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12/11/2018 12:20 EST | Actualisé 12/11/2018 13:09 EST

Hommage à Bernard Landry

Merci pour l’exemple de courage et de ténacité à défendre les intérêts des Québécois. Merci pour votre droiture, votre intégrité et votre patriotisme.

Je suis certain que de là-haut, il veillera sur notre nation québécoise et qu'il intercédera pour la paix, la justice et la prospérité pour notre Québec, comme il l'a toujours fait de son vivant.
CANADIAN PRESS / Clement Allard
Je suis certain que de là-haut, il veillera sur notre nation québécoise et qu'il intercédera pour la paix, la justice et la prospérité pour notre Québec, comme il l'a toujours fait de son vivant.
Il faut faire comprendre aux immigrants que le Québec est un arbre multiethnique ayant un tronc culturel commun: la langue française. Depuis leur arrivée en Amérique, les Français se sont métissés aux Amérindiens, aux Irlandais, aux Haïtiens. Les nations modernes ne sont pas définies par leur ethnicité.
Bernard Landry

C'est avec une grande tristesse que j'ai appris le décès de M. Bernard Landry, ancien premier ministre du Québec, la semaine dernière. Pour moi, il était un indépendantiste convaincu et un homme de principe qui a dédié sa vie au service des Québécois. Il était apprécié, aussi bien au Québec, au Canada qu'à l'extérieur du pays.

Le fait qu'il a été très tôt membre de la Ligue des droits et libertés et cofondateur de l'Union générale des étudiants du Québec (UGEQ) a forgé son caractère pour comprendre que «le silence face à l'injustice est un crime», comme le prouvent ses engagements vis-à-vis les pays africains du Centre, du Nord et de l'Ouest de l'Afrique, où il a enseigné.

Il faut que l'Histoire québécoise se souvienne de ce grand patriote, unique en son genre, comme un bâtisseur. En 1979, M. Landry fut l'auteur du premier énoncé politique économique au Québec, qu'il a intitulé «Bâtir le Québec». Depuis 1990, je n'ai cessé de répéter qu'il faut «Bâtir ensemble une nation québécoise plus juste, plus équitable, plus inclusive qui respecte l'environnement et qui est pour un développement durable».

Un jour, le Mahatma Gandhi a dit: «(...) Aucune loi ne peut créer ni réglementer un sentiment d'affection. Si l'on n'éprouve aucune affection pour une personne ou un système, on doit avoir le droit d'exprimer librement sa désaffection (...)». Qu'on soit d'accord ou non avec les convictions souverainistes de cet ancien premier ministre, il restera pour toujours l'un des plus grands bâtisseurs du Québec. Son franc-parler et le fait de rester toujours stoïque face à l'adversité, malgré les énormes difficultés, ont aussi facilité ses relations intergénérationnelles.

Québec a perdu aujourd'hui l'un de ses éminents patriotes de la première heure, qui s'était engagé dans une lutte pour l'émancipation des Québécois. Il faudra surtout garder en mémoire qu'il a fait preuve de courage et de persévérance tout au long de sa vie; il n'a pas hésité un seul instant à réclamer aux autorités canadiennes, haut et fort, de respecter la langue française et la culture québécoise.

Comme d'autres Québécois qui ont connu le cheminement politique et l'intégrité de ce grand homme de conviction, j'ai été profondément affligé d'apprendre le décès de cet indépendantiste convaincu.

Je vais ouvrir une parenthèse pour vous parler de la passion de cet intellectuel pour l'enseignement, lui qui, en tant que professeur hors pair en relations internationales, a partagé son savoir en Afrique. Il a en effet consacré une partie de sa vie à enseigner dans différentes universités africaines, en son centre comme au nord et à l'ouest.

Il y a à peu près une vingtaine d'années, M. Landry présentait une conférence à la Bibliothèque Gabrielle-Roy de Québec, portant sur l'indépendance, les relations internationales et son séjour en Guinée où il a enseigné à l'Université Gamal Abdel Nasser, de Conakry. Ce fut l'une des rares conférences extrêmement stimulantes à laquelle j'ai participé à Québec.

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En tant que spécialiste des relations internationales, il a expliqué d'une façon didactique les interconnections entre la situation du Québec d'aujourd'hui et celle de la Guinée de septembre 1958, en vue de l'obtention de l'indépendance. Il s'est référé à un passage du discours du 25 août 1958, de feu Ahmed Sékou Touré, en vue du référendum du 28 septembre 1958, orchestré par la France dans ses colonies africaines: «Nous préférons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l'esclavage».

Tous les participants étaient exaltés, mais je n'étais pas de l'avis de M. Landry parce que la situation économique de la Guinée n'était aucunement comparable à celle de notre Québec... Il était ravi de savoir que la phrase historique de Sékou Touré était devenue mon hymne de jeunesse et une discussion commença alors. Il fut très heureux des échanges que nous avons eus il ne voulait plus s'arrêter...

C'est pourquoi Bernard Landry me fait penser à mon idole de jeunesse, qui a œuvré pour la paix et la justice dans le monde: Olof Palme, social-démocrate, premier ministre de la Suède, lâchement assassiné à Stockholm par des fabricants d'armes de destruction massive et par les va-t'en-guerre. Palme était un homme juste qui dérangeait et, comme le disait Félix Leclerc: «Un juste est un homme qui dérange, un homme qu'on finit par crucifier».

Bien que je ne sois pas membre du Parti québécois, j'avais été invité au Congrès du PQ qui se tenait au Palais des congrès de Montréal, en septembre 2017. À la fin de la journée, il y avait une petite réception pour les invités. J'étais en train de discuter avec les consuls du Royaume-Uni et de la Chine, ainsi qu'avec notre compatriote, le consul honoraire de la Jamaïque, lorsqu'un homme d'âge respectable est venu vers moi pour me dire que M. Landry voudrait me saluer. Je ne l'avais pas reconnu.

Je suis certain que de là-haut, il veillera sur notre nation québécoise et qu'il intercédera pour la paix, la justice et la prospérité pour notre Québec, comme il l'a toujours fait de son vivant.

Que Dieu l'accueille dans son paradis éternel.

En ce moment difficile, c'est avec une grande émotion que je présente mes plus sincères condoléances et mes profondes sympathies à sa conjointe Madame Chantal Renaud, à ses enfants Julie, Philippe et Pascale et à ses petits-enfants.

Merci, Monsieur Landry, pour tout ce que vous avez fait pour notre nation québécoise. Merci pour l'exemple de courage et de ténacité à défendre les intérêts des Québécois. Merci pour votre droiture, votre intégrité et votre patriotisme.

Je salue notre premier ministre, François Legault qui n'a pas hésité à annoncer des funérailles d'État à celui qui a marqué l'histoire du Québec.

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