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23/04/2016 04:08 EDT | Actualisé 24/04/2017 05:12 EDT

L'idole

À 11 ans, je commençais à peine à découvrir l'ambiguïté de mon être. Pourtant, plus je te regardais, plus je comprenais que je n'étais pas seul.

Lorsque Michael Jackson est mort il y a bientôt six ans, j'étais sous le choc. J'ai pleuré! C'était comme une partie de mon enfance qu'on m'enlevait, car Michael Jackson était une idole pour tous les jeunes de mon époque. Même si Thriller était son sixième album, c'est à partir de ce moment qu'il devint une méga star pour le rester à jamais.

Quant à toi, je t'ai entendu pour la première fois en 1984. Une année après Michael, mais une année qui fait toute la différence car je devenais lentement mais sûrement, un pré-adolescent. Et si le «Roi de la pop» était une idole asexuée, il en allait tout autrement pour toi, Prince.

Ta carrière a levé d'un cran cette année-là. Je ne le savais pas encore, mais j'aimais tes débuts aussi. Tes «tounes» disco. 1999, I Want To Be Your Lover, Pop Life et autres succès. Je les aimais déjà sans savoir qu'elles étaient de toi.

Cette année-là aussi, c'était l'émergence des vidéoclip et When Doves Cry jouait en boucle à la télé. Va savoir pourquoi, moi c'était Let's Go Crazy qui venait me chercher avec ce solo de guitare interminable qui démontrait ton immense talent de musicien.

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À 11 ans donc, je commençais à peine à découvrir l'ambiguïté de mon être. Pourtant, plus je te regardais, plus je comprenais que je n'étais pas seul. Comprends-moi bien, je n'aurais jamais osé ton excentricité, mais tu allais si loin que tu réconfortais le jeune garçon en moi aux prises avec un désir d'émancipation immense que je refrénais sans cesse.

Tes cheveux, ton maquillage et tes tenues féminines provoquaient le sarcasme chez tes dénigreurs. Ils te traitaient allègrement de «tapette» avant d'apprécier ton talent. Je ne montais pas aux barricades pour te défendre. Je restais silencieux. J'aurais préféré mourir plutôt que de venger un artiste tel que toi. La peur de se faire coller la même étiquette guidait ma volonté de rester à l'écart de ce débat.

Chose certaine, ta masculinité, je le voyais, transpirait dans ton côté féminin assumé.

C'est un peu plus vieux que j'ai compris que je pouvais moi aussi m'habiller serré, danser langoureusement tout en étant masculin.

Que laisser apparaître une toison digne des années 70 à travers mes chemises pouvait être sexy. Que danser lascivement tenait plus de l'affirmation de ma personnalité que d'une prétendue homosexualité.

Il y a des musiciens qui auraient voulu jouer de la guitare comme toi. De la guitare ou de l'un des 27 instruments que tu maitrisais. Il y a des chanteurs qui auraient vendu leur âme au diable pour moduler leurs voix comme tu savais si bien le faire. Et il y avait moi qui enviais tes pas de danse.

Malheureusement, je n'ai ni ta souplesse ni ton charisme pour imposer mon rythme. Par contre, sache que quand je danse, tu m'habites. Je te visualise et tu m'inspires. En fermant les yeux, j'arrive presque à croire que je suis toi.

Hier, la planète entière m'a dit que tu étais mort. Je ne le crois toujours pas. Pourtant, le 21 avril, j'ai dansé dans mon salon pour fuir la réalité. Chaque pas que je faisais semblait téléguidé par toi. Jadis, j'enviais ta sensualité. Or, il y a bien longtemps que je me la suis appropriée.

Si vraiment tu es mort, sache que tu vis en moi pour l'éternité.

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