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29/03/2019 11:55 EDT | Actualisé 29/03/2019 13:42 EDT

L'Algérie et sa marche historique vers la démocratie

Les Algériens méritent mieux que ce bilan accablant d'un système pourri et fourbe qui daigne encore s'accrocher à son destin déjà scellé par la rue.

AP Photo/Anis Belghoul
Des Algériens défilent avec des banderoles et des drapeaux lors d'une manifestation à Alger, en Algérie. Des milliers d'étudiants, de médecins, de dentistes et de vétérinaires ont défilé dans la capitale algérienne pour exiger la démission du président Abdelaziz Bouteflika.

Au moment où le pouvoir algérien se trouve dans la soupe chaude ne sachant à quel saint se vouer devant la grande pression de la rue, il se démène à pleins poumons pour convaincre l'opinion nationale et internationale avec un plan de match machiavélique. Le peuple quant à lui, tout à son honneur, résiste dans la rue avec art et manière en brandissant paix et civisme comme emblèmes de combat pour démanteler ce système décrié depuis plus de cinq décennies.

Alors que le bras de fer ne fait que commencer, le pouvoir semble être aux abois et s'affairerait à redorer le blason du régime de la rente auprès de sa clientèle occidentale.

La vox populi par contre prend son courage à deux mains, sa contestation va en crescendo et est plus que jamais déterminée à mener sa lutte pacifique à bon port pour ancrer la démocratie sur la terre chère aux sacrifiés de novembre 1954. Esseulé, Bouteflika est lâché par l'État-major de l'armée et ses valets, le R.N.D d'Ouyahia, l'U.G.T.A de Sidi Said. Comme un château de cartes, son règne vient de s'écouler sous les pieds de toute son oligarchie.

Les jeunes, les femmes, les aînés en avaient marre de la langue de bois et des pseudo lettres creuses d'un président absent, mais omniprésent, encensé matin et soir par la télévision et les partis de la coalition présidentielle, soumis et nourris à la pitance généreuse, mais n'hésitant point à jouer les caméléons pour se refaire une virginité et soutenir hypocritement la «Révolution tranquille» des jeunes Algériens.

Pris en otage par un pouvoir mafieux au service de la meute dirigeante qui pille indéfiniment les richesses du pays, le peuple assiste, impuissant face au départ de ses enfants: tantôt pour prendre le chemin de l'immigration, tantôt celui des embarcations de fortune pour se jeter à l'eau.

L'heure est venue pour l'Algérie de construire un État de droit où personne ne peut se soustraire à la loi fondamentale en l'occurrence la constitution qui garantit la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire.

Bien des défis attendent le pays

Acculé dans ses derniers retranchements, le pouvoir s'effritera tôt ou tard vu la force de frappe d'une jeunesse algérienne mature, émancipée, éprise de justice et de liberté. Héros de la grande marche du siècle vers la République, ce peuple a rendu son verdict implacable: «Le départ non négociable du système». Des mots lourds de sens. Le rendez-vous historique tant attendu par la population.

Décidément, le pouvoir fait la sourde oreille et opte pour une «transition» où les dés sont pipés d'avance pour assurer sa survie tandis que l'armée, la grande muette, tente de sauver tant bien que mal le régime en brandissant l'article 102 de la constitution, au grand dam du peuple.

S'impose désormais une rupture radicale avec l'idéologie arabo-baathiste et toutes ces institutions. Ces coquilles vides, somme toute, ne font que continuer de semer la gabegie et le discours bureaucratique au sein de la société pour récolter après tant d'années perdues une économie désintégrée et dépendante des ressources pétrolières et gazières, un pouvoir d'achat érodé, des soins hospitaliers agonisants, un chômage alarmant, une école aux multiples troubles, une justice bancale à deux vitesses... etc.

Les Algériens méritent mieux que ce bilan accablant d'un système pourri et fourbe qui daigne encore s'accrocher à son destin déjà scellé par la rue.

Pendant 57 ans, ce système a étouffé les libertés civiles du peuple, a damné ses droits et a brimé sa dignité de génération en génération. Maintenant, cela lui explose à la face. En effet, par sa nature même, le pouvoir autoritaire, despotique recèle intrinsèquement les prémices de sa disparition. Le cinquième mandat de Bouteflika fut la goutte qui fit déborder le vase et la colère volcanique du peuple a vite répandu l'espoir d'un État juste et équitable dans le cœur des gens.

Il faut dire que le «parti emblématique» d'antan en l'occurrence le FLN (Front de libération nationale) qui fut glorieux au temps de la révolution, jusqu'à 1962, a été pendant des années l'arène de toutes les dérives ayant mené le pays aux échecs et à sa banqueroute. Il fut l'appareil politique le plus influent avec son armada d'organisations qui relayèrent le discours du bâton et de la carotte des généraux truffés de galons. N'est-ce pas le temps de restituer ce symbole à tous les Algériens en le plaçant plutôt patrimoine du peuple à l'abri de toutes les surenchères? Ironie du sort, le FLN se dit du côté du peuple tout comme le parti fantoche d'Ouyahia, l'homme des «sales besognes»!

Par ailleurs, la clé de voûte pour faire le grand saut vers la démocratie équivaut à dire: quand est-ce qu'enfin la caserne restera à l'écart des joutes politiques et vaquera à ses occupations? Abane Ramdane, le géniteur de la révolution et grand stratège du congrès de la Soummam et ses pairs Krim, Ouamrane, Zighout... ont pensé et posé les jalons d'un État futur d'une Algérie démocratique qu'incarnait fondamentalement le principe de «la primauté du politique sur le militaire», condition sine qua non d'une république où la défense nationale, d'une Algérie nouvelle, qui sera sous l'égide d'un gouvernement démocratiquement élu dont les décisions seront appliquées à la lettre par l'armée.

Souhaitons une Algérie nouvelle où la justice sera extirpée des griffes des magistrats aux longs bras dont le magma écrabouille tous les droits fondamentaux.

Une Algérie nouvelle où le paysage politique sera assaini de tous les joueurs opportunistes sur lesquels s'appuie le pouvoir algérien pour courber l'échine au peuple.

Enfin, démanteler ce système signifie que le peuple s'attend à une opposition solide comme du roc, des leaders charismatiques, honnêtes, compétents et capables d'amener le souffle colérique de tout une jeunesse, ses attentes et ses espérances, jusqu'à l'enceinte du palais présidentiel où il faudra planter le mât de la démocratie, où flottera le destin d'une Algérie libre et plurielle, forte et progressiste affranchie de tous les archaïsmes, loin des dirigeants machiavéliques qui l'ont longtemps meurtrie.

La lutte acharnée du peuple et sa résistance pacifique représentent aujourd'hui le flambeau précieux à transmettre à des représentants dignes de confiance pour garantir la naissance d'un État de droit éclos dans la paix et la démocratie.

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