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10/08/2013 10:05 EDT | Actualisé 10/10/2013 05:12 EDT

L'opportunité de rebondir et non seulement d'atterrir

L'histoire classique. À la Mark Twain...

Deux garçons que l'on ne saurait distinguer, identiques en tous points. Ou presque. L'un a grandi dans un environnement princier, l'autre a vu son enfance se dérouler dans des conditions davantage propices au développement de l'instinct de survie qu'à l'apprentissage du latin ou de techniques d'équitation.

Puis coup de théâtre: les deux gamins se rencontrent, échangent leurs rôles, leur vie. Les qualités, les connaissances, les expériences qui faisaient leur force hier ne les rendent pas moins vulnérables aux nouveaux défis d'aujourd'hui.

Stéréotype? Fable d'une autre époque? Sans aucun doute. Mais malgré ses 130 ans, l'univers imaginé par Twain aborde une notion qui demeure au coeur d'une réflexion politique toujours aussi actuelle: la relation entre les notions de vulnérabilité et de l'égalité des chances. Le conte a cela d'intéressant qu'il aborde la vulnérabilité non pas comme une condition humaine inévitable ou innée, mais plutôt comme la conséquence d'un changement inattendu d'environnement, de conditions de vie, d'état de santé. Et contrairement aux deux gamins de l'histoire, ces changements sont rarement volontaires, et leurs répercussions survivent souvent à plusieurs générations.

La recherche de meilleurs outils, des façons d'atténuer les conséquences des disparités de conditions causées par des bouleversements sociaux, économiques ou culturels demeure la pierre angulaire de l'une des quêtes les plus importantes des décideurs publics. La mission sociale de l'État a évolué alors que l'on se demandait «comment supporter les plus vulnérables?» Une discussion qui aborde quasi invariablement le thème de la solidarité en faisant référence au concept de «filet social».

Bien qu'il ne fasse aucun doute que son omniprésence dans le vocabulaire politique soit maintenant un phénomène davantage culturel et historique que sémantique, le terme «filet social» m'a toujours fait sourciller.

Les filets servent à capturer des papillons, à pêcher des poissons ou à bloquer une balle trop basse sur un terrain de tennis, ou à emprisonner une rondelle dans le but de l'équipe adverse... Le filet est maître dans l'art de transformer le dynamique en statique. Certes, un filet permet également - et c'est sans doute ce qui a valu au terme d'être intronisé dans le temple du jargon politique - d'empêcher ou d'amortir une chute.

En ce sens, le «filet social», tissé de programmes et de mesures qui permettent de maintenir des conditions de vie en vertu desquelles dignité, santé et intégrité sont protégées, est une part indéniable des caractéristiques qui font la force de la société québécoise. Mais il y a un pas de plus à faire pour passer d'une société compatissante à une société créatrice d'opportunités, à une société de conditions à une société de possibilités.

Au delà d'une discussion sur le filet social, une discussion sur la mobilité sociale s'impose. C'est elle qui permettra à nos politiques publiques d'offrir un tremplin aux individus, quelles que soient les conditions dans lesquelles ils se trouvent.

Parler de mobilité sociale, c'est élaborer cette vision de l'État créateur d'opportunités, artisan d'un tissu social cousu du fil de l'égalité des chances que l'on a, malheureusement, trop souvent perdu de vue au cours des dernières années. Alors que le climat économique instable s'est avéré être le canevas d'un débat entre partisans du laisser-faire gouvernemental et de la prise en charge complète du bien-être des citoyens par l'État, il y a une relation beaucoup plus intéressante entre les notions de créativité, de développement économique et de solidarité. Si l'on veut créer la richesse pour mieux la partager, c'est ultimement pour ainsi permettre à un plus grand nombre d'individus de participer à cette création de richesse, au meilleur de leurs capacités, et en poursuivant leurs ambitions. C'est non seulement pour «supporter», mais également pour «outiller» et permettre à chacun de se réaliser.

Penser en termes de mobilité sociale, c'est regarder les défis du présent en gardant un oeil sur l'avenir. C'est de penser les solutions d'aujourd'hui comme les fondations de ce que l'on bâtira demain.

C'est se demander comment insuffler aux jeunes en difficulté l'envie de rêver fort et grand, sans laisser leurs conditions de vie limiter leurs perspectives d'avenir. C'est leur donner les moyens de lancer leur entreprise, de faire du sport, de poursuivre leur passion peu importe le milieu socioéconomique dont ils sont issus.

C'est reconnaître qu'au delà des questions de chômage (fort importantes), la question de la précarité d'emploi et de la transversalité des compétences que l'on acquiert sont fondamentales.

C'est s'intéresser au fait qu'au delà de l'état de santé d'une personne, il y a aussi ses rêves, ses projets, et que ces deux préoccupations ne sont pas mutuellement exclusives.

C'est oser penser que les politiques qui génèrent les plus grands effets à long terme sont celles qui se modulent aux aspirations et aux ambitions des individus, et non celles qui cherchent à définir les frontières des ambitions qui sont à leur portée. Ce sont celles qui vous donnent l'élan pour rebondir, pas seulement de vous empêcher de tomber.

S'intéresser à la mobilité sociale, c'est franchir le pas entre permettre aux deux gamins de l'univers de Twain d'atterrir dans leur nouvel univers et leur donner les outils pour rebondir. Dans le cadre du Congrès Jeunes 2013, la Commission Jeunesse du PLQ a choisi de faire ce pas supplémentaire. C'est le choix judicieux d'une génération déterminée à se doter des outils parmi lesquels comptent l'espace de créativité et la flexibilité de se propulser vers un avenir forgé d'opportunités qui sont le reflet de ses ambitions, et qui ne sont pas limitées par ses présentes conditions.

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