le bellicisme et l'extrémisme dont il fait preuve à l'égard de l'État juif, le Hamas est considéré par la communauté internationale comme la partie opprimée.

Le Hamas refusera catégoriquement de s'en tenir à un nouveau cessez-le-feu et de rétablir le statu quo ante. Il insistera au contraire pour qu'Israël lève le blocus selon une formule convenue d'un commun accord.

Aux yeux du Hamas, de telles pertes, aussi colossales soient-elles, seront anodines à côté du désespoir et de la désolation sans fin que ressentent les Palestiniens de Gaza en raison de la poursuite du blocus.

Malgré le bellicisme et l'extrémisme dont il fait preuve à l'égard de l'État juif, le Hamas est considéré par la communauté internationale comme la partie opprimée. La gravité de la crise humanitaire qui secoue actuellement Gaza prend des proportions gigantesques.

Cette situation empêche Israël de mener une nouvelle guerre contre le Hamas avec l'espoir d'obtenir encore un cessez-le-feu précaire pour ensuite reprendre ses petites habitudes sans apporter de changement radical sur le terrain. Une quatrième victoire d'Israël contre le Hamas serait contraire aux intérêts de l'État hébreu, car elle ne ferait que ternir davantage son image en aggravant encore les conditions de vie à Gaza. Ce climat ferait alors le jeu du Hamas.

La situation actuelle dans la ville palestinienne est tout simplement insoutenable, car le désespoir et la misère des Palestiniens engendrent le ressentiment et la haine, suscitant à leur tour résistance et violence. Il s'agit là d'un cercle vicieux. Il n'y a rien qu'Israël puisse faire dans l'immédiat ou à l'avenir pour mettre un terme à ce conflit, quelle que soit la force employée, tant que le blocus sera maintenu.

Les temps ont changé. Israël n'est plus en mesure de préserver le calme à Gaza, car le Hamas n'a presque plus rien à perdre et parce qu'il continuera de maintenir l'effervescence du conflit. Le Hamas a tiré des leçons des erreurs répétées lors des trois guerres précédentes et ne se satisfera cette fois que d'une solution à long terme. Le Hamas sait que le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou ne souhaite pas entrer dans une nouvelle guerre alors que son pays est préoccupé par d'autres problèmes régionaux urgents auxquels il doit faire face.

N'importe quel gouvernement israélien sait parfaitement que le Hamas ne disparaîtra pas.

Pour Nétanyahou, la collaboration stratégique de plus en plus importante entre Israël et les États arabes pour faire face à l'Iran ainsi que les préoccupations d'Israël concernant la présence de l'Iran en Syrie et la perspective de la reprise du programme d'armes nucléaires iranien doivent passer en priorité. À cela s'ajoutent les plans de paix en attente de Donald Trump, que Nétanyahou ne veut pas perturber, car il cherche à éviter de donner l'impression qu'il y fait obstruction, à l'inverse du président de l'Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas.

N'importe quel gouvernement israélien sait parfaitement que le Hamas ne disparaîtra pas. Israël peut envahir Gaza et décapiter les dirigeants du Hamas, mais de nouveaux meneurs, encore plus extrémistes, vindicatifs et intransigeants, prendront le pouvoir en un rien de temps.

Qui plus est, Israël ne veut nullement réoccuper cette région. La réoccupation de la bande de Gaza serait tout bonnement un cauchemar sécuritaire pour Israël, sans parler des centaines de millions de dollars qu'il lui faudrait débourser chaque mois pour maintenir une force militaire considérable en vue d'assurer l'ordre et la sécurité et pour s'occuper de près de deux millions de personnes.

Gaza étant séparée de la Cisjordanie, et compte tenu des points de discorde encore plus complexes entre Israël et l'AP, le gouvernement de Benyamin Nétanyahou devrait pour l'heure s'employer à résoudre en premier lieu la crise humanitaire de Gaza. Le Hamas et l'AP ne s'entendent pas et il semble bien plus urgent pour le Hamas d'apaiser les conditions catastrophiques à Gaza. Tous les moyens seront bons pour négocier avec Israël, tant qu'il n'est pas humilié en cours de route.

