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11/06/2018 15:29 EDT | Actualisé 11/06/2018 15:30 EDT

Le Parti québécois, Martine Ouellet et l'abrogation de la loi concernant La Presse

Le Parti québécois et la députée indépendante Martine Ouellet doivent faire la démonstration que leur hésitation n'est pas le résultat d'une attitude partisane revancharde contre la famille Desmarais.

La Presse canadienne

Le Parti Québécois est un grand parti démocratique. Il a toujours mis de l'avant l'importance de faire de son combat politique, un débat d'idées sur l'avenir du Québec et du Canada. Ce débat, malgré l'animosité qu'il a suscitée depuis plus de quarante ans, s'est toujours déroulé dans un esprit démocratique. Il ne serait jamais venu à l'idée du Parti Québécois et de son fondateur, René Lévesque, de privilégier une autre avenue que le débat démocratique pour faire avancer la cause de la souveraineté du Québec. C'est tout à son honneur. C'est cet esprit qui a contribué à enrichir la culture démocratique de la société québécoise.

De son côté, la famille Desmarais a toujours favorisé l'option fédéraliste, comme bien d'autres citoyens et entreprises l'ont fait au cours des dernières années. C'est son droit. La richesse et la maturité d'une société ne se mesurent-elles pas à sa capacité de permettre l'expression d'idées contraires? Année après année, la page éditoriale de La Presse a toujours soutenu les partis et l'option fédéralistes. Il en est autrement de l'équipe de journalistes et de chroniqueurs de ce grand média qui ne sont pas soumis à cette règle éditoriale. On y retrouve des gens ouverts à toutes les options et qui pratiquent leur métier de façon irréprochable. De plus, pour avoir connu plusieurs de ces journalistes comme collègues dans le métier, et davantage comme président de la Fédération des journalistes du Québec de 1992 à 1997, je sais fort bien que plusieurs d'entre eux, à titre de citoyens et non comme journalistes, ont voté en faveur de l'option du OUI lors du référendum de 1995.

Encore aujourd'hui, s'il est vrai que les journalistes de La Presse, comme citoyens et citoyennes, éprouvent moins de ferveur ou de sympathie à l'égard de l'option souverainiste en vertu de nombreux facteurs qu'il serait trop long à expliquer ici, ils et elles continuent néanmoins à exercer leur métier de façon impeccable, sans partisanerie dans leur couverture des grands enjeux de la société québécoise.

Il faut le dire haut et fort, La Presse est un grand journal.

Le travail de ses journalistes constitue un modèle et une référence pour les autres membres de la profession.

Le travail de ses journalistes constitue un modèle et une référence pour les autres membres de la profession. Ils et elles accomplissent un travail exceptionnel. C'est ce journal qui a largement contribué au journalisme d'enquête au Québec, à la réflexion et aux débats d'idées, à l'enrichissement culturel ainsi qu'à une information nationale et internationale de qualité. Mais voilà, La Presse+ doit changer de modèle d'affaires. Et pour ce faire, contrairement aux autres médias, elle doit demander la permission à l'Assemblée nationale de pouvoir se transformer en OBNL, ce qui constitue un non-sens. Dans sa hâte de procéder rapidement à ce changement, certains membres de la députation ont pu se sentir froissés.

Par contre, cela ne doit pas nous faire dévier de l'essentiel ni en faire un prétexte pour justifier une réaction inappropriée de l'opposition à la demande pourtant légitime de La Presse+. Ce dont il s'agit ici, c'est de se libérer de ces menottes que constitue la loi adoptée par l'Assemblée législative en 1967.

En 2018, cinquante ans plus tard, l'objectif est pourtant simple: mettre fin à cette loi anachronique et désuète datant d'une autre décennie, d'un autre millénaire. Pour ce faire, tous les députés doivent unanimement approuver l'opération. Et c'est là que le bât blesse.

Certains députés détournent le débat et en profitent pour régler des comptes avec certains journalistes et surtout pour "donner une leçon" à l'adversaire fédéraliste de toujours, la famille Desmarais.

Certains députés détournent le débat et en profitent pour régler des comptes avec certains journalistes et surtout pour "donner une leçon" à l'adversaire fédéraliste de toujours, la famille Desmarais. Plusieurs arguments sont utilisés pour bloquer Power Corporation dans sa tentative de développer une alternative viable à un modèle d'affaires bousculé par Google et Facebook.

Encore une fois, je suis de ceux qui auront, dans une autre étape, plusieurs questions à poser aux dirigeants actuels de La Presse. Ainsi, cet OBNL sera-t-il véritablement indépendant? Power Corporation est-il en train de bousculer toute la députation pour tenter d'imposer un subterfuge lui permettant d'aller chercher des crédits d'impôt et un financement gouvernemental tout en restant le vrai propriétaire dans l'ombre? Je serai toujours en première ligne pour questionner ce modèle encore trop nébuleux, à mon avis. Mais en attendant, restaurons la liberté de La Presse+, de ses patrons et de ses employés de développer une nouvelle formule de modèle d'affaires. Un tel modèle d'OBNL existe ailleurs en Occident. On peut s'en inspirer.

Il y a quelque chose d'anti-démocratique à ce que des députés de l'Assemblée nationale tentent de faire disparaître l'option politique de leur adversaire dans l'univers des médias.

Dans un tel débat, l'esprit revanchard n'a pas sa place. Il y a quelque chose d'anti-démocratique à ce que des députés de l'Assemblée nationale tentent de faire disparaître l'option politique de leur adversaire dans l'univers des médias. Plus précisément, en tentant d'écarter le point de vue fédéraliste de la page éditoriale d'un grand média parce qu'il ne fait pas notre affaire. Ce serait un dangereux précédent. C'est contraire à l'esprit démocratique qui devrait guider l'action de tous les partis politiques qui sont favorables à la diversité d'opinion et à la liberté d'expression. C'est ce qui enrichit l'espace démocratique. La richesse d'une société, que ce soit au sein d'un Québec souverain ou d'un Québec au sein du Canada, sera toujours évaluée par sa capacité de permettre la liberté d'expression, la cohabitation et la diversité d'idées. Si le Québec devient souverain, il devra favoriser généreusement la diversité d'opinions. A contrario, s'il reste au sein du Canada, les péquistes pourront toujours persévérer en démontrant que leur parti fait avant tout partie du camp de la démocratie et de la diversité d'opinions.

À l'heure actuelle, nous faisons face à deux étapes distinctes. La première est de libérer, comme média, La Presse+ du joug de cette loi anachronique datant de 1967. La deuxième étape viendra plus tard. Réglons d'abord le premier débat en abrogeant la loi désuète de 1967.

Le jour où l'OBNL La Presse+ cognera à la porte de l'État pour demander du financement, celle-ci pourra toujours disposer de cette demande au mérite, selon des règles bien définies. Mais d'ici là, le Parti québécois et la députée indépendante Martine Ouellet doivent faire la démonstration que leur hésitation n'est pas le résultat d'une attitude partisane revancharde contre la famille Desmarais.

Un peu plus de respect envers les journalistes de La Presse serait apprécié. Démontrez que vous serez toujours prêts à favoriser la diversité d'opinion et la liberté d'expression au sein de la société québécoise, peu importe le choix qu'elle favorisera pour son avenir.

En toute transparence, je dois rappeler que je suis membre du conseil d'administration du Devoir et que cette opinion n'engage que moi.

Ce texte a aussi été publié sur le blogue d'Alain Saulnier, ici.