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03/12/2013 12:52 EST | Actualisé 01/02/2014 05:12 EST

Le PLQ appuiera-t-il la collusion du livre?

Inquiet de l'arrivée des nouvelles technologies et de la démocratisation de la culture qu'elles ont amenée, le lobby québécois de l'industrie du livre a convaincu le ministre de la Culture d'augmenter le prix moyen des livres afin de se protéger de la concurrence. En effet, le ministre Maka Kotto propose la formation d'un système collusoire où les prix des livres seraient fixés, rendant illégal pour les détaillants d'offrir des rabais supérieurs à 10 % dans les mois suivants la sortie d'un nouveau titre. Le Parti libéral est un complice silencieux de cette attaque frontale sur les lecteurs québécois. Le Parti conservateur du Québec s'oppose à cette politique anachronique et obscurantiste.

Les effets pervers du prix unique

Concrètement, le prix unique du livre n'est rien d'autre qu'un prix plancher qui sera imposé par l'industrie des éditeurs. Cette forme de règlementation a des conséquences prévisibles: augmentation des prix et baisse de l'accessibilité des livres.

Lorsqu'on augmente le prix d'un bien, les gens en achètent moins: il s'agit là d'un principe économique élémentaire. Ainsi, si on augmente le prix du livre en réduisant les rabais offerts, on incite les Québécois à se détourner de la lecture. Ce sont les moins nantis et ceux qui lisent déjà très peu qui arrêteront d'acheter les livres, pas les clients des librairies indépendantes qui proposent cette mesure. Des études scientifiques ont montré ce lien dans une multitude de pays: France, Danemark, Norvège, États-Unis, Allemagne.

En utilisant les données les plus conservatrices possible, la réduction des rabais sur les nouveautés réduira les ventes de livre au Québec de 14,2%. Cette baisse augmente à 17 % pour les titres québécois. Ceci va à l'encontre du principe de démocratisation de la culture et exacerbera le déjà grave problème de l'analphabétisme au Québec.

En plus de gonfler les prix, la réduction des rabais offerts réduit la diversité des titres littéraires. En Grande-Bretagne, pays s'étant débarrassé d'une politique semblable au cours des années 1990, on voit le nombre de nouveautés publiées augmenter d'année en année alors que les prix des titres les plus populaires continuent de baisser. Au même moment en Allemagne, où le prix unique du livre est encore en vigueur, le nombre de nouveaux titres est demeuré constant.

Collusion et corporatisme

Offrir la possibilité à une industrie de fixer les prix de ses produits sans égard à la concurrence, ça s'appelle de la collusion. On la dénonce pour les compagnies pétrolières ou les entreprises dans la construction, alors comment justifier la complaisance du ministre envers les éditeurs? Deux poids, deux mesures!

L'industrie est déjà protégée, ce qui nuit aux lecteurs ainsi qu'aux bibliothèques. Saviez-vous qu'il est interdit aux bibliothèques municipales d'acheter des livres à rabais? Elles doivent payer le plein prix pour les livres qu'elles achètent. Par conséquent, elles doivent acheter moins de livres pour leurs clientèles ou couper dans les activités culturelles. À ceci s'ajoutent 77 millions de dollars de subventions directes et indirectes à des entreprises privées du livre. Tout ça pour aider une élite culturelle influente dans les médias et une clique politiquement connectée d'éditeurs.

Cette politique visiblement irrationnelle et néfaste est encore un autre exemple de l'attitude corporatiste des vieux partis qui règnent sur le Québec depuis trop longtemps. Le ministre Kotto est au service d'une industrie qui l'a pris otage en lui faisant miroiter des avantages politiques et électoraux.

Le plus choquant, c'est le silence des libéraux qui se présentent faussement comme défenseurs du libéralisme et de la bonne gestion de l'économie. Ni le PQ, ni le PLQ ne défendent les intérêts des lecteurs et de la culture québécoise. Ils s'opposent également à la majorité des Québécois, qui s'est prononcée à 65 % contre cette mesure.

Le 9 décembre prochain, les électeurs d'Outremont et de Viau pourront envoyer un message clair aux vieux partis: le corporatisme, on n'en veut plus!

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