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27/01/2016 10:46 EST | Actualisé 27/01/2017 05:12 EST

Anticostionnellement

L'Ile d'Anticosti est si belle que chaque citoyen du Québec devrait recevoir un billet d'entrée gratuit pour la visiter au moins une fois dans sa vie. Rencontre du troisième type s'il en est une, partout sur cette île les objets vous regardent, vous parlent et vous racontent une histoire unique remplie de grottes à la Patate, de canyons, de fossiles et de vrais saumons. Chacune de ces centaines de chutes offre un spectacle qui coulera en boucle dans la mémoire des chanceux visiteurs.

En 1974, le gouvernement du Québec fait l'acquisition de ce paradis sur Terre et l'île devient un bien commun. Le gouvernement entend alors y développer principalement le tourisme et la foresterie. Aussitôt la vente conclue, un arrêté en conseil vient même soustraire la totalité de l'île à toute activité minière. Le gouvernement laissera toutefois la porte ouverte à la poursuite de l'exploration pétrolière.

Une île, deux deals

De 1963 à 2005, les différents essais d'exploration pétrolière demeurent non concluants. Malgré le désintérêt de joueurs majeurs de l'industrie, la ruée vers l'or noir s'intensifie jusqu'à aujourd'hui. Cette dernière tranche de l'histoire du pétrole à Anticosti pourrait se résumer ainsi : une île, deux deals.

En 2008 d'abord, Hydro-Québec vend les droits pétroliers qu'elle possède à l'entreprise privée. La société d'État signe une entente qui demeurera secrète jusqu'en 2013. Un rendez-vous raté de mettre définitivement à l'abri ce joyau de notre patrimoine naturel.

Puis arrive le deuxième deal en 2014, alors que le gouvernement du Québec investit des sommes colossales pour reprendre en partie les droits pétroliers en devenant partenaire d'une nouvelle aventure pétrolière. Cette décision prise en pleine période électorale surprend, puisque scientifiques et spécialistes s'entendent déjà pour dire que les risques pour l'environnement et les défis techniques pour sortir le pétrole de l'île sont immenses.

«Anticostionnel» !

Mélange de déni de démocratie, de rendez-vous ratés et d'obscurantisme, il n'y a pas véritablement de mot pour décrire pareilles histoires. Quand il n'y a pas de mot assez juste, il faut parfois en inventer un.

L'hypothétique jeu de coulisse d'un obscur trio politique, lobbyiste et médiatique qui a mené à ces décisions gouvernementales est un procédé que l'on peut qualifier d'«anticostitionnel» ! Lorsque des personnes agissent anticostionnellement, on peut se douter que le bien commun ne figure pas au premier plan de leurs préoccupations.

Nous devons collectivement retrouver la liberté démocratique nécessaire pour que de telles décisions politiques soient basées sur la science, sur une solide évaluation des risques pour l'environnement, de même que sur une vision à long terme des retombées socioéconomiques.

Se donner un présent pour le futur

Ce qu'il nous faut maintenant pour Anticosti, c'est un nouveau deal, un véritable plan de rétablissement. Donnons-nous un présent pour le futur, consolidons rapidement le réseau d'aires protégées existant qui couvre actuellement 7,7 % de l'île. S'il y a un endroit où l'on peut raisonnablement tendre vers la protection de 50 % du territoire, c'est bien à Anticosti.

De concert avec la population insulaire, invitons le Québec continental à diriger ses lumières vers ce lieu paradisiaque pour en faire une destination touristique de calibre mondial. Miser sur une population de saumon en voie de disparition pour attirer le riche touriste n'est pas une avenue durable.

Mettre en place de solides infrastructures pour supporter le tourisme d'aventure et les vacances familiales, voilà des avenues à explorer et où il sera possible de puiser une énergie renouvelable.

Un appui au premier ministre

À brève échéance, la population du Québec doit se rallier derrière son premier ministre et supporter la volonté qu'il a exprimée récemment à la Conférence sur les changements climatiques à Paris de mettre définitivement fin à l'aventure pétrolière à Anticosti.

Disons-nous la vérité, il n'y a pas de carte au trésor pour le pétrole de l'île. La seule carte dont disposent les défenseurs de la poursuite de ce projet d'exploration, c'est la carte de crédit des Québécois.

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Photos de l’île d'Anticosti (tirées du documentaire de Dominic Champagne)

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