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30/04/2019 12:00 EDT | Actualisé 30/04/2019 12:01 EDT

«Urgence santé mentale»: briser les tabous en montrant le vrai visage de la maladie

«Il en faut de l’espoir en maladie mentale, c’est l’une des clefs de la guérison...»

Le tiers des Québécois seront confronté à un problème de santé mentale au cours de leur vie. Avec la série Urgence santé mentale, l'idéateur, réalisateur et caméraman Mathieu Arsenault - lui-même atteint du trouble affectif bipolaire - souhaite dévoiler le vrai visage de la maladie mentale, briser les tabous et redonner ses lettres de noblesse à un système de santé qui n'est pas toujours aussi défaillant qu'on pourrait le croire.

Bien placé pour comprendre

Alors que son film Tenir tête racontait son histoire personnelle, la série documentaire Urgence santé mentale se veut une manière pour Mathieu Arsenault de sensibiliser les gens à la maladie mentale en les faisant plonger dans les crises et les combats de «vraies personnes» aux prises avec divers problèmes de santé mentale.

«Je voulais qu'on voie de vrais visages, car je suis un peu tanné des publicités montrant des visages flous sur des panneaux. Je trouvais qu'il fallait lever ce tabou de ne jamais montrer les gens en crise. Je trouve qu'on a le droit d'exister, d'être différent, de se soigner et de vivre. Pour cela, ça prend un visage à l'écran afin que les gens comprennent et ressentent ce qu'on vit. Je voulais aussi montrer que le système n'a pas que du mauvais, qu'il y a beaucoup de gens dévoués et compétents qui se démènent pour aider en santé mentale, qui sont vraiment des héros du quotidien.»

Porté par un réel désir de valoriser les services publics, celui qui dit avoir été sauvé par le service public tient ici tous les rôles. Celui d'idéateur, de réalisateur, de caméraman voire de preneur de son de cette nouvelle production originale qui sera présentée sur les ondes de MOI ET CIE.

«Ce qui est nouveau, c'est de voir les personnes en crise à visage découvert, précise-t-il. La façon dont j'ai procédé a été de filmer les gens lorsqu'ils étaient en crise, puis de retourner les voir quelques semaines plus tard lorsqu'ils étaient stabilisés, afin de leur expliquer le projet et de leur demander leur consentement.»

Moi et Cie

S'il a pu s'ingérer et porter à l'écran les moments de crise de gens vivant des épisodes bipolaires, schizophrènes, de troubles de personnalité limite, de troubles délirants, de crises psychosociales ou de chocs post-traumatiques, c'est que son «statut de personne bipolaire» lui a permis de convaincre la direction, les intervenants et les patients impliqués dans ce projet. Un projet d'une grande humanité qui fera certainement réagir.

De concert avec l'UPS-J (Urgence psychosociale-justice) - une équipe d'intervention épaulant le SPVM -, Urgence Santé, divers organismes communautaires et une unité faisant partie du CIUSSS du Centre-Sud-de-l'île-de-Montréal, Mathieu Arsenault s'est lancé dans un tournage ,«qui aurait été éprouvant pour n'importe quel humain, bipolaire ou pas», empreint de journées déstabilisantes.

Tout au long de la série, on suivra le travail de divers intervenants : une infirmière, une travailleuse sociale, une criminologue ainsi que deux criminologues travaillant de nuit. On rencontre aussi l'équipe de l'hôpital Notre-Dame dont le psychiatre Stéphane Proulx, l'assistante-infirmière-chef et une travailleuse sociale œuvrant en clinique externe. Et les personnes en crises, issues de différentes communautés et d'âges divers, à raison de trois cas en moyenne par épisode.

«La façon dont j'aborde les choses est sans doute différente de celle d'une personne qui n'aurait pas vécu ce que j'ai vécu. Pour moi, ce n'est pas juste de la matière à filmer, mais presque des prolongements de ce que j'ai vécu.»

Pour le réalisateur, il était important de suivre ces patients sur une bonne période afin de montrer aux gens que la maladie mentale est fluctuante et se compose de crises qui sont passagères.

«L'épisode 7, par exemple, permet de revoir une personne sept mois après sa crise, lorsqu'elle va mieux. On passe de quelqu'un de complètement fou à quelqu'un qui revient à elle-même et on se dit : ''OK, la maladie mentale, c'est des crises provisoires, ce n'est pas ce que la personne est au quotidien''. C'est ce que je veux montrer avec la série; qu'on peut se remettre de cela.»

Moi et Cie

Les enjeux de la maladie mentale

Menant une vie tout à fait normale il y a à peine cinq ans, Mathieu Arsenault travaillait comme monteur à l'émission Les francs-tireurs lorsqu'il a été frappé par une crise de folie; sa première psychose. À 35 ans, il a appris qu'il était bipolaire.

«Quand c'est arrivé, mon frère a dû appeler le 911 et j'ai vraiment vécu tout cela : des policiers et des ambulanciers qui sont débarqués à l'appartement et qui m'ont posé un paquet de questions, dont «Quel jour on est?». Je ne savais pas quoi répondre, car j'étais pris dans mes délires. Ce moment m'est resté, et je me suis rendu compte que c'était un peu la question qu'on pose pour départager ceux qui vont bien de ceux qui ne vont pas bien. C'est ce qui m'a donné envie de faire cette série.»

Selon lui, l'un des problèmes majeurs venant avec la maladie mentale est que beaucoup de gens refusent leur diagnostