POLITIQUE
04/05/2019 09:39 EDT | Actualisé 04/05/2019 16:45 EDT

Leadership du PLQ: Moreau ferme la porte, Barrette la laisse entrouverte

Les règles de la course à la direction du parti seront présentées dimanche par le président d’élection Rafael Ferraro.

PC/Jacques Boissinot
Le chef intérimaire du PLQ, Pierre Arcand, entouré de ses troupes.

Sept mois après la cuisante défaite du Parti libéral du Québec (PLQ), lors du scrutin du 1er octobre, il n'y a toujours aucun candidat déclaré à la succession de Philippe Couillard.

Plusieurs candidats pressentis ou sollicités se sont désistés depuis et, samedi, c'était le tour de l'ex-ministre Pierre Moreau, qui a profité du conseil général du parti, qui se tient tout le week-end à Drummondville, pour fermer la porte à double tour.

M. Moreau, qui avait été candidat lors de la course au leadership de 2012, finissant deuxième devant Raymond Bachand, était sollicité par certains membres et députés libéraux, surtout depuis le désistement du député de Pontiac, André Fortin.

"Je vais être clair ce matin: je n'ai pas l'intention d'être candidat pour le leadership du Parti libéral du Québec. Je ne suis pas dans la course et je ne serai pas dans la course", a soutenu sans ambiguïté M. Moreau, en mêlée de presse, dès son arrivée à la rencontre libérale, disant être "passé à autre chose".

Celui qui est retourné à la pratique du droit après sa défaite électorale dans Châteauguay, en octobre, dit vouloir quand même "participer à la reconstruction du parti".

L'ex-ministre de la Santé et député de La Pinière, Gaétan Barrette, reconnu pour ses positions tranchées et son style souvent qualifié d'abrasif, pourrait profiter du vide actuel pour se tailler une place, malgré une popularité relative au sein des troupes et de la population.

Samedi, en mêlée de presse, tout sourire, M. Barrette a clairement indiqué qu'il pourrait présenter sa candidature si ce scénario soulevait l'enthousiasme des militants et de ses collègues députés.

"Peut-être qu'on va frapper à ma porte et qu'elle va s'entrouvrir. Ce n'est pas mon genre de me défiler", a-t-il dit, en point de presse, déjà prêt à débattre d'enjeux.

Il ne se gêne pas pour critiquer l'orientation fédéraliste sans nuances prise, selon lui, par le gouvernement Couillard, qui a rompu avec la tradition nationaliste économique et culturelle du PLQ défendue par les Jean Lesage et Robert Bourassa. "Ce nationalisme-là, vous ne l'avez pas senti dans le dernier mandat", a-t-il déploré.

Le PLQ doit renouer avec la majorité francophone, qui a massivement tourné le dos à ce parti en octobre dernier, pour revenir à des positions franchement plus nationalistes, a fait valoir M. Barrette.

"Mon coeur est très ouvert", a-t-il encore commenté, très volubile à propos de la course au leadership, sourire en coin.

Plus prudente, l'ex-ministre Dominique Anglade, à laquelle on prête l'ambition de devenir la première femme chef du PLQ, est restée quant à elle sur ses positions, à savoir qu'elle annoncera ses couleurs en temps et lieu, quand les règles seront connues.

Un chef au printemps 2020?

On saura dimanche quelles sont les règles de financement de la course au leadership, et surtout la date où le prochain chef du PLQ sera élu. Tous disent vouloir éviter un couronnement.

Trois scénarios sont possibles: le printemps 2020, l'automne 2020 et le printemps 2021. Au sein du parti, depuis des mois, les voix se multiplient pour favoriser un scrutin hâtif, soit dans un an, dès le printemps 2020.

Une autre candidate potentielle, la députée de St-Laurent, Marwah Rizqy, a dit elle aussi samedi qu'elle attendrait de connaître les règles du jeu avant de prendre sa décision.

Jusqu'à maintenant, aucun candidat provenant de l'extérieur du caucus libéral n'a affiché d'intérêt pour le poste.

Un parti divisé

Quelque 500 militants libéraux de toutes les régions du Québec sont réunis en conseil général tout le week-end pour planter le décor de la course au leadership, mais aussi pour échanger sur plusieurs dossiers, dont l'environnement, la réforme électorale et la délicate position du parti sur la laïcité de l'État et le port de signes religieux par les employés de l'État, une question qui divise les troupes.

Deux camps s'affrontent: ceux qui favorisent le maintien de la position actuelle du parti, soit la liberté totale, et ceux qui prônent le modèle Bouchard-Taylor, soit l'interdiction faite aux employés exerçant une autorité coercitive (policiers, gardiens de prison, procureurs) de porter des signes religieux dans l'exercice de leurs fonctions, une approche qui permettrait de rallier davantage la majorité francophone.

Dans la salle, les opinions étaient tranchées. "Un compromis va s'apparenter à de la compromission", a soutenu un militant au micro, mettant en garde le parti contre la tentation de pencher du côté de Bouchard-Taylor.

Après coup, la députée de St-Henri-Ste-Anne et candidate pressentie Dominique Anglade a dit en point de presse que le débat sur ce sujet devait avoir lieu au parti et que les militants devaient pouvoir s'exprimer en toute liberté.

Pourtant, elle-même a refusé mordicus d'afficher sa position. Elle sera divulguée "en temps et lieu", a-t-elle dit aux journalistes présents.

Le chef par intérim du PLQ, Pierre Arcand, a tenté de se faire rassurant, malgré le manque d'intérêt manifesté jusqu'à maintenant pour diriger cette formation politique.

"On a encore beaucoup de temps devant nous. Il y a beaucoup de noms qui sont mentionnés. Je suis sûr qu'on aura une belle course au leadership", a-t-il commenté.