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02/05/2019 13:14 EDT | Actualisé 02/05/2019 13:14 EDT

Les refuges pour femmes au Canada sous-financés

Partout au pays, des femmes se font refuser l'accès à des maisons d'hébergement, en raison d'un manque de financement, révèlent deux études.

Chris Young/La Presse canadienne
Une employée transporte de la literie, à la maison Interval, à Toronto, un refuge d'urgence pour les femmes en situation d'abus (photo d'archives datant de février 2017).

OTTAWA — Les femmes victimes de violence se voient refuser l'accès à des refuges partout au Canada en raison d'un manque chronique de ressources et de financement, selon deux nouvelles études nationales, dont une du comité de la Chambre des communes sur la condition féminine.

C'est la première fois que des études se penchent spécifiquement sur l'aide fournie aux femmes et aux enfants victimes de violence.

Un refuge sur cinq déclare ne pas avoir bénéficié d'augmentation de financement depuis au moins dix ans — une situation insoutenable, estime Kaitlin Bardswich, coordonnatrice des communications et du développement chez Hébergement femmes Canada, qui a mené l'une des études.

Les refuges accomplissent chaque année le même travail, mais avec moins de ressources, puisque les frais de logement et de nourriture augmentent sans cesse, a-t-elle déploré.

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Plus de 400 refuges ont participé à l'étude qui s'est échelonnée sur trois ans. Les chercheurs ont reçu des réponses dans chaque province, et ont pu rejoindre également les milieux ruraux et du Nord.

Partout, les refuges n'ont pas assez de lits pour accueillir les femmes et les enfants qu'ils hébergent. Quatre établissements sur dix affirment être «presque tout le temps» pleins.

Des femmes refusées

Les trois quarts des refuges qui ont participé au sondage disent avoir accepté que des femmes restent plus longtemps que ne le permettent les gouvernements provinciaux et territoriaux. Ceci est particulièrement fréquent dans les villes et les villages en pénurie de logements, où les femmes qui fuient la violence n'ont peut-être nulle part ailleurs où aller.

Mais en prolongeant le séjour de certaines femmes, les centres se voient forcés d'en refuser d'autres — une situation très difficile pour les employés, qui peut s'avérer potentiellement mortelle pour les femmes qui doivent rester avec un partenaire violent.

Selon des données fédérales, une femme est tuée tous les deux jours et demi au Canada, et plus de la moitié des victimes sont assassinées par un partenaire intime, actuel ou ancien.

«Certaines femmes peuvent choisir de devenir des sans-abri, ce qui n'est pas une bonne situation, ou elles peuvent coucher d'un endroit à un autre. Mais quand elles ont des enfants, il est logique de rester quelque part où elles ont un toit», a expliqué Mme Bardswich.

Statistique Canada fournit des données sur les personnes qui séjournent dans des refuges au Canada et sur le nombre de lits disponibles dans divers établissements, mais aucune vraie étude n'a encore été réalisée sur l'état des refuges eux-mêmes.

Les employés épuisés

Hébergement femmes Canada fait état de haut taux d'épuisement professionnel chez les employés, en raison des bas salaires et des faibles avantages sociaux. Et les employés qui restent dans cette situation doivent travailler sans relâche pour trouver du financement afin de garder leur refuge ouvert.

Par ailleurs, l'âge moyen des bâtiments d'hébergement au Canada est maintenant de 45 ans et la grande majorité d'entre eux ont besoin de réparations. L'étude révèle que moins de la moitié d'entre eux sont en mesure de payer ces réparations.

Toutes ces conclusions se retrouvent dans un autre rapport publié mercredi par le Comité permanent de la condition féminine de la Chambre des communes. Il comprend une liste de 20 recommandations, dont un financement supplémentaire pour les réparations, les rénovations et les agrandissements des refuges pour femmes et des maisons de transition.

Il appelle également à consacrer davantage de fonds pour les refuges dans les réserves desservant les femmes et les enfants autochtones, ainsi que plus de ressources afin de développer des services adaptés aux femmes autochtones, aux immigrantes, aux femmes non binaires et transgenres et aux femmes handicapées.

«Fuir une relation de violence demande force et courage, car c'est immédiatement après la fuite que les femmes et les enfants courent le plus grand danger», est-il écrit dans le rapport du comité.

«Il doit donc y avoir des options de logement où les femmes et les enfants fuyant la violence peuvent se mettre en sécurité et obtenir des services de soutien.»

Le gouvernement libéral s'est engagé à augmenter les ressources pour les refuges pour femmes.

Par exemple, jeudi, la ministre de l'Égalité des genres, Maryam Monsef, annoncera que le gouvernement versera près de 1,5 million $ à Hébergement femmes Canada.

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