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19/11/2016 08:09 EST | Actualisé 19/11/2016 08:09 EST

L'intégration des immigrants chômeurs, notre grand défi à relever

Le débat sur le quartier muslman à Brossard remet sur la table l'intégration des immigrants dans la société québécoise. Nous voulons tous que nos immigrants s'intègrent. Mais comme les encourager ou les motiver à le faire tout en respectant leurs droits constitutionnellement garantis?

Vous voulez acheter une maison. Vous magasinez le taux d'intérêt, contractez une hypothèque et hop! l'argent devient disponible pour payer le vendeur. Vous voilà propriétaire!

Ce genre de transaction, que la plupart des Québécois considèrent comme normale, est beaucoup plus compliquée pour les Québécois de croyance musulmane. En effet, la loi coranique interdit « l'usure », c'est-à-dire les profits exagérés faits dans le commerce. Les interprétations varient, mais, sans entrer dans tous les détails, certains musulmans considèrent que de charger de l'intérêt sur un prêt contrevient aux préceptes du Coran. Sans emprunt, il devient pratiquement impossible pour un citoyen de croyance musulmane d'accéder à la propriété. Mais alors, comment peut-il faire pour ne pas être condamné à être un locataire perpétuel?

Il existe plusieurs façons d'éviter « l'usure ». Par exemple, une technique appelée la murâbaha fait en sorte que le client adresse une demande à l'organisme de crédit concernant la maison qu'il désire acheter. Si l'organisme accepte sa demande, il considère celle-ci comme étant une promesse d'achat de la part de son client. L'organisme de crédit achète alors la maison en son nom propre, disons pour 100 000 $, puis la revend au client pour 150 000$, le tout étant payable par échéances. La transaction devient tout simplement une vente à tempérament dont l'intérêt est inclus ou « déguisé » dans le prix de vente.

Je vous explique ceci parce que Nabil Warda, un fiscaliste de Brossard, a constaté qu'il y a là un « grand marché ». Un nombre important de membres de sa communauté ne peut pas avoir accès à la propriété. Le promoteur veut donc convaincre les banques de fournir « un financement conforme aux principes de l'islam, qui sont en réalité des ventes à tempérament [...] C'est une question de marketing », explique-t-il.

Nabil Warda est très impliqué dans sa communauté. Il a été administrateur du Centre communautaire islamique de Brossard en 2004 et en 2005. Certains ont relevé que les relations de cette organisation avec la mouvance des Frères musulmans ont été soulignées à quelques reprises ces dernières années. Le centre a annoncé jeudi que M. Warda n'était plus le bienvenu à y présenter son projet.

Là où ça se corse, c'est que le promoteur veut mettre sur pied une offre « clé en main », où il achètera un grand terrain, le lotira et créera une communauté composée de résidences, de parcs, d'écoles, des commerces, etc. Il mettra sur pied la technique de financement murâbaha avec une institution financière et offrira ces maisons principalement aux Québécois de confession musulmane, puisque ce sont eux qui ne peuvent pas contracter une simple hypothèque. Inévitablement, on regroupera donc un grand nombre de musulmans dans ce développement.

En soi, il n'y a rien d'étonnant ou de répugnant à ce que des gens qui ont des intérêts communs veuillent vivre ensemble en communauté. Les Grecs qui ont immigré à Montréal l'ont fait d'abord dans Parc-Extension, les Italiens dans La Petite Italie, les Chinois dans le Quartier chinois. Les gais ont trouvé refuge dans le Village. Des amateurs de golf et des tennis le font dans les communautés en Floride, les Québécois d'expression française se regroupent à Hallandale ou Hollywood.

Ce qui choque, c'est que le promoteur désire imposer les valeurs musulmanes aux résidents, par exemple la façon de se vêtir. On craint que la communauté ne s'y enferme et y vive à part le reste de leurs concitoyens, à l'écart, dans un ghetto, sans jamais s'intégrer aux valeurs dites « québécoises » et sans jamais apprendre le français ou chanter les chansons de Gilles Vigneault ou Marie-Mai. On craint un petit Molenbeek sur la Rive-Sud de Montréal. Ainsi, Nathalie Roy de la CAQ (celle-là même qui a soulevé le spectre du burkini) a affirmé que « (d)es cas semblables dans le monde, notamment en Europe, ont démontré l'échec total de ces communes, qui représentent les premiers pas vers une ghettoïsation des communautés culturelles. Les nouveaux arrivants sont les bienvenus chez nous, on ne le dira jamais assez, mais ils doivent en échange s'intégrer pleinement à la société québécoise. Peu importe de quelle communauté religieuse il s'agit, ce n'est pas vrai qu'on va accepter que certains aillent s'isoler pour vivre selon des valeurs religieuses et imposer ces valeurs à ceux qui veulent s'établir au même endroit. »

Le débat sur le quartier muslman à Brossard remet sur la table l'intégration des immigrants dans la société québécoise.

La réalité juridique est à l'effet que nos chartes (la Canadienne et la Québécoise) ne permettraient probablement pas à un gouvernement provincial ou municipal de zoner les personnes en tant que telles ni les confessions. On zone l'usage du territoire, donc l'occupation du territoire. Les différences de sexe, de religion, de différence de peau ne sont pas pertinentes. Une ville n'a pas les outils pour interdire un développement sur son territoire sur cette base-là. Par ailleurs, le promoteur qui a mentionné que les femmes devraient se vêtir de façon modeste et que l'alcool ne pourrait être consommé que dans les résidences du quartier ferait face aux mêmes chartes qui rendraient probablement caduques une réglementation sur l'habillement tout comme une prohibition totale d'exploiter des bars (de toute façon, ceci relèverait de la municipalité et non du promoteur).

Le débat remet sur la table l'intégration des immigrants dans la société québécoise. Nous voulons tous que nos immigrants s'intègrent. Mais comme les encourager ou les motiver à le faire tout en respectant leurs droits constitutionnellement garantis?

Le Parti conservateur du Québec propose d'abord un contrôle différent pour l'entrée des immigrants. Il faut ainsi :

  • une sélection éclairée d'immigrants, notamment en mettant l'accent sur l'intégration à l'économie du Québec (selon les besoins de main-d'œuvre ou les capacités entrepreneuriales);
  • une politique d'accueil où l'apprentissage de la langue et la familiarisation avec notre histoire et nos traditions sont primordiales; et surtout
  • une politique efficace d'intégration au milieu du travail dans le domaine de leurs compétences, notamment par une reconnaissance des compétences acquises à l'étranger.

Il faut donc choisir des immigrants économiques qui vont contribuer à la vie économique de notre province. Il faut aussi dénicher des immigrants économiques qui vont vouloir s'établir ici pour de bon. Rappelons que de 2004 à 2013, le Québec a choisi d'accueillir 61 103 immigrants économiques, dont seulement 46 785 étaient encore présents en 2015 (taux d'absence de 23,4 %).

Pour moi, l'intégration dans la communauté québécoise se fait d'abord et avant tout par le travail. Ce n'est pas en tournant en rond dans un 1 ½ à Parc-Extension et en en sortant cinq fois par jour pour aller prier à la mosquée qu'on s'intégrera dans la communauté québécoise. Par contre, l'employeur qui a offert un boulot à l'immigrant investit un montant considérable dans cette personne, tant en dollars qu'en temps et en formation, et a un intérêt de beaucoup supérieur à celui de fonctionnaires du ministère de l'Immigration à ce que le candidat s'intègre rapidement, devienne productif et surtout, ne retourne pas chez lui parce qu'il n'est pas capable de s'intégrer.

Malheureusement, au Québec, sur un pointage maximum de 120, le fait d'avoir une offre d'emploi ne compte que pour 10 points dans les critères d'évaluation d'un candidat à l'immigration. Selon le ministère, les connaissances linguistiques et la scolarisation sont plus importantes que d'avoir une offre d'emploi en poche. Ainsi, un étudiant du Maghreb qui a complété son secondaire V en mécanique agricole et qui maîtrise parfaitement le français et l'anglais recevra son certificat, même s'il n'a jamais travaillé de sa vie. Il pourrait même être sélectionné sans une entrevue!

Il s'ensuit que nous avons accepté ici une foule d'immigrants francophones qui font partie de la statistique honteuse à l'effet que le taux de chômage des Maghrébins est trois fois plus élevé que celui de la population native.

La situation d'Arnaud Djintchui Ngongang illustre bien ce problème. Ce jeune diplômé d'origine camerounaise de 36 ans a beaucoup de mal à se trouver un emploi malgré ses qualifications. Titulaire d'un doctorat en chimie, il s'est installé au Québec en décembre 2011. À l'époque, les fonctionnaires du ministère de l'Immigration étaient d'avis que le Québec recherchait des chimistes. Sa demande d'immigration a été accélérée et il a obtenu sans problème la citoyenneté canadienne. Son doctorat de l'Université de Munich en Allemagne a été reconnu ici. En 2013, il est devenu membre de l'Ordre des chimistes du Québec. Il a même entamé un post doctorat à l'Université de Montréal pour mettre toutes les chances de son côté.

Le grand défi à relever, c'est de savoir maintenant comment aider à s'intégrer tous ces immigrants chômeurs que nous avons recrutés.

Mais le temps a passé et, au moment du reportage de Radio-Canada en février, il n'avait toujours pas reçu d'offre d'emploi. « Je me sens une personne vide qui ne sert à rien. C'est difficile à vivre, se lever le matin et on ne sert à rien, malgré nos études et qualifications », dit-il. À contrecœur, il s'est inscrit dans une agence de placement et travaille sur appel dans une usine de matelas à Montréal, où il s'occupe de l'entretien ménager.

J'ai honte. J'ai le sentiment d'avoir failli à Arnaud et à sa famille.

Le grand défi à relever, c'est de savoir maintenant comment aider à s'intégrer tous ces immigrants chômeurs que nous avons recrutés. Et en passant, intégration ne veut pas dire assimilation. S'intégrer, c'est prendre part à la vie économique (en travaillant, en investissant ou en démarrant une entreprise), et en prenant à cœur son environnement immédiat, sa ville, sa communauté.

L'intégration ne se fait pas si, d'une part, le marché du travail est trop rigide ou fermé et, d'autre part, si les programmes sociaux sont trop généreux. Pour parvenir à une intégration harmonieuse, il faudra libéraliser notre économie pour vrai. Le gouvernement devra créer un environnement économique propice à la création d'emploi, notamment en abaissant de façon significative les taxes sur la masse salariale du Québec qui sont les plus élevées au Canada, en réduisant la réglementation et la paperasse qui étouffent nos PME et en abaissant les obstacles et restrictions à l'emploi. Et quand nous aurons atteint le plein-emploi, et que notre taux de chômage oscillera autour de 4 ou 5%, les travailleurs venus d'ailleurs comme Arnaud n'occuperont plus de postes pour lesquels ils sont grossièrement surqualifiés.

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