Par le passé, toutes les négociations de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas ont été menées par un tiers. En raison de sa proximité avec Gaza, de ses préoccupations sécuritaires et de la paix qu'elle entretient avec Israël, l'Égypte a joué un rôle central d'intermédiaire entre Israël et le Hamas au cours des années précédentes. À ce stade, néanmoins, les deux parties devraient négocier directement, avec la participation de l'Égypte.

Des négociations en personne permettraient de révéler la dimension humaine des deux côtés – la peur, l'angoisse et les inquiétudes – et de montrer s'ils sont vraiment déterminés à parvenir à un accord. Les entretiens en face à face suscitent aussi de nouvelles idées et des possibilités que les négociations directes ont tendance à stimuler. En outre, ce type de négociations favorise des rapports qui faciliteront la conclusion d'accords sur diverses questions difficiles et qui contribueront à instaurer la confiance faisant cruellement défaut aux deux camps.

Pour préparer le terrain, il conviendrait de précéder ces négociations directes par des contacts officieux entre les deux camps, supervisés par la présence d'un tiers. La nature secrète de discussions officieuses menées par des personnes respectées et dignes de confiance des deux côtés leur permettrait de présenter leurs doléances et leurs préoccupations sans aucune contrainte, de déterminer la portée des concessions qu'ils sont prêts à consentir et d'établir les conditions préalables nécessaires pour donner le ton aux négociations en face à face qui se tiendront à huis clos.

Si Israël souhaite conclure un accord, il doit abandonner sa première exigence, à savoir que le Hamas cède ses armes avant qu'Israël ne lève le blocus. La démilitarisation de Gaza doit cependant faire partie d'un processus de négociation basé sur des compromis: la destruction progressive de l'arsenal du Hamas doit être compensée par l'assouplissement du blocus. Il est toutefois nécessaire que le Hamas accepte au préalable de renoncer à la violence et de mettre un terme à toutes les hostilités.

Israël devrait accepter la proposition du Hamas de conclure une trêve à long terme (hudna). Contrairement à ce que pense le gouvernement israélien, une hudna ne consisterait pas simplement à donner au Hamas le temps de se préparer à la prochaine guerre, parce qu'il est déterminé à détruire l'État juif. Au contraire, une hudna donnerait aux deux camps l'occasion d'entamer un processus de réconciliation. Elle permettrait au Hamas d'en ressentir les effets directs et continus et les deux parties auraient à cœur de maintenir cette paix.

D'aucuns prétendent que le Hamas est irrécupérable, comme bon nombre d'Israéliens le soutiennent. Ils ont tout simplement tort.

Au cours de cette période, le Hamas devrait concentrer ses efforts sur la réhabilitation de Gaza en bâtissant des écoles, des dispensaires et des infrastructures tout en établissant les fondements et les institutions d'un «État» viable comme s'il était indépendant en vue de démontrer son engagement en faveur de la paix, au lieu de construire des tunnels d'attaque et de se procurer des armes.

Israël devrait quant à lui assouplir progressivement le blocus pour finalement le lever totalement, pour autant que le Hamas respecte pleinement toutes les dispositions de l'accord conclu. Cette trêve permettrait d'établir une structure permanente de paix sur trois à cinq ans, où toutes les autres questions conflictuelles pourraient être négociées et réglées dans des conditions de plus grande confiance.

D'aucuns prétendent que le Hamas est irrécupérable, comme bon nombre d'Israéliens le soutiennent. Ils ont tout simplement tort. Malgré ses déclarations publiques affirmant l'inverse, le Hamas sait qu'Israël est à présent bien établi, qu'il ne pourra jamais être vaincu, ni aujourd'hui ni demain, et qu'une solution au conflit ne pourra être trouvée qu'au moyen de négociations.

Il ne s'agit pas d'un rêve fou. En effet, si l'on examine sous tous les angles le conflit entre Israël et le Hamas, ni l'un ni l'autre n'a d'autre choix que d'accepter la réalité de l'autre et de concilier leurs différences. Plus ils attendront, plus le conflit s'enlisera et deviendra insoluble, et plus élevé sera le prix du sang et de la destruction.

Il est temps pour Israël et le Hamas de mettre leur détermination à l'épreuve dans le cadre de négociations directes et de se mettre d'accord sur une solution pacifique. C'est la seule option viable.

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