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23/05/2018 01:00 EDT | Actualisé 23/05/2018 01:00 EDT

J'en ai assez de n'entendre parler que de l'instinct maternel, et l'instinct paternel alors?

Existe-t-il un instinct paternel dont personne ne parle?

J'en ai assez de n'entendre parler que de l'instinct maternel, et l'instinct paternel alors?.
Our Little Kosmos
J'en ai assez de n'entendre parler que de l'instinct maternel, et l'instinct paternel alors?.

Avant la naissance de Charlie (mon fils, NDLR), j'avais peur de ne pas être un bon père. Cette angoisse doit être partagée par tous les parents et tous les papas mais n'ayant que rarement eu l'occasion de garder des enfants en bas âge, chaque geste et chaque situation étaient pour moi une nouveauté et je m'inquiétais de ne pas savoir faire ou réagir comme il faut.

J'aurais pu angoisser à l'idée de ne pas savoir changer une couche ou de donner le bain mais c'est la peur de faire tomber mon fils qui hantait mes nuits avant l'accouchement.

J'aurais pu aussi me rassurer en me disant que c'est sa maman qui s'occuperait du quotidien de mon fils mais ce n'est pas ma vision de la parentalité et je pense ne pas être le seul père dans ce cas.

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Pourtant à sa naissance j'ai immédiatement réussi à le serrer contre moi pour le sécuriser, et je ne l'ai pas fait tomber (pour le moment...).

Ensuite lorsqu'il a fallu lui donner le bain, lui préparer le biberon, le bercer pour l'endormir, j'ai rapidement et naturellement pris les bons réflexes.

La question qui a doucement germé dans ma tête de jeune papa est de savoir si les automatismes nécessaires à tous les parents sont innés ou non? Et dans ce cas, sont-ils alors uniquement réservés à la maman?

Plus simplement, existe-t-il un instinct paternel, pendant de l'instinct maternel, dont personne ne parle?

L'instinct parental n'est pas l'apanage des mamans

Aujourd'hui, je peux changer une couche dans le noir, je peux préparer un biberon, donner le bain, et quand Charlie pleure la nuit je suis souvent le premier à bondir du lit et parfois sans que Julie (ma conjointe NDLR) ne se réveille!

Je contribue moi aussi à son éducation, je joue avec lui, je m'angoisse lorsque je n'entends plus de bruits dans sa chambre et il me manque lorsque je suis au travail.

Alors si jamais il existe vraiment un instinct maternel, pourquoi est-ce que je ne pourrai pas connaître moi aussi l'instinct paternel?

Dès les premiers jours de Charlie, je ressentais un besoin et une satisfaction lorsque je le tenais dans mes bras.

Je suis à un stade de ma vie où, pour différentes raisons personnelles, le bonheur partagé avec mon fils est aussi important que ma réussite professionnelle.

Mon implication dans l'éducation de Charlie est donc à la fois naturelle mais aussi le fruit d'une volonté personnelle. Avant la naissance j'ai lu des livres pour "me préparer à devenir père". J'avais besoin d'être rassuré et d'avoir des conseils mais la réalité c'est que la plupart des gestes et des actions ont été spontanés et souvent non calculés, comme si sans le savoir je pouvais naturellement m'occuper de mon enfant.

Entre Charlie et sa maman il y a un lien très fort et particulier, par exemple lorsqu'il a un gros chagrin je n'arrive pas à le consoler et lorsque sa maman le prend dans ses bras il s'arrête immédiatement.

Mais cette relation ne semble pas exclusive et j'ai moi aussi droit à mes moments particuliers.

Et puis il y a ces moments ou, comme le matin, Julie et moi avons le droit à part égale de bisous au réveil de sa part.

Au final, je ne pense pas que Julie tienne une place plus grande dans la vie de Charlie. Je pense que nous avons chacun une place de même taille mais différente car nous n'occupons pas la même place.

