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13/02/2018 09:00 EST | Actualisé 13/02/2018 09:00 EST

Je ne vais pas avoir 45 ans

On m'a volé des jours, des mois voire même des années. Tout va trop vite. De plus en plus vite.

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Où suis-je? En quelle année déjà? 2018 dites-vous? Attendez que je compte: 1973-83-93-2003-2013+5 de plus... Merde ça donne 45 ans ça. Je ne vais pas avoir 45 ans, c'est impossible. Au voleur! On m'a volé! Je vous le jure! On m'a volé des jours, des mois voire même des années. Tout va trop vite. De plus en plus vite.

Hier, je veux dire il y a 5 ans, j'étais au Carnaval de Rio et j'organisais de là-bas mon quarantième anniversaire qui aurait lieu ici et qui s'en venait à grands pas. Je m'en rappelle encore, il faisait 35 degrés à l'ombre et les cariocas imbibés d'alcool, de chaleur et de plaisir arpentaient les rues quotidiennement dans ces états d'ivresse respectifs de 8h00 le matin à minuit le soir. C'est entre deux « blocos », une caipirnha à la main et face à l'Océan Atlantique qui, a lui seul tentait de m'imposer des limites, que je recrutais des invités afin de célébrer mes 40 ans via Facebook.

Il y a cinq ans toute cette effervescence c'était maintenant! Bref, à mes 40 ans, j'étais beau, j'étais fier, et j'étais surtout entouré d'amis. Tout le monde ou presque avait répondu à l'appel. Ce soir-là, je revenais du Brésil et de l'Argentine, mais aussi de partout à la fois. Je revenais de partout où la vie m'avait menée. Je revenais de pays lointains, d'amours déçus, de rêves inachevés et quelque part aussi de mon enfance torturée. Oui, ce soir-là j'étais fier, car je revenais de loin et j'avais enfin la sensation d'être devenu quelqu'un.

Cinq années ont passées depuis, ce n'est pas moi qui le dis, c'est cet impitoyable calendrier. Je suis à Montréal en ce mois de février souhaitant la venue du printemps comme jamais auparavant. Je suis moins beau, je suis moins fier et mes amis ne m'entourent plus que sur Facebook. Je ne suis plus seul cependant, car la vie ne cesse jamais son rythme effréné. Il y a eu cette fille, puis cette peine d'amour, puis cette autre fille et puis ce bébé. Ce bébé qui, déjà, n'en est plus un.

Je suis moins beau, je suis moins fier et mes amis ne m'entourent plus que sur Facebook.

J'ai comme l'impression que le rythme du temps s'accélère. Non, mais c'est vrai, en 2018, Madonna aura 60 ans et Tom Cruise en aura 56. Lorsque j'étais jeune, Madonna ne prenait pas une ride et Tom Cruise, du haut de ses 5 pieds 7 pouces, pouvait sortir avec une fille de 4 pouces de plus que lui et c'est d'elle qu'on était jaloux.

45 ans... seulement, cinq années me séparent de cette autre vie où l'avenir se transformait toujours par l'aboutissement de mes propres désirs. Dorénavant, ces désirs se dissipent constamment. Ils abdiquent lentement mais surement face à ce petit être qui précède chacune de ses phrases par « papa ». Je me croirais citoyen de l'ex-URSS, car ma vie semble devenue un plan quinquennal.

Dans quinze ans j'aurai l'âge d'avoir des rabais liés à ma soixantaine et mon fils aura l'âge légal de fumer du cannabis?

Dans cinq ans, mon hypothèque sera à renégocier et j'aurai un demi-siècle. Cinq autres années suivront et toujours pas de Liberté 55 en vue. Un autre plan quinquennal plus tard et je prendrai ma retraite. Attendez, faut que je compte à nouveau! 5+5+5=15 ans?... Je serai retraité dans quinze ans? Donc dans quinze ans j'aurai l'âge d'avoir des rabais liés à ma soixantaine et mon fils aura l'âge légal de fumer du cannabis? Je vous le jure! Y'a quelqu'un quelque part qui me vole du temps. On s'adresse à qui afin de porter plainte? Au gouvernement? Au ministère du temps perdu? À l'être suprême? S

Si Dieu existe et qu'il m'aime comme j'aime les oiseaux, ce n'est pas étonnant que le bureau des plaintes divines ne rappelle pas. Tous ces calculs ne me mènent qu'à une seule équation finale. J'aurai très bientôt 45 ans... pas toutes mes dents et, définitivement, plus tout mon temps.

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