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02/05/2019 07:28 EDT | Actualisé 02/05/2019 07:32 EDT

Fillette décédée à Granby: l'alerte avait pourtant été sonnée

Impliquée dans le dossier, Karine Darcy se désole de la décision des autorités.

Sinicakover via Getty Images
Photo d'archives.

«Je ne comprends pas la décision du juge d'avoir retourné l'enfant de quatre ans à son père du jour au lendemain uniquement parce que le père en a fait la demande», s'interroge Karine Darcy de l'organisme Aide, conseil et assistance aux familles québécoises.

Pour Mme Darcy, qui assistait depuis 2015 des membres de la famille qui souhaitaient sortir la fillette victime d'une possible négligence parentale, la décision du magistrat est incompréhensible.

La Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) et la Sûreté du Québec savaient que la violence était omniprésente dans la résidence familiale de la fillette de sept ans qui aurait été brutalisée à mort.

C'est la DPJ même qui aurait retiré l'enfant à la naissance à ses parents pour le confier à la grand-mère paternelle jusqu'à l'âge d'environ 4 ans.

Depuis le retour de la fillette avec son père, la grand-mère avait multiplié les démarches et porté plainte à maintes reprises, notamment en s'adressant à la DPJ pour dénoncer que la petite était «battue, projetée contre le mur et enfermée dans sa chambre pendant plusieurs jours, explique Mme Darcy. Son petit frère de cinq ans, lui, était témoin de ces gestes inacceptables».

Karine Darcy ajoute que les frères et la soeur du père de la fillette ont également alerté les autorités pour leur dire qu'il y avait urgence d'agir.

«Les policiers sont intervenus plusieurs fois au cours des dernières années à cette adresse. Je dirais aux deux à trois mois, pour des histoires de violence conjugale entre le père et sa nouvelle conjointe, mais les charges étaient retirées et l'histoire était oubliée sans conséquence. Ils ont attendu le geste fatidique avant de bouger, mais une pauvre innocente et mignonne petite fille en a payé le prix», ajoute-t-elle la gorge nouée par l'émotion.

En 2015, devant le tribunal, la grand-mère de la fillette aurait souligné au juge le danger de confier la petite à son père. «Elle a dit: "Mon fils a eu une adolescence difficile et il souffre de graves problèmes psychiatriques". On parle de pathologie en santé mentale avec déviation sexuelle», explique Mme Darcy.

La fillette a lancé un cri à l'aide

Lors des visites supervisées entre la mère biologique et la fillette, «la petite disait qu'elle était toujours dans sa chambre embarrée sans pouvoir sortir, qu'elle ne pouvait pas aller dehors, que la belle-mère n'était pas fine avec elle et que son père ne lui donnait presque rien à manger», raconte Karine Darcy.

«Malgré tous ces témoignages, ces preuves et ces messages de détresse, la DPJ répondait que le dossier était fermé. Deux enfants confiés totalement au père, avec aucune surveillance. On m'a répondu que ce dossier-là avait été fermé parce que les enfants étaient en toute sécurité chez le père», ajoute-t-elle avec colère.

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Rappelons que le père de la fillette et sa conjointe, dont les identités sont protégées par une ordonnance de non-publication, ont comparu au palais de justice de Granby mardi pour y être notamment accusés de séquestration. Des accusations qui pourraient évoluer avec le décès de la fillette.

La petite de sept ans aurait été ligotée et bâillonnée avant d'être secourue et transportée à l'hôpital où elle a passé plus de 24 heures dans un état critique avant de succomber à ses blessures.

La DPJ du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l'Estrie a martelé aux médias que la loi l'empêche de dévoiler des détails d'un dossier personnel.

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, lui, n'a pas caché son inquiétude et ne comprend pas pourquoi le réseau n'a pas pris en charge «une enfant qui a été retirée de l'école et dont les grands-parents ont tenté de signaler la situation. Il y a clairement eu des failles», a-t-il indiqué sans être en mesure de nommer lesquelles, lors d'une mêlée de presse, mercredi.

Le ministre veut des réponses à ses questions et demande la tenue d'une enquête interne du CIUSSS de l'Estrie pour «établir quelles actions auraient pu être posées pour éviter cette situation» et pour «éviter qu'un cas similaire ne se reproduise».

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