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08/09/2015 10:17 EDT | Actualisé 08/09/2016 05:12 EDT

Un automne fleurdelisé?

Nous aurions tous raison d'être très fâchés si Gary Bettman nous privait collectivement d'un locataire de premier plan pour notre aréna, la province ayant ramassé la moitié de la facture.

Est-ce qu'il y a seulement moi qui est inquiet? D'une semaine, voire d'une journée à l'autre, la Ligue nationale de hockey (LNH) va décider si elle retient la candidature de Québecor à l'octroi d'une équipe d'expansion. Ce n'est pas une rumeur, ni de la spéculation. Ça s'inscrit dans un processus dont le calendrier était bien détaillé, sauf pour la décision finale.

Décision qui n'a d'ailleurs pas été promise quand la LNH a communiqué un échéancier précis de trois étapes menant à la conclusion ultime. Québecor, et accessoirement Las Vegas, ont franchi ces trois étapes. Là non plus, pas de rumeurs: toutes les parties impliquées l'ont confirmé. Reste que la ligue s'était bien gardée de promettre quoi que ce soit.

Donc, suis-je le seul à avoir peur? Parce que là, le retour des Nordiques, on y touche. La LNH parlait d'ajouter deux équipes et il n'y a que deux groupes. Il fallait satisfaire à un paquet d'obligations, et ces deux groupes, selon toute vraisemblance, ont réussi.

Ne manque plus que l'annonce officielle. Elle est mieux de venir et d'être positive, non? Parce s'il fallait que Gary Bettman explique laconiquement que tout ça se voulait exploratoire, ce ne sera pas beau dans les rues de la belle capitale. Ça pourrait être l'étincelle qui allume un automne fleurdelisé.

Paradoxalement, cette fausse prémonition apocalyptique renforce quelque chose qui m'apparaît très évident. Le retour des Nordiques, c'est pour très bientôt. Pas mal, quand même!

Je dois avouer qu'au début je n'étais pas particulièrement optimiste, moi qui suis plutôt jovial en général. Faut dire qu'il n'y avait pas d'aréna. Ça, nous y reviendront. Mais surtout, le contexte d'affaires est bien particulier. N'entre pas qui veut dans le cercle des propriétaires de la LNH. Ne suffit pas d'avoir l'argent. Il faut savoir manœuvrer et, à l'époque, Québecor était impliqué dans un bras de fer devant les tribunaux avec la LNH, accusant cette dernière de pratique anticoncurrentielle dans la négociation des droits de diffusion. Pas la meilleure façon de se faire des amis. Il s'en est passé des choses, depuis, le groupe de presse étant devenu un partenaire important de la ligue dans ce même domaine.

Le retour des Nordiques, donc, à moins d'une catastrophe qui, si elle devait s'avérer, provoquerait sans aucun doute une très forte grogne populaire à Québec. Et peut-être ailleurs. À vrai dire, sûrement ailleurs. Parce que toute la province est impliquée malgré elle dans cette histoire. Et nous aurions tous raison d'être très fâchés si Bettman nous privait collectivement d'un locataire de premier plan pour notre aréna. La province ayant ramassé la moitié de la facture publique, donc le très gros morceau du financement, c'est un peu notre aréna à tous.

Au départ, quand le maire de Québec a commencé à détailler son projet, j'avais le plaisir de travailler avec un journaliste sportif d'envergure qui en avait vu d'autres et qui avait les valeurs sociales à la bonne place. Il arguait que c'était carrément indécent de financer de cette manière une infrastructure qui allait servir principalement à une entreprise privée. Et je parle ici de l'opinion d'un homme amoureux du hockey.

Un peu cynique, mais surtout toujours de bonne humeur, je lui répondais que de toutes les mauvaises décisions que pouvait prendre un gouvernement, celle-ci avait le mérite d'être chouette et que, de toute façon, cette pratique était devenu le modèle dominant en Amérique du Nord. Ce que j'avançais avait beau être vrai, je devais quand même concéder à cet ex-collègue un gros élément de supériorité morale. Et dans les années qui ont suivi, j'en suis venu à me dire que c'est lui qui avait raison.

C'était avant la fin du mois de juin dernier. Depuis quelques semaines, mes sentiments sont plus heureux. Pour tout dire, je suis impressionné. Tout ça va fonctionner. C'est sûr que d'investir collectivement des centaines de millions de dollars dans un bâtiment qui va servir au sport-spectacle, ce sera toujours discutable. Reste que, de ce que l'on comprend, Québecor n'obtiendra pas une équipe pour une bouchée de pain. Va falloir allonger 300 millions de plus que ce qu'aura finalement coûté le Centre Vidéotron. Et avec un locataire de la trempe des Nordiques, il y aura des revenus fiscaux importants qui seront générés. Un retour sur investissement possible à imaginer.

Quand le retour des Nordiques sera confirmé, il s'en trouvera pour dire que le modèle décrit plus haut aura fonctionné. Je serai peut-être du nombre. Cette réussite pourra aussi servir d'autres promoteurs. Par exemple, des gens qui rêvent du retour des Expos à Montréal. Idée que je trouvais absolument farfelue la première fois que je l'ai entendue.

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