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10/01/2014 12:03 EST | Actualisé 11/03/2014 05:12 EDT

Pour en finir avec... le débat sur la langue

Je vous invite tout d'abord à lire cet excellent texte d'opinion paru le 7 janvier dans le journal The Gazette, intitulé Earth to anglos: This is Quebec. Bus drivers speak French.

À chaque année, et parfois à de nombreuses reprises, le débat sur la prédominance de la langue française refait surface, surtout en ce qui concerne l'affichage obligatoire et la grosseur des caractères.Il serait rafraîchissant que le débat cesse et que les prémisses de départ soient acceptées par toutes les parties. Soyons réalistes, cela n'arrivera pas, pour une raison bien simple: nous sommes une société plutôt ouverte, assez tolérante, qui accepte la critique et même parfois, de se remettre en question. Ce qui n'est pas le cas de tous les pays, comme l'auteur du texte le démontre très bien par l'exemple japonais. Eh oui, ça arrive: quand on se compare, on se console, et sur ce point précis, on se rendrait compte que le Québec respecte assez bien ses minorités.

Mais voilà, il y a aussi des considérations propres à chaque individu de notre société. Je me prends à titre d'exemple. Il m'est absolument égal de répondre en anglais à une question m'étant posée dans la langue de Shakespeare, pour une raison bien simple: je peux le faire. Je n'ai absolument rien contre la langue anglaise, je suis fort content d'être bilingue, le côté pratique de cette langue pour le travail et le voyage m'a beaucoup aidé en de nombreuses circonstances.

Je respecte beaucoup la langue anglaise. Mais je suis francophone de naissance, et fier de l'être. Ma langue première, c'est le français, comme c'est le cas pour la majorité de mes compatriotes. Et je tiens mordicus à ce que cela reste ainsi, pour moi et pour les autres habitants de cette province en mal d'être un pays. S'il m'est égal de répondre en anglais à un anglophone, un allophone ou à un touriste, c'est que dans mon for intérieur, je ne me sens pas menacé. Je suis en profond désaccord avec le gens qui parlent l'anglais, mais qui refusent systématiquement de répondre à une question posée en cette langue, et qui se sentent outrés. Le Québec est une nation francophone avec une minorité anglophone forte, et c'est très bien ainsi. Mais chaque individu ayant une analyse souvent différente de la situation, il était nécessaire d'encadrer le tout avec une loi, d'où la Loi 101...

Tout d'abord, un message aux détracteurs de la Loi 101, qui sont nombreux: elle est là pour rester. Vous ne l'acceptez pas? Vous êtes en désaccord, vous vous sentez lésés dans vos droits fondamentaux? Possible. Permettez-moi cette expression qui résume ma pensée à ce sujet, et j'ose l'espérer, celle d'un grand nombre de mes concitoyens: on s'en fout. On peut discuter de l'affichage, de la grosseur des caractères; on peut remettre en question son étendue, on peut discuter du cas scolaire, et même je dirais que c'est important d'en discuter. Mais remettre en question l'existence même de la Loi 101? Oubliez ça. Aucune semaine des quatre jeudis ne sera assez forte pour y parvenir. Aucune minorité, qu'elle soit forte ou moins forte, ne trouvera les arguments justes pour nous convaincre, petit îlot francophone perdu dans un vaste océan shakespearien, que de protéger fermement notre langue est une erreur. Même si l'Histoire semble se perdre de nos jours, jamais nous n'oublierons qu'un peuple colonisé nous étions, et qu'un peuple assimilé nous avons failli devenir, pour paraphraser la tournure Yoda. C'est à ce sujet que notre devise nationale prend tout son sens: on ne se souvient vraiment pas de tout, mais ça, on s'en souvient...

Je le répète une dernière fois: je n'ai absolument rien contre la minorité anglophone, ni contre les communautés culturelles, tant qu'il y a un minimum d'efforts d'intégration à la société. Je dirais même plus: si nous réussissons à créer un État québécois indépendant un de ces jours, nous aurons besoin d'au moins une partie de la minorité anglophone et des communautés culturelles pour y parvenir, et c'est parfait comme ça. J'ose espérer que la communauté anglophone québécoise comprendra éventuellement que les politiques canadiennes ne sont jamais à leur avantage, et qu'ils sont plus près de la mouvance socio-politique québécoise que de celle du ROC. Je refuserais de vivre dans un État québécois qui ne tiendrait pas compte de ses minorités, qui ne les écouterait ni ne les respecterait, c'est en partie ce qui fait la beauté du Québec, sa diversité ethnoculturelle!!! Mais il y a des limites à ne pas franchir. Et la limite ultime, celle pour laquelle se battent courageusement, mais souvent maladroitement les membres de plusieurs groupes de pression, c'est la langue. Et son rempart, c'est la Loi 101.

Lorsque vous aurez compris qu'on ne tient aucunement à empêcher qui que ce soit de parler anglais, portugais, mandarin ou javanais, et que le but de cette mesure est de s'assurer que tous les citoyens, nouveaux venus ou anciens résidents, fassent un minimum d'efforts d'intégration, on pourra commencer à se parler comme il faut. Et ce minimum d'intégration, c'est ceci: on vous demande d'essayer, ne serait-ce que minimalement, d'apprendre le français, comme n'importe quelle société d'accueil demande à ses résidents d'apprendre la langue couramment parlée. Et chez nous, c'est même encore moins contraignant que cela: si vous n'êtes pas en mesure de parler ou d'écrire en français, ce n'est pas plus grave que ça, vous pourrez quand même jouir de votre train-train quotidien! Mais simonak, arrêtez de vous plaindre quand vous ne pouvez pas être servis dans votre langue d'origine chez Réal La Patate ou si un chauffeur de bus ne comprend pas l'anglais: l'erreur, ce n'est pas nous qui la commettons sur ce point, c'est vous...

Sur ce, bonne année! Et mon souhait pour 2014, que je trouve tout à fait contextuel: «Please be awesome» ;)

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