POLITIQUE
01/05/2019 14:08 EDT | Actualisé 02/05/2019 06:38 EDT

Fillette morte à Granby: «il y a clairement eu des failles», dit le ministre Lionel Carmant

Une enquête est demandée.

Jacques Boissinot/La Presse canadienne
Photo d'archives de Lionel Carmant.

La mort d'une fillette retrouvée lundi dans un état critique à Granby a "outré" le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, qui a demandé mercredi à la Commission des droits de la personne et de la jeunesse (CDPJ) d'ouvrir une enquête.

"Il y a clairement eu des failles", juge le ministre.

La petite fille de 7 ans était connue de la DPJ depuis son jeune âge, a indiqué M. Carmant, et il y avait eu une intervention fort récemment, après un signalement, en avril.

C'est pourquoi l'enquête ne portera pas en priorité sur la liste d'attente de quelque 400 dossiers avec laquelle se démène la DPJ de l'Estrie, mais plutôt sur la qualité de l'intervention auprès de la fillette.

La Commission des droits de la personne et de la jeunesse (CDPJ), un organisme indépendant, n'a pas encore fait savoir si elle se penchera sur le dossier.

La fillette avait été retrouvée lundi dans une résidence privée de Granby et avait été transportée à l'hôpital dans un état critique. La Sûreté du Québec a annoncé son décès en fin de journée, mardi.

Deux personnes - le père de la fillette et sa conjointe - ont été arrêtées mardi matin. L'homme de 30 ans et la femme de 35 ans ont comparu plus tard dans la journée.

L'homme fait face à une accusation de séquestration, qui serait survenue le 29 avril dernier. La dame est elle aussi accusée de séquestration, mais également de voies de fait graves. À la lumière du décès de la fillette, d'autres accusations pourraient être ajoutées.

L'identité des accusés et de la jeune victime est protégée par un interdit de publication.

"Je ne comprends pas comment un enfant qui a été retiré de l'école et dont les grands-parents ont tenté de se mêler à la situation n'a pas été pris en charge par le système, par le réseau. S'il le faut, on demandera une enquête", a déclaré le ministre Carmant à la sortie du conseil des ministres, mercredi matin, ajoutant avoir demandé aux autorités un état de la situation, afin d'avoir un portrait clair de ce qui s'est passé.

M. Carmant a indiqué qu'il fallait voir si la prise en charge par la protection de la jeunesse s'est faite dans les règles de l'art.

"Il faut vérifier ce qui s'est passé dans cette situation-là et il faut corriger le tir pour la DPJ (Direction de la protection de la jeunesse) de l'Estrie comme pour toutes les DPJ du Québec en ce moment", a-t-il ajouté.

Le ministre a donc demandé au CIUSSS (Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux) de l'Estrie - dont relève la DPJ régionale - une analyse détaillée de ce qui s'est passé, pour savoir ce qui aurait pu être fait dans son cas, et aussi, afin que pareille tragédie ne se reproduise pas, avec une autre victime.

Le directeur de la Protection de la jeunesse en Estrie, Alain Trudel, s'est dit triste et ébranlé par ce qui a été diffusé au sujet de la fillette.

"Il s'agit d'un événement troublant qui nous touche tous comme société", a-t-il déclaré en conférence de presse, mercredi.

Disant comprendre les émotions qu'un tel décès peut faire ressortir, M. Trudel demande aux citoyens de respecter le personnel de la DPJ, qui se fait insulter depuis.

L'ensemble de nos intervenants "ont tous les enfants tatoués sur le coeur", a-t-il insisté.

La porte-parole du Parti libéral en matière de services sociaux, Hélène David, salue les initiatives entreprises par le ministre Carmant. Elle espère que la Commission acceptera d'enquêter.

Quant au rapport demandé au CIUSSS, elle insiste qu'il doit être fait rapidement, et que ses conclusions doivent être rendues publiques.

De façon plus générale, elle juge qu'une réflexion doit être entreprise sur le fonctionnement de la DPJ. Il manque de personnel, dit-elle, et les employés en place sont épuisés.

Le ministre Carmant a aussi révélé un chiffre troublant en point de presse mercredi après-midi: il y a eu plus de 100 000 signalements à la DPJ au Québec cette année. "C'est 20 000 de plus que le nombre de naissances", a-t-il dit.

À voir également: notre série «La DPJ a 40 ans: voici mon histoire»