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22/05/2016 08:57 EDT | Actualisé 23/05/2017 05:12 EDT

Il n'y a plus de service au numéro que vous avez composé

Il y a un peu plus d'un an, ma mère subissait trois «avc» qui l'ont mise k.o. pour de bon. Des accidents vasculaires cérébraux qui ont occasionné des transformations permanentes dans nos quotidiens respectifs.

Il y a un peu plus d'un an, ma mère subissait trois «avc» qui l'ont mise k.o. pour de bon. Des accidents vasculaires cérébraux qui ont occasionné des transformations permanentes dans nos quotidiens respectifs et qui m'ont inspiré ce petit texte...

Il est venu le temps que chaque enfant devenu adulte redoute. Ce moment où il devra terminer seul sa route. Papa n'y est plus. Maman quant à elle est perdue. Suite à ses multiples «avc» de février, maman ne réintégrera plus son logement. La travailleuse sociale me l'a annoncé. Dorénavant, je dois lui trouver un foyer.

Je ne doute pas de leur constat, car je peux moi-même le vérifier, elle a changé. Ses «avc» l'ont certes, diminuée, mais ils l'ont aussi délivrée de son habituelle retenue. Ma mère, jadis si timide, ne se gêne plus maintenant pour critiquer les autres et moi-même. Jadis son roi, j'en suis réduit au statut qu'elle dessert désormais à autrui. Je suis dorénavant jugé sur mes actes et présences. Je ne peux plus feindre l'innocence.

La folie est une utopie que l'on repousse du revers de la main comme si nous en étions exempts. Pourtant, elle est tout près. Comme dans cette chambre d'hôpital qu'elle partage avec une vieille femme si discrète.

Cette journée-là, la radio de ma mère jouait à plein régime lorsque j'entrais dans la pièce. Pendant que Samantha Fox s'égosillait en vain afin qu'on la touche, ma mère me faisait part du complot orchestré par la «GRC» qui était en marche contre sa personne. Assise dans sa chambre d'hôpital où les murs sont devenus sa famille, elle me racontait qu'un complot sévit afin qu'elle ne sorte plus jamais de cet hôpital maudît.

«Touch me, Touch me, Touch me now!» Samantha le voulait plus que tout. Ma mère elle, n'en avait cure, elle ne voulait qu'une chose; sortir de ce trou.

Suite à la décision des médecins, je dois donc vider son appartement qui, durant quinze ans, fut aussi le mien. La réalité est que cet appartement est surtout, depuis trente ans, un peu le nôtre... Tant de souvenirs que je dois jeter à la poubelle sans trop réfléchir. Tant de rêves et tant de premières expériences hantent ce lieu... Détruire et vider cet appartement, c'est comme si une partie de ma vie disparaissait. Un aller simple de la fin de mon enfance et toute mon adolescence, vers l'incinérateur.

Peu m'importe maintenant, car je n'ai jamais aimé ce logement. Ce demi-sous-sol qui me maintenait perpétuellement au même niveau. Les aspirations se heurtant presque toujours au niveau zéro.

Je dois maintenant tout débrancher. Le câble, l'hydro et le téléphone. Ce fameux téléphone. Ce numéro que je connais même par sa musique. Par ses notes si caractéristiques. Lorsque je le compose depuis toujours, ce téléphone sonne et ma mère répond, sans exception. Une ligne directe pour mes joies et mes peines. Une ligne 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 à mon attention. Demain, ce numéro sera chose du passé, car il n'y aura plus de service au numéro que j'aurai composé.

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