POLITIQUE
06/05/2019 16:58 EDT | Actualisé 06/05/2019 18:01 EDT

Maxime Bernier contre les produits menstruels gratuits fournis par Ottawa

Ottawa veut forcer les employeurs sous sa jurisdiction à fournir des produits d'hygiène féminine à leurs employées.

PC/Sean Kilpatrick

OTTAWA — Les femmes doivent être "responsables" et apporter leurs propres tampons dans leur milieu de travail lorsqu'elles ont leurs menstruations, selon Maxime Bernier, le chef du Parti populaire du Canada.

À son avis, ce n'est pas le rôle du gouvernement fédéral de forcer les employeurs sous sa juridiction à fournir des produits d'hygiène féminine à leurs employées, comme c'est l'intention d'Ottawa.

Selon des informations d'abord publiées par La Presse, un avis d'intention a été publié à ce sujet dans la Gazette du Canada. Si le projet de règlement va de l'avant, cette mesure pourrait être mise en place dans les deux prochaines années.

"Est-ce qu'on paie pour du papier de toilette? Je veux dire, c'est ridicule", a lancé M. Bernier devant des journalistes ébahis.

Le Code canadien du travail oblige notamment les employeurs à "fournir les installations sanitaires et personnelles réglementaires" à leurs employés.

M. Bernier dit qu'il "fait appel à l'intelligence" des femmes et espère qu'elles ne se laisseront pas acheter leur vote par cette promesse hypothétique de fournir des tampons en milieu de travail.

"Ce n'est pas le rôle de l'État à payer pour ça, c'est aussi clair que ça. Je prône la liberté et la responsabilité individuelles, les gens doivent être responsables", a-t-il dit.

Il maintient qu'il y a des "débats plus importants au Canada que ça" à l'heure actuelle, comme revoir la formule de la péréquation et baisser les taxes et les impôts.

Mais le débat sur le coût des produits d'hygiène féminine ne date pas d'hier.

En 2015, le Nouveau Parti démocratique (NPD) avait fait annuler la taxe fédérale sur les serviettes hygiéniques, tampons, coupes menstruelles et autres produits semblables.

Le député néo-démocrate Matthew Dubé pense que cette initiative du gouvernement Trudeau est tout à fait "louable".

"Ça répond à une iniquité fondamentale, dit-il. Les hommes n'ont pas besoin de débourser de l'argent ou de s'arranger dans le milieu de travail, à gauche ou à droite, pour s'assurer d'avoir ces produits-là. Les femmes, oui."

M. Dubé a par la suite tourné au ridicule les commentaires de M. Bernier, qui démontre "beaucoup d'ignorance dans le fonctionnement des corps des hommes et des femmes", à son avis.

"Je ne pense pas que les Canadiennes vont prendre des commentaires sur leur hygiène personnelle de la part de Maxime Bernier", a renchéri Mélanie Joly, ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie.

Elle en appelle à tous les paliers gouvernementaux de suivre l'exemple d'Ottawa: "Si j'étais députée de l'Assemblée nationale présentement, je ferais une belle motion pour que les femmes puissent avoir accès à des produits menstruels gratuits."

Le Bloc québécois, de son côté, a tempéré les ardeurs du gouvernement qui devrait plutôt s'attarder à régler les problèmes de paie des employés fédéraux avec le système Phénix.

"Quand on parle d'équité, ça devrait peut-être être une priorité, de s'assurer que tout le monde soit payé", ironise le député bloquiste Rhéal Fortin.