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30/01/2014 12:49 EST | Actualisé 31/03/2014 05:12 EDT

Pour en finir avec... le mythe du Québec qui vit au-dessus de ses moyens!

Je lisais tranquillement un article sur La Presse, un ixième traitant d'une institution ou d'une personnalité économique tirant cette soi-disant «sonnette d'alarme» pour nous informer, pauvre petit peuple inculque, que nous vivons au-dessus de nos moyens, lorsque cette phrase magique est apparue, en parlant de l'étude en question: «Elle favorise un recours plus grand à la tarification des services publics et juge risqué d'aspirer à réduire davantage les inégalités sociales.» Je vous inscris le lien de l'article, pour que vous jugiez par vous-mêmes.

Une étude des Hautes Études Commerciales (HEC) qui favorise le recours à une plus grande tarification des services publics et à un resserrement de la taille de l'État! Surprise! Sarcasmes à part, de façon cyclique depuis Gengis Khan, les bonzes de l'économie 101 viennent nous ressasser cette même rengaine, qui reste d'aussi mauvais goût que le Manifeste pour un Québec lucide des Bouchard, Facal et cie et tous leurs émules. Je ne m'y attarderai pas trop longtemps, tant qu'à prêcher dans le désert, je vais choisir mes sermons. Mais que l'étude des HEC juge «(...) risqué d'aspirer à réduire davantage les inégalités sociales», là, je suis choqué. Non pas choqué qu'ils le pensent, cela aussi relevait de l'évidence, mais qu'ils osent ouvertement le mentionner ainsi, comme diraient nos voisins du ROC, «that's a shocker».

Ce n'est un secret pour personne que la Droite dans son ensemble, qu'on parle ici de partis politiques, de groupes de pression ou d'individus, préfère la tarification des services publics à la pièce plutôt que par les impôts. Si nous souhaitions faire une étude malhonnête, nous pourrions affirmer que les gens qui se réclament de la Droite sont souvent, et parfois de loin, les mieux nantis des sociétés, et n'ont donc pas besoin du coup-de-main procuré par l'état via des impôts différenciés et des services publics accessibles, voire gratuits. Il serait même possible d'affirmer sans trop se tromper qu'une énorme frange de la Droite qu'on pourrait qualifier de républicaine croit en l'un des plus grands mythes de ce monde, l'égalité des chances à la naissance et donc l'égalité dans les capacités de succès et de richesses. Où s'ils n'y croient pas, mettons qu'ils se (insérer votre verbe-sacre ici) bien des moins fortunés...

Donc, le Québec n'a pas les moyens de ses ambitions, ses programmes sociaux lui coûtent trop cher, nous ne sommes pas assez travaillants, pas assez compétitifs, on n'exporte pas assez, etc. J'en ai marre. Là, je demande aux économistes réputés d'arrêter de jouer à l'autruche et de ne prendre en compte que les paramètres qui les arrangent. Qu'on arrête de nous faire «suer» avec les mêmes chansons débiles et vieilles comme le monde, usées et même testées abusivement à travers le globe. Voici un constat bien simple: la tarification à la pièce des services publics ne sert qu'aux classes moyennes aisées et aux riches, qui ayant les moyens de faire du sport, de l'activité physique, des voyages, de bien manger, etc., sont donc en meilleure santé et ont donc moins recours aux services du système de santé, entres autres.

Si Obama a autant voulu passer son projet en santé (Obamacare), c'est qu'il n'est pas rare de voir des mères pauvres accoucher chez elles aux États-Unis parce qu'elles n'ont ni assurance ni les moyens d'aller à l'hôpital! Posons-nous collectivement la question: est-ce que c'est ça que nous voulons?? Souhaitons-nous réellement tendre vers un modèle similaire à nos voisins, qui écarte automatiquement de la richesse potentielle plus du tiers de ses citoyens??

C'est un énorme cliché, mais cela résume bien ma pensée: si je suis né dans le quartier aisé d'Outremont à Montréal, ou dans un HLM d'Hochelaga-Maisonneuve, mes chances de succès dans la vie ne sont pas égales, et cela même si mes parents dans les deux cas sont des êtres bons et aimants. L'égalité des chances est un mythe, au même titre que les enfants ne naissent pas dans les choux. Le succès dépend du lieu de naissance et du niveau de favorisation, de l'éducation parentale et sociale, des capacités personnelles innées et acquises et bien sûr, des efforts fournis. Donc, si tous n'ont pas les mêmes chances de départ dans ce grand jeu qu'est la vie, le but du filet social et des politiques publiques est de resserrer un peu cet écart entre les moins nantis et les plus riches. Enlevons ce filet social qui rapetisse comme peau de chagrin depuis entre autres John James Charest, et les inégalités augmentent. Les HEC l'affirment, c'est risqué de continuer à payer pour les plus démunis...

Alors, on fait quoi avec eux? On les «parke» dans des ghettos et on les nourrit une fois par jour? On les envoie en Afrique par courrier-express? Évidemment, je déconne, mais la question se pose tout de même: ils sont là, ils sont nombreux, ils ont besoin d'aide. On peut continuer à les repousser hors des quartiers centraux par des prix de logements prohibitifs et des condos, mais ils ne disparaîtront pas.

Et c'est ici que les économistes commettent une erreur impardonnable, puisque fort probablement volontaire et/ou commandée: ils omettent complètement de prendre en compte les coûts générés par la pauvreté. On parle d'ici de surcharge majeure et coûteuse sur le système de santé, sur les services d'urgence, sur les organismes communautaires; on parle de hausse de la criminalité, du niveau de violence; on parle d'impacts sur le tourisme, de décrochage scolaire, d'analphabétisme et de problèmes à intégrer le marché du travail. Les organismes qui aident les plus démunis sonnent cette foutue « sonnette d'alarme » eux aussi depuis plus d'une décennie : la pauvreté augmente sans cesse, les écarts se creusent, et les problèmes augmentent.

Ouvrez-vous les yeux, ciboire! Coderre a parlé de l'importance d'une politique sur l'itinérance, Marois aussi. Que vous faut-il de plus pour comprendre que le problème, ce n'est pas que le Québec vive au-dessus de ses moyens, c'est que le Québec n'a plus les moyens de cacher sous le tapis les coûts à long terme liés à l'augmentation de la pauvreté!! On voit ce que ça a donné pour les conduites d'eau et les viaducs à Montréa de ne pas s'en occuper pendant trop longtemps. Comme dirait Grimskunk: «Un gros tas d'marde à ramasser»...

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