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08/07/2015 10:28 EDT | Actualisé 08/07/2016 05:12 EDT

D'où vient la menace terroriste pour le Canada?

Des groupes locaux, non affiliés à une organisation djihadiste extérieure, existent au Canada.

Le nombre de djihadistes canadiens aurait augmenté de 50% depuis quatre mois. Ils sont, selon le directeur du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), entre 130 et 145.

C'est-à-dire que: les recrues canadiens sont de plus en plus nombreux; la participation du Canada dans la coalition internationale contre l'État islamique n'a pas empêché la participation des Canadiens; les moyens financiers, les lois et les pouvoirs octroyés aux instances canadiennes n'ont pas découragé les djihadistes de rejoindre l'armée de l'ÉI.

Des mois après la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU, destinée à empêcher le financement et les déplacements des djihadistes, l'échec est navrant. La menace terroriste envers le Canada persiste donc. Ce dernier semble notamment ciblé au moins pour une raison: sa participation à la coalition contre l'État islamique.

Les sources de la menace terroriste pour le Canada sont les suivantes:

1- L'État Islamique (ÉI)

L'ÉI a une armée, des ressources financières, une idéologie, des prédicateurs, des recruteurs, un champ d'entraînement, mais, surtout, l'intention d'exporter les djihadistes. Cet État cible le Canada. Il commande des attentats contre les intérêts et les citoyens canadiens où ils se trouvent. Des vidéos ont été diffusées sur les médias sociaux, demandant à ses partisans «de tuer les ressortissants des pays qui participent aux opérations dans le nord de l'Irak, incluant le Canada».

Et bien qu'aucun attentat sur le territoire canadien n'ait été revendiqué, tout indique que l'État isIamique prépare des kamikazes. Parmi ceux-ci, il y aura des Canadiens qui ont rejoint les rangs des combattants et que l'ÉI va renvoyer chez eux pour y activer une de ses cellules dormantes.

2- Les organisations transnationales

Des organisations transnationales, comme Al-Qaïda, qui ont des cellules dormantes dans le monde (existantes au Canada au moins depuis la guerre contre les Soviétiques en Afghanistan), encouragent les djihadistes à attaquer le Canada et les autres pays (la France compte plus que 400 cellules dormantes).

Comme exemple d'une cellule au Canada, citons celle de Chiheb Esseghaier, accusé d'avoir comploté pour faire dérailler un train entre Toronto et New York. Esseghaier, qui avait rencontré un homme lié à Al-Qaïda, a soutenu qu'il avait eu une formation sur les façons de recruter des gens prêts à attaquer un train, empoisonner des soldats, ou tuer des musulmans non pratiquants .

Entrent dans cette catégorie des organisations s'inspirant d'Al-Qaeda, tel que le groupe somalien Al-Shabab qui a encouragé les djihadistes cibler le West Edmonton Mall .

3- Le terrorisme home-grown

Les groupes djihadistes locaux, dans certaines villes canadiennes, sont composés des citoyens canadiens, qui complotent sur le sol canadien. Ils n'ont pas besoin des liens organisationnels avec une structure mère puisque, dorénavant, il est facile de s'endoctriner sur place et de s'organiser ensuite en petits groupes locaux sans relation avec l'extérieur.

Se radicaliser individuellement ou en famille (le cas de Djokhar Tsarnaev, nourri de prêches par son frère) ou en petit groupe (les jeunes arrêtés à l'aéroport Trudeau), constituent de nouvelles modalités de radicalisation.

De plus, dans des centres culturels, lieux de prière et mosquées, mis sur pieds chaotiquement ces dernières décennies, sans contrôle, circulent un discours et une littérature fabriqués au Canada, en anglais et en français, mais influencés par l'idéologie djihadiste.

Or, à l'ombre de ces organismes, ces personnes radicalisées personnellement se rencontrent physiquement. Ils entrent, par la suite, en contact virtuellement avec d'autres, ou physiquement lors des soirées avec des expérimentés (anciens Afghans ou ceux revenus de la Syrie) ou se rencontrent lors des évènements organisés par la communauté (conférences, concours sportifs, fêtes religieuses, etc.) et, enfin, s'organisent en cellules qui basculent dans le djihad.

Quoique certains de ces groupes revendiquent l'appartenance à Al-Qaeda ou à l'État islamique, il reste qu'ils se sont organisés seuls au Canada, et c'est seulement par la suite qu'ils se sont affiliés à une organisation extérieure.

Cela porte à penser que des groupes locaux, non affiliés à une organisation djihadiste extérieure, existent au Canada.

4- Les loups solitaires

C'est la menace la plus inquiétante. Les loups solitaires sont difficiles à détecter car ils forgent seuls leurs convictions, via des sites aisément accessibles, et basculent rapidement, sortant des schémas classiques du terrorisme en réseau.

Ces djihadistes ne sont pas seulement Mohammed et Fatiha, mais ce sont aussi Martin et Michael.

Et, quels que soient leurs profils psychologiques ou sociaux, ils frappent sans avertissement, ce qui complique le travail des forces de sécurité.

La séparation entre ces menaces n'est pas définitive. Le phénomène est fluide: un individu se trouvant dans l'une de ces filières pouvant facilement passer à une autre. À cela s'ajoute une complémentarité entre l'internet et par les moyens traditionnels de recrutement. Lorsque les agents de sécurité serrent le contrôle sur l'internet, les recruteurs retournent aux lieux traditionnels, comme les lieux de culte et les centres culturels, et vice versa. Pour cela, force est de constater que les djihadistes rectifient et changent leurs moyens, selon le contexte.

La capacité du Canada à mener une lutte contre ces quatre genres est limitée. Plusieurs obstacles se dressent devant cette lutte. Nous les explorerons dans un prochain billet de blogue.

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