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15/06/2015 12:10 EDT | Actualisé 14/06/2016 05:12 EDT

Autochtones et pont Champlain: une passerelle entre nations

Nous avons un pont à construire : entre deux rives, mais aussi entre nos peuples. Un nom composé biculturel pour le nouveau pont constituerait un trait d'union démontrant notre volonté de prendre le bon chemin vers une réconciliation.

La construction du nouveau pont Champlain nous offre l'opportunité de faire un pas vers la réconciliation avec les autochtones. Le rapport de la Commission de vérité et réconciliation du Canada a démontré l'horreur du génocide culturel que le pays a fait subir aux autochtones. Maintenant nous devons rebâtir nos relations. Pour honorer la culture autochtone si malmenée, le nom du nouveau pont Champlain devrait inclure le nom d'une personnalité autochtone importante sur le plan historique sans pour autant enlever celui, apprécié, de Champlain. D'ailleurs, ne serait-il pas étrange d'honorer Champlain sans mentionner les autochtones qui l'ont accueilli?

Mon père construisait des ponts et l'une des leçons que j'en ai tirées c'est qu'un pont est un trait d'union. C'est l'union physique de deux rives, mais c'est surtout l'union de deux communautés séparées par un obstacle. Lorsque ces deux communautés ne veulent pas se rejoindre, le pont n'est pas construit ou, s'il existe, il se retrouve souvent bloqué comme ce fût le cas du pont Mercier durant la crise d'Oka. Selon moi, nous devrions nommer un pont de la même façon dont plusieurs nomment les enfants, par un nom composé où le trait d'union marque le lien entre les personnes qu'il relie.

Donc, au lieu d'un nouveau pont Champlain, nous pourrions avoir le pont Champlain-Atironta ou Atironta-Champlain. Qui est Atironta? Comme plusieurs, je ne le savais pas jusqu'à récemment, mon ignorance reflétant justement le fait que la culture autochtone a été peu enseignée, même occultée. D'où l'importance de la réhabiliter et d'inclure dans le nom du nouveau pont non seulement le nom d'un Européen comme Champlain, mais aussi le nom d'un autochtone. Atironta premier du nom était un chef de la nation huronne. Les faits qui devraient faire sa renommée sont les suivants. D'abord, il est le premier amérindien à contacter Champlain à Québec. Il fut également, avec Champlain, l'un des principaux architectes de l'alliance entre Hurons, Algonquins et Français. De plus, Atironta recommanda à Champlain d'établir un campement près de Lachine « où Français et Indiens pourraient vivre comme des frères ». Finalement, Champlain écrivit qu'Atironta et lui étaient devenus « plutôt intime » ce qui en fait un symbole d'amitié entre Français et autochtones.

Le même changement pourrait se généraliser à d'autres ponts comme le pont Mercier qui deviendrait le pont Mercier-Tekakwitha ou Mercier-Brant (Thayendanegea). Il s'agit d'adjoindre à Mercier une personnalité mohawk célèbre. Même le pont de Québec pourrait être renommé pont Champlain-Batiscan. N'étant pas historien, les noms autochtones que j'ai proposés ne sont que des suggestions. Par exemple, certains préfèreront à Atironta le chef Algonquin Tessouat. Les suggestions devraient venir des autochtones eux-mêmes ou, au moins, être approuvées par eux. L'essence de ma proposition est la bi-culturalité du nom d'un pont.

La tentative de faire disparaître les cultures autochtones a été tellement massive et abjecte qu'il faudra de sérieux efforts pour réparer nos relations. Les autochtones ont besoin de retrouver le contrôle de leur destinée. Ils ont besoin notamment d'investissements massifs en logement, en eau potable et en éducation. Cependant, les gestes symboliques de reconnaissance sont importants aussi. Nos ancêtres ont fraternisé dans des conditions difficiles, nous pouvons y arriver. Nous avons un pont à construire : entre deux rives, mais aussi entre nos peuples. Un nom composé biculturel pour le nouveau pont constituerait un trait d'union démontrant notre volonté de prendre le bon chemin vers une réconciliation.

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