L'instinct paternel ou le droit des papas à occuper une place plus importante

Je ne cherche pas à dire que les papas et les mamans sont identiques ni de remplacer sa maman mais que les papas peuvent éprouver eux aussi ce lien et cet attachement si particulier avec leurs enfants.

Peut-être qu'à force de trop de temps à expliquer aux femmes qu'elles devaient s'occuper des enfants et aux hommes qu'ils ne devaient pas s'en occuper mais s'occuper de travailler de faire manger la famille... Peut-être qu'à force de tout ce temps les pères n'ont plus osé être des papas?

Mais aujourd'hui les lignes bougent.

Le schéma de la "famille traditionnelle" bouge et n'est plus le même aujourd'hui. La preuve 1 famille sur 5 est monoparentale, les couples homosexuels peuvent avoir des enfants et dans toutes ces configurations la place du papa change elle aussi. Si les papas et les mamans demeurent différents, beaucoup de père veulent désormais s'impliquer davantage dans l'éducation des enfants.

Aujourd'hui la société parle de ces papas qui souhaitent être plus présents pour leurs enfants. Les médias les appellent souvent "les nouveaux papas".

Ce que j'en retiens c'est que dorénavant les papas veulent et peuvent vivre cette parentalité renforcée avec leurs enfants.

Pourtant je crois que la volonté ne fait pas tout et qu'il ne suffit pas de vouloir s'impliquer davantage pour pouvoir le faire. Là où personne ne remet en cause la place et l'importance de la mère dans la vie des enfants il n'en va pas de même pour les pères. Il n'y a qu'à voir la réaction de mes parents ou beaux-parents qui me voient m'investir dans l'éducation de Charlie. Ils ne comprennent pas toujours et peuvent être assez critiques...

Ce droit à être présent pour nos enfants, on peut presque dire que nous avons à le conquérir nous les papas.

Une chose est certaine, c'est que pour pouvoir nous impliquer davantage ça ne dépend pas que de nous... Nous avons aussi besoin:

  • e la maman. Bah oui il faut trouver un équilibre dans le couple, en discuter et que l'autre parent nous aide à trouver notre place.
  • d'un vrai congé paternité pour partager notamment les premiers jours. Pour établir le lien entre le père et son enfant il faut partager avec lui le plus de temps possible dès la naissance. Comme j'ai eu l'occasion de l'écrire dans mon article sur le congé paternité, il est urgent d'allonger la période du congé pour faciliter notamment la création de ce lien père-enfant.
  • d'une égalité salariale pour encourager pour de vrai les papas à prendre un congé parental sans que les calculs d'écart de salaire entre maman et papa n'entrent en compte.

Selon la psychothérapeute Isabelle Filliozat "le papa est une figure d'attachement essentielle pour l'enfant. Le nourrisson reconnaît d'ailleurs très rapidement son odeur et sa voix. C'est primordial que le père développe une relation avec son bébé. Et cette place, il la prend dès lors qu'on la lui laisse."

Si le cerveau des pères et des mères réagissaient en moyenne différemment, plus le papa passe du temps avec l'enfant, plus le cerveau se modifierait comme celui de la mère. Par exemple chez les couples homosexuels avec deux pères, au contraire, le cerveau des deux parents se recâblait comme celui des mères.

La place des pères et des mères ne dépend donc pas d'une répartition naturelle ou biologique mais aussi sociale.

D'ailleurs pour la thérapeute familiale Irene Loyácono, l'empathie et l'attachement sont des concepts qui peuvent souvent être confondus avec l'instinct. Elle pense donc qu'il n'y a aucune raison de ne pas parler d'instinct paternel.

Finalement je crois que peu importe qu'il y ait ou non un instinct paternel. Ce qui compte c'est la place que nous souhaitons prendre dans la vie de nos enfants. S'il n'y a pas de bonne ou de mauvaise place ni d'implication suffisante ou insuffisante (parce que nous faisons tous au mieux et que nos enfants le savent), une chose est sûr nous sommes tout à fait capable de nous occuper de nos enfants.

Ce billet est également publié sur le blog Our Little Kosmos.

Julie Olk

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