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01/10/2015 10:26 EDT | Actualisé 01/10/2016 05:12 EDT

François 1er, le Pape capitaliste

Le Pape en aura surpris plus d'un en vantant plutôt les mérites du capitalisme dans son discours au Congrès.

Le voyage de Jorge Mario Bergoglio (mieux connu sous le nom de Pape François) aux États-Unis a été suivi par des millions de fidèles à travers le monde. Le Pape François est un homme chaleureux, près des gens et d'une grande humilité. Né à Buenos Aires (Argentine), il a passé le plus clair de sa vie dans ce pays d'Amérique latine et y était pendant le règne de la dictature militaire entre 1976 et 1983. C'est un homme qui est réputé proche de ses fidèles et des pauvres.

Certains craignaient donc le discours du Pape dans l'enceinte législative du pays capitaliste que sont les États-Unis. Après tout, sa Sainteté avait écrit en 1998 une virulente critique du capitalisme dans son livre intitulé Dialogue entre Jean-Paul II et Fidel Castro. «Ce que critique l'Église est l'esprit qui a encouragé le capitalisme, utilisant des capitaux pour subjuguer et opprimer l'homme », avait-il plaidé, ajoutant que le capitalisme « se développe avec les caractéristiques de l'individualité, dans une vie où les hommes cherchent leur propre bien et non le bien commun.»

Le Pape a répété ces arguments maintes fois au cours des années. Il a critiqué en particulier comment le capitalisme a augmenté les inégalités et causé la destruction de l'environnement pour faire un «profit à tout prix.»

Le Pape en aura surpris plus d'un en vantant plutôt les mérites du capitalisme dans son discours au Congrès. «L'entreprise est une vocation noble, visant à produire de la richesse et à améliorer le monde. Elle peut être une source féconde de prospérité pour le secteur dans lequel elle opère, surtout si elle voit la création d'emplois comme une partie essentielle de son service au bien commun.»

Vrai, le système capitaliste n'est pas parfait. Mais le Pape semble maintenant avoir compris que ce système a généré des centaines de milliards de dollars de richesse partagée par tous et est économiquement supérieur à tout autre système de marché en tirant des millions de personnes de la pauvreté. Non seulement est-il économiquement supérieur, mais il est aussi moralement supérieur aux autres systèmes d'organisation économique.

Les chiffres sont assez clairs. Comparons le pays natal du Pape avec les États-Unis. Le site humanprogress.org trace ainsi l'évolution de la richesse par habitant de ces deux pays depuis le dernier centenaire.

L'Argentine se classe aujourd'hui 169e sur 178 en terme de degré de liberté, partageant la queue de peloton avec le Congo, le Venezuela, l'Iran et Cuba. L'étatisme, l'interventionnisme de l'État et le peu de libertés individuelles ont paralysé le pays, surtout après la Seconde Guerre mondiale, et ont plongé les citoyens dans le marasme économique.

A contrario, la libéralisation de Hong-Kong et l'adoption d'une vibrante économie de marché en font aujourd'hui le pays le plus libre au monde et ont permis à ses habitants de se sortir de la pauvreté et d'atteindre en cinquante ans le niveau de vie des Américains.

Le contraste est encore plus flagrant quand on compare ces deux pays entre eux.

Mais le capitalisme ne favorise-t-il pas l'égoïsme? N'est-ce pas un système basé sur l'avarice qui ne bénéficie qu'aux riches aux dépens des démunis?

Non.

L'économie de marché se fonde sur des échanges libres et volontaires entre personnes consentantes. Il n'y a pas de coercition. Si je veux avoir quelque chose qui vous appartient (par exemple, cinq paniers de pommes), je dois vous remettre 20$. Ce 20$, je l'ai gagné en rendant un service à mon voisin (par exemple, j'ai tondu son gazon). Le capitalisme ne met pas les uns contre les autres. Ce n'est pas un jeu à somme nulle. Les deux parties en retirent quelque chose de positif. Le fermier préfère avoir mon 20$ et moi, je préfère avoir les paniers de pommes. Nous sommes tous les deux gagnants de cet échange.

À l'opposé, un système qui enlève par la force le produit du travail des uns (via taxes et impôts) et qui redistribue cet argent à ceux qui n'ont pas travaillé pour l'avoir (récipiendaires de subventions de toutes sortes) ne produit rien. Les uns se sont appauvris aux dépens des autres. Voilà un jeu à somme nulle.

Qu'est-ce qui est plus moral? Un système qui requiert que vous rendiez service à votre voisin (par ex., tondre son gazon) pour avoir un droit à ce qu'il a lui-même gagné en rendant service à d'autres (20$) ou un système qui vous donne un droit sur ce qui est produit par votre voisin sans que vous n'ayez à lui rendre quelque service que ce soit? Qu'est-ce qui favorise plus le bien de tous et le bien commun?

C'est vrai tant pour les transactions avec votre voisin que celles avec de grandes multinationales. Dans un système de marché où règne la concurrence et non le copinage d'État, les grandes entreprises doivent servir leurs clients mieux que leurs concurrents pour conclure volontairement des transactions avec eux. Lorsque les gouvernements interviennent pour «sauver» des entreprises en faillite (parce que celles-ci ne réussissent pas à servir leurs concitoyens de façon efficace), ils cautionnent des industries qui desservent mal leurs concitoyens en leur permettant quand même d'obtenir leur argent par la force.

Le Pape François, grand ami et défendeur des pauvres et pilier de la moralité humaine, semble avoir compris que l'économie de marché des pays occidentaux qui ont libéralisé les marchés et réduit l'interventionnisme étatique produit non seulement de meilleurs résultats économiques mais aussi constitue un système moralement supérieur aux alternatives étatistes qu'il a subies dans son Argentine natale. Il ne reste qu'à convaincre les socialistes québécois!

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