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04/12/2018 11:04 EST | Actualisé 04/12/2018 15:21 EST

Ministre Boulet: votre système d’aide sociale abandonne les personnes à la rue!

Le gouvernement doit prendre ses responsabilités pour combattre la pauvreté et l’itinérance en garantissant l’accès à l’aide sociale pour tous et en augmentant le montant du chèque.

L’accès à un revenu de base doit être vu comme un point de départ, auquel toutes les personnes ont droit, pour avoir des chances de s’en sortir.
mihailomilovanovic via Getty Images
L’accès à un revenu de base doit être vu comme un point de départ, auquel toutes les personnes ont droit, pour avoir des chances de s’en sortir.

Ce texte a été coécrit par Sheetal Pathak, organisatrice communautaire au Projet Genèse.

Le gouvernement majoritaire de la CAQ est en pouvoir depuis six semaines et les températures sont en chute libre partout au Québec. Il est donc grand temps que le ministre responsable de l'Aide sociale, Jean Boulet, prenne au sérieux la situation des personnes en situation ou à risque d'itinérance.

L'accès à un revenu décent pour tous est une condition essentielle pour permettre à des personnes de sortir de la rue de façon durable et pour prévenir que d'autres ne s'y retrouvent. Le système d'aide sociale, avec ses montants de chèques extrêmement bas et ses nombreux obstacles d'accès, constitue l'une des causes majeures de l'itinérance.

Mercredi passé, la Société canadienne de l'hypothèque et de logement a sorti son rapport annuel du marché locatif. Selon ce rapport, le loyer moyen d'un studio sur l'île de Montréal serait maintenant de 649$ par mois, soit 1$ de plus que ce que reçoivent les personnes seules de l'aide sociale: 648$ par mois.

Comment trouver ou rester dans un logement si, après avoir payé le loyer, on est déjà endetté?

Le système d'aide sociale contient d'importants obstacles d'accès pour les personnes à risque ou en situation d'itinérance. Avez-vous déjà vu un formulaire d'aide sociale? Il fait huit pages en format légal et l'écriture y est très petite. Une demande d'aide sociale est compliquée, le formulaire est difficile à comprendre et une quantité excessive de documents est requise.

Or, la préservation des documents personnels est difficile pour les personnes qui vivent dans la rue, ces documents pouvant être facilement volés ou perdus. Il est aussi difficile d'avoir accès à un chèque de dépannage quand les procédures administratives prennent du temps, ce qui met en péril la capacité d'une personne à rester dans son logement, par exemple.

De plus, la possibilité des prestataires d'obtenir leurs chèques à l'adresse de leur choix (incluant au bureau d'aide sociale), lorsqu'ils n'ont pas de domicile fixe, est peu connue et n'est régulièrement pas respectée.

L'accès à un revenu de base doit être vu comme un point de départ, auquel toutes les personnes ont droit, pour avoir des chances de s'en sortir.

Ces barrières bureaucratiques peuvent être particulièrement importantes dans des moments de transition tels que la sortie d'un centre jeunesse à l'âge de 18 ans, du milieu carcéral après avoir purgé une peine ou encore à l'issue d'une période d'hospitalisation prolongée. Pour les personnes dans ces situations, l'accès rapide à un revenu stable est primordial pour pouvoir engager rapidement des démarches de stabilisation et éviter ainsi le passage à la rue.

L'accès à un revenu de base doit être vu comme un point de départ, auquel toutes les personnes ont droit, pour avoir des chances de s'en sortir. Dans le système actuel, c'est le contraire — l'aide sociale agit comme une récompense pour ceux et celles qui parviennent à passer au travers d'un parcours du combattant ou de la combattante.

Combattre la pauvreté au lieu de s'attaquer aux personnes qui la vivent

Le ministère du Travail, de l'Emploi, et de la Solidarité sociale, le ministère responsable de l'Aide sociale, pourrait choisir de combattre la pauvreté au lieu de s'attaquer aux personnes qui la vivent. En ce moment, ceux et celles qui entrent au bureau d'aide sociale pour en faire la demande sont traités comme de potentiels fraudeurs. Rien de ce qu'ils ou elles disent n'est pris au sérieux; ces personnes doivent prouver chaque élément de leur histoire personnelle. Les deux derniers gouvernements ont basé leurs politiques d'aide sociale sur des préjugés sur les prestataires. Le nouveau gouvernement doit se rappeler que — et c'est documenté — la fraude dans ce programme est très rare.

Les personnes en situation ou à risque d'itinérance font face régulièrement à de la violence systémique, et à du mépris à leur égard. Devant les nombreux obstacles auxquels elles sont confrontées, elles travaillent fort pour non seulement survivre, mais aussi s'en sortir de façon durable.

Le gouvernement doit prendre ses responsabilités pour combattre la pauvreté et l'itinérance en garantissant l'accès à l'aide sociale pour tous et toutes, et en augmentant de façon importante le montant du chèque. Ce sont des actions essentielles tant pour prévenir l'itinérance que pour la réduire durablement.

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