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23/06/2016 10:32 EDT | Actualisé 23/06/2016 10:32 EDT

«To bi or not to bi»

C'est le dernier tabou sexuel je crois. Je ne peux pas en tant que mec m'installer dans la chambre des joueurs et déclarer haut et fort: «Ben moi les gars je suis bi!» Car le spectre du surnom de «tapette» plane toujours.

Je mijote ce texte depuis belle lurette. Dans la foulée de la tuerie d'Orlando, on a vu des coming out dans les médias et sur les réseaux sociaux. À la différence que cette fois-ci, plusieurs de ces coming out se font en s'affichant bisexuel et non homosexuel.

J'emploie le masculin, car, en français, la règle veut que le masculin l'emporte sur le féminin, mais il serait plus juste de dire que ces récentes sorties du placard sont, pour la plupart, féminines. Je reprends donc le flambeau les filles. Je suis, moi aussi, bisexuel.

Je n'ai pas de souvenirs d'avoir ressenti quelque chose pour un garçon lors de mon enfance. En revanche, lors de ma pré-adolescence, les scénarios fantasmatiques impliquant mes amis étaient récurrents. De sorte que, comme plusieurs d'entre nous, le premier sexe que j'ai vu et touché fut celui de mon voisin. Et ce, en toute tranquillité d'esprit, sans craindre de se faire surprendre par ma mère ou pire, par mon père, car nous avions un alibi.

En effet, le «Nintendo» et son titre vedette «Super Mario» conféraient aux préadolescents de l'époque deux ou trois heures quotidiennes de totale liberté dans une pièce. Comme nous savions après quelques mois tout du jeu et des tableaux secrets dont il recelait, nous nous sommes mis à la découverte d'un nouveau jeu impliquant tout autant de secrets, qui nous paraissait plus excitant tout en étant une suite logique: «Mario versus Luigi». Puisque soyons francs, à 13 ans, la princesse reste inaccessible.

Les désirs homosexuels bouleversent probablement les garçons autant que les filles à cet âge. Cependant, pour un jeune garçon, se faire traiter de «tapette» dans la cour d'école était la dernière chose sur la planète dont on voulait se faire affubler. Pourtant ce n'était pas les étiquettes négatives qui manquaient. «Mongol» et «rejet» étaient du nombre, mais l'épithète de «tapette» te faisait à coup sûr devenir aussi un «rejet».

Alors j'ai tout fait pour ne pas laisser paraitre ce côté de moi. En excellant dans les sports entre autres, car qui peut soupçonner un sportif d'être une «tapette». Mon défunt papa lui, n'y a vu que du feu. Je marquais des buts à profusion au soccer en tant qu'adolescent et je multipliais les conquêtes féminines une fois adulte. Je ne lui ai laissé aucune chance de se douter de quoi que ce soit. Maintenant qu'il est mort depuis 4 ans, il est plus facile pour moi d'avouer ce pan de mon être. Je suis bi papa.

C'est là où j'insiste sur le mot bi. Je le suis! Je ne fakais pas ces amoureuses de passage que je ramenais à la maison comme des trophées de chasse. Car bien que je me décrive comme bisexuel, je suis bien plus aux femmes qu'aux hommes. D'ailleurs, en ce début d'été, je me retourne encore et toujours sur toutes les jupes qui croisent mon chemin, mais jamais sur un gars en chest. La bisexualité est très rarement 50-50. Mais un homme, encore aujourd'hui en 2016, peut-il vraiment s'afficher sans complexe et dire qu'il est bi? J'en doute!

C'est le dernier tabou sexuel je crois. Je ne peux pas en tant que mec m'installer dans la chambre des joueurs et déclarer haut et fort: «Ben moi les gars je suis bi!» Car le spectre du surnom de «tapette» plane toujours.

Je peux difficilement affirmer à une femme que je suis bi, car je perds tout à coup une «certaine» masculinité.

Quant à le révéler aux homosexuels, ils risquent fort de penser en leur for intérieur que je ne suis qu'un gay qui s'ignore.

Or, si je me fie à Kinsey et à son étude sur les comportements sexuels parue dans les années «60», 80% de la population est bi à divers degrés. Ça, ça veut dire que 8 gars sur 10 sont bi. Parfois ils n'ont que fantasmé, parfois ils n'ont que tenté une expérience, mais il reste que c'est bel et bien en eux, en nous et en moi...

Heureusement, les moeurs évoluent. Avant il n'y avait qu'un cercle fermé d'amis qui connaissaient ma nature profonde. Depuis quelque temps, je m'emploie à avouer à mes amis straight ma bisexualité. Je n'ai pas tenu de statistiques précises sur leurs réactions, mais il semble que l'échelle de Kinsey tienne toujours en 2016, car 80% de mes amis ont confessé avoir essayé ou avoir été tentés par la chose.

Alors voilà les filles, j'ai repris le flambeau! C'est d'ailleurs la devise du Canadien de Montréal non? «Nos bras meurtris vous tendent le flambeau, à vous de le porter toujours bien haut». C'est tu juste moi les gars ou les mots m'excitent un peu?

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