POLITIQUE
03/05/2019 13:12 EDT | Actualisé 03/05/2019 15:22 EDT

Montréal ferme un deuxième écocentre à la suite des déboires avec Mélimax

«On n’a pas l’intention de travailler avec un pollueur», a déjà déclaré la mairesse Valérie Plante.

Courtoisie - Ville de Montréal

Montréal se voit forcé de fermer un deuxième écocentre en autant de semaines, dans un nouveau chapitre de la saga entourant le fournisseur Mélimax. L'entreprise est bannie des contrats publics pour avoir «dompé» illégalement des déchets, contaminant potentiellement la nappe phréatique.

L'écocentre de LaSalle a fermé ses portes vendredi, pour une durée indéterminée. Le 23 avril, l'écocentre de Saint-Laurent avait déjà mis la clé à la porte.

Selon la Ville, les cinq autres écocentres de Montréal fonctionneront selon un horaire modifié. Ils seront ouverts de 10h à 18h, du mardi au samedi.

Dommages collatéraux de Mélimax

Les contrats de transport des matériaux des écocentres de LaSalle et de Saint-Laurent avaient été accordés à Mélimax. L'entreprise et son propriétaire, Mario Landry, ont toutefois été bannis des contrats publics en janvier dernier après une enquête gouvernementale. Le ministère de l'Environnement a découvert que l'entreprise déversait illégalement des déchets sur un site de Godmanchester, près de Valleyfield.

Intact Corporation Financière, à titre de cautionneur de Mélimax, était responsable de trouver un nouveau fournisseur après le bannissement. La firme avait d'abord tenté de transférer les contrats à une entreprise appartenant à la femme de M. Landry. La Ville est intervenue pour empêcher cela après des reportages de La Presse et The Gazette.

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Aucun fournisseur de remplacement n'a été trouvé pour Saint-Laurent, mais l'entreprise Matrec avait accepté d'offrir ses services à LaSalle. Dans un communiqué émis vendredi, la Ville affirme toutefois que Matrec éprouve des «difficultés opérationnelles».

Contactée par le HuffPost Québec, l'entreprise affirme qu'il avait toujours été question d'une offre de services très temporaire.

«On avait une entente verbale pour offrir des services uniquement pendant la fin de semaine de Pâques. Par la suite, on a accepté d'étirer ça un peu. Mais on a dit à la Ville qu'étant donnée l'ampleur de leurs besoins, on n'est pas en mesure de fournir les services sur une base régulière parce que nos ressources sont déjà affectées à d'autres contrats», affirme Bernard More, porte-parole de l'entreprise.

Bonne décision, dit la mairesse

La mairesse Valérie Plante défend sa décision de fermer l'écocentre de LaSalle.

«Je l'ai toujours dit, il est hors de question que la Ville collabore d'une façon ou d'une autre avec ce genre d'entrepreneur ou de compagnie. Ceci étant dit, ça nous a rendu plus vulnérable», reconnaît-elle en mêlée de presse.

Olivier Robichaud
La mairesse de Montréal, Valérie Plante.

Selon Mme Plante, les options de remplacement ne sont pas légion à Montréal.

«On doit revoir l'ensemble du marché parce que ce grand pollueur était un joueur très important. On travaille avec des petits joueurs qui ont moins de capacités, peut-être moins de ressources», affirme-t-elle.

«L'architecte de son malheur», dit l'opposition

Le chef de l'opposition, Lionel Perez, réplique que la mairesse est «l'architecte de son propre malheur» dans ce dossier. Son parti, Ensemble Montréal, s'était opposé à l'octroi du contrat de Mélimax en août dernier, justement à cause des enquêtes entourant la compagnie.

«L'administration avait l'opportunité d'éviter de faire affaire avec une entreprise qui avait des activités louches. Nonobstant le fait qu'on a soulevé cet enjeu, ils ont dit qu'ils n'avaient pas le choix. Je m'excuse, ils avaient le choix. Ils auraient pu ne pas octroyer ce contrat. Et maintenant, ils paient pour les pots cassés», lance M. Perez.

Olivier Robichaud
Lionel Perez, chef intérimaire d'Ensemble Montréal.

Cinq mois avant l'octroi du contrat, soit en mars 2018, La Presse rapportait que le ministère de l'Environnement décriait un «danger grave pour l'environnement et la vie humaine» au site de Godmanchester.

Par le passé, Mario Landry a indiqué son intention de contester son bannissement des contrats publics.

Montréal paie toujours

Malgré la fermeture des deux écocentres, la Ville de Montréal continue de payer les montants prévus aux contrats à Intact Corporation Financière. Ces contrats comprennent celui pour les écocentres, mais aussi pour certaines cours de voirie.

«Les sommes prévues au contrat initial avec Mélimax sont maintenant payées à Intact, qui elle prend entente avec d'autres donneurs de service», affirme le service des communications de la Ville de Montréal.

La Ville a réussi à trouver des fournisseurs de remplacement pour les cours de voirie.

L'administration Plante n'envisage pas d'imposer des pénalités à Intact, malgré les inconvénients causés à la population.