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01/10/2016 10:26 EDT | Actualisé 01/10/2016 10:26 EDT

Descendance

Je vais avoir 42 ans. J'entre de plein fouet dans cette décennie qui va me mener tout droit vers le demi-siècle. Je n'ai plus 40 ans. J'ai entamé l'étape ultime, celle qui me mènera vers la mort, éventuellement.

Melbourne, Australie. Janvier, 2015

Je vais avoir 42 ans. J'entre de plein fouet dans cette décennie qui va me mener tout droit vers le demi-siècle. Je n'ai plus 40 ans. J'ai entamé l'étape ultime, celle qui me mènera vers la mort, éventuellement.

Dorénavant, je parle comme un vieux. J'emploie des expressions comme: «dans mon temps» et «quand j'étais jeune» de plus en plus souvent et ces expressions sont toujours empreintes de nostalgie. Je parle du passé comme d'un immense souvenir heureux. Comme si le futur, lui, n'aurait jamais la chance d'appartenir à mon passé. Comme si je le rejetais d'emblée. Car, cet avenir ne saurait avoir sa place parmi mes souvenirs de jeunesse puisque l'album de photos est déjà complet. Lentement mais sûrement, je me reconnais de moins en moins dans ce monde qui évolue sans cesse.

En même temps, c'est ma faute. Je crois tout connaître et avoir tout vu. Je me laisse de moins en moins surprendre... parvenant chaque fois, ou presque, à anticiper mes émotions. Je suis devenu prévisible. Mes habitudes sont miennes et j'ai l'impression que mes certitudes sont innées. La spontanéité laisse peu à peu la place au confort spirituel d'un aîné. C'est loin d'être si évident, mais c'est peut-être à ce moment précis justement que l'on cesse d'être jeune.

Si le passé est garant du futur, il y aura donc un avenir pour mon passé.

Pourtant je n'ai rien fait ni rien accompli qui fasse de moi un sage. Je suis juste un mec avec une certaine expérience de la vie qui adore partager celle-ci avec autrui. C'est de là que naissent mes affinités maintenant. Ce monde de «hashtag» et de «selfie» ne sera jamais mien. Mes «selfies» n'ont pas le bon angle ou ont l'air fake, quant à Twitter #jemencalisse.

Si le passé est garant du futur, il y aura donc un avenir pour mon passé. Ce que j'écris aujourd'hui, fera peut-être partie de mes belles années. J'aurai, je l'espère, un enfant à qui je dirai un jour: «dans mon temps». Je lui inculquerai mes certitudes qu'il s'empressera de renier avec les siennes. Il dira que son papa est vieux et qu'il ne connaît rien à rien et il aura un peu raison, car déjà je le sens, ce monde m'échappe à sa façon.

Montréal, Québec. Septembre 2016

Je suis papa depuis près d'un an maintenant. J'ai ce fils. Ce n'est plus une fiction. C'est un curieux phénomène que d'observer son fils grandir, car plus il vieillit, plus je rajeunis. Je me surprends parfois à l'observer m'observer. Je me demande si lui aussi voit son reflet dans mes yeux. Ce moment troublant où l'avenir et le passé semblent vouloir à tout prix communiquer par ce médium insaisissable qu'est le moment présent.

Lorsqu'à son tour il aura plus de 40 ans, il pensera peut-être à moi avec la même nostalgie. Je ferai alors partie de son passé, mais il pourra lui aussi écrire attablé dans un café de Melbourne ou de Montréal: «Dans mon temps c'était mieux! Papa me disait de même, mais il était vieux. Maintenant papa tes certitudes sont miennes, car papa, dans mon temps à moi, ce sera toujours mieux.»

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