LES BLOGUES
23/11/2015 10:23 EST | Actualisé 23/11/2016 05:12 EST

La main tendue

Réfugiés de Bosnie, nous avons traversé l'océan à la recherche d'une meilleure vie. Dix-sept ans plus tard, me voilà adulte accompli. Ça prend du temps, construire des ponts entre les cœurs.

Les temps son durs, les cons se font exploser, d'un océan à l'autre. Les cœurs ont attrapé froid. Vingt-cinq mille d'entre vous vont parcourir des milliers de kilomètres pour un monde incertain alors que plusieurs vous voient déjà, pour les terroristes, comme des proies.

Au gré du temps, vous allez nous aider à construire un monde meilleur, faire tomber les frontières. Faut se méfier de la main tendue par l'Occident, son humanisme a déjà rempli des millions de cimetières.

Les bombes ont fait perdre la raison à quelques-uns des vôtres. Ils se prennent pour les messagers de Dieu, des apôtres.

Les soldats d'Allah ou ceux d'un État; quelle différence après tout? Dans le creux de notre humanisme, de part et d'autre, ils ont essayé de faire saigner notre soleil; maintenant il pleut.

L'idéologie a pris le dessus sur la raison, la religion n'a jamais été la cause de la déraison. Mais bon, l'histoire ne nous enseignera jamais qu'Adidas, Nike et le capital sont les commanditaires de la destruction de nos foyers, de nos maisons.

Non pas que je sois particulièrement religieux ou croyant. Il est difficile de se laisser bercer par les expériences transcendantales dans un monde de non-voyants.

On se cache les yeux et on se bouche les oreilles chaque fois qu'un des vôtres crève sous nos balles. On nous fait saigner les oreilles et on nous oblige à garder les yeux ouverts quand c'est un des nôtres qui tombe dans une salle.

Comme si vous et nous étions différents; ils nous veulent tous Français, Canadiens, Américains. Tous Occidentaux, mais pas un seul ne nous veut Kenyan ou Syrien.

Je garde les yeux ouverts en tout temps à l'écoute de mes semblables, espérant qu'un jour ils finiront par comprendre que nous sommes tous humains. Que personne ne veut revivre l'histoire entre trente-neuf et quarante-cinq, l'expérience des trains.

L'intolérance a un goût amer et la douceur passagère n'y peut rien. Tout ça est beaucoup plus complexe que la lutte entre le mal et le bien.

J'aimerais vous rassurer sur notre monde, mais il est insensible. Maladivement. Le matériel est sa seule raison d'exister. Cela rend les choses d'autant plus pénibles.

Malgré tout, nous ferons de notre mieux pour vous accueillir. Nous écrirons des vers pour vous, nous vous donnerons de l'amour, pour que le soir venu nous puissions mieux dormir.

Avoir la conscience tranquille en quelque sorte. Certains d'entre nous ouvrirons peut-être même leur porte.

Mais voilà, même si vous finissez par vous sentir intégrés, il y aura toujours des cons pour se faire exploser. D'autres pour vous traiter en éternel étranger.

Ici et ailleurs, on vous traitera différemment. Parce que pour eux, la couleur du drapeau est beaucoup plus importante que ce qui nous unit fondamentalement.

Je ne vous écris pas par pur pessimisme. J'ai vécu cette expérience de manière empirique, ce n'est qu'une touche de réalisme. Réfugiés de Bosnie, nous avons traversé l'océan à la recherche d'une meilleure vie. Dix-sept ans plus tard, me voilà adulte accompli et enfin ravi.

Ça prend du temps, construire des ponts entre les cœurs. Tous finiront un jour par transcender leurs peurs.

Alors nous vivrons dans un monde plus juste et solidaire. Les familles n'auront plus à souffrir d'être solitaires.

Vos enfants contribueront à faire avancer la société. Main dans la main, nous finirons par être fiers pour l'éternité...

LIRE AUSSI:

Réfugiés syriens: Comment vous pouvez aider

Le défi d'intégrer les enfants de la guerre à l'école

Des travaux de 1,5 M$ pour accueillir les réfugiés à Valcartier

Lettre ouverte d'un ex-réfugié à ses compatriotes canadiens

Les réfugiés sont bien «filtrés», assure une experte

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Galerie photo La crise migratoire en quatre questions Voyez les images