POLITIQUE
02/05/2019 09:41 EDT | Actualisé 02/05/2019 14:58 EDT

Fillette décédée à Granby: il y aura une enquête publique

Le directeur régional de la DPJ de l'Estrie a pris le blâme.

Jacques Boissinot/La Presse canadienne
Lionel Carmant.

QUÉBEC - Le gouvernement Legault s'est défendu jeudi de ne pas avoir agi plus tôt afin d'éviter le drame survenu à Granby, où une fillette de sept ans est décédée cette semaine à la suite des sévices subis dans sa famille, malgré le fait que sa situation était bien connue de la Direction de protection de la jeunesse (DPJ) de l'Estrie.

Le gouvernement a multiplié les annonces, jeudi, incluant la tenue d'une enquête publique du coroner, et d'autres sont à venir, en vue d'identifier les moyens qui permettront d'éviter que d'autres cas semblables surviennent à l'avenir.

Tout indique que le premier ministre François Legault annoncera dans les prochains jours la tenue d'une vaste consultation publique visant à revoir et resserrer le filet de protection sociale accordé aux enfants, assuré actuellement par la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ).

"On est mûr pour ça au Québec. On doit ça à nos enfants", a dit le premier ministre, en mêlée de presse, ajoutant vouloir s'inspirer de la consultation "Mourir dans la dignité" tenue il y a une dizaine d'années.

Le rôle joué par la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de l'Estrie est pointé du doigt dans la chaîne d'incidents ayant mené au décès de la fillette, qui aurait subi de la maltraitance à répétition au vu et au su des autorités depuis des années.

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Le directeur de la DPJ de l'Estrie, Alain Trudel, a quitté temporairement ses fonctions, avec salaire, jeudi. Il n'est pas clair s'il l'a fait de sa propre initiative ou s'il a été suspendu par le gouvernement. Les différentes versions divergent.

M. Legault a d'abord dit qu'il avait personnellement "demandé qu'on suspende" M. Trudel, avant d'affirmer "qu'il a décidé de lui-même, avant d'être suspendu, de se tasser".

Le ministre délégué à la Santé, Lionel Carmant, a dit lui aussi qu'il avait demandé à M. Trudel de se retirer de ses fonctions pour la durée de l'enquête, alors que le directeur adjoint du CIUSSS de l'Estrie, Stéphane Tremblay, de qui relève M. Trudel, indiquait que ce dernier s'était retiré momentanément de ses fonctions, de son propre chef.

Quoi qu'il en soit, M. Trudel prend donc le blâme de ce qui s'est produit, avant même le dépôt du rapport de l'enquête interne menée par le CIUSSS de l'Estrie dans ce dossier, attendu d'ici 60 jours.

En conférence de presse, le ministre Carmant avait de la difficulté à expliquer pourquoi M. Trudel devait s'éclipser dès maintenant. "Il est imputable", a-t-il dit, laconique.

Les listes d'attente s'allongent

M. Carmant, qui a toujours clamé être entré en politique pour mieux protéger les enfants, a refusé quant à lui d'endosser quelque part de responsabilité que ce soit, après sept mois au pouvoir et alors que les problèmes de la DPJ (hausse constante du nombre de signalements, longues listes d'attente, grande mobilité du personnel) étaient connus et documentés.

"Il faut faire les choses en ordre et on avance vers le mieux", a-t-il commenté, ajoutant qu'il entendait revoir "le fonctionnement de la DPJ à tous ses niveaux", sans fournir de détails ni d'échéancier.

La refonte de la DPJ ne faisait pas partie des engagements électoraux de la CAQ.

Au total, 3300 enfants sont présentement en attente d'une évaluation de la DPJ.

En Chambre, questionné par l'opposition, le ministre Carmant, qui a réaffirmé incarner "la voix des enfants", s'est engagé à agir "le plus rapidement possible", en voyant "les listes d'attente qui s'allongent, qui s'allongent, qui s'allongent et qui nous inquiètent tous".

Enquête publique reportée

Pendant ce temps, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a annoncé la tenue d'une enquête publique du coroner sur la mort tragique de la fillette de Granby. Le rapport de l'enquête devra identifier les circonstances et les causes probables du décès, de même qu'inclure des recommandations pour éviter d'autres drames du même genre.

Mais ce n'est pas demain la veille que l'enquête publique pourra débuter, car elle ne peut pas interférer avec l'enquête policière en cours et de possibles procédures judiciaires reliées à cette affaire.

"Il faut respecter les procédures judiciaires", a dit Mme Guilbault. L'enquête débutera donc "dès que ce sera possible".

En parallèle, une autre enquête sur ce drame sera menée par la Commission des droits de la personne et de la jeunesse.

En Chambre, visiblement émus et ébranlés, les parlementaires des quatre groupes politiques ont exprimé leur chagrin, exhortant le gouvernement à agir sur tous les fronts et à ne ménager aucun effort pour éviter à d'autres enfants le sort terrible réservé à la fillette de Granby, décédée mardi à la suite de graves blessures.

Les élus ont observé une minute de silence à la mémoire de la petite martyre.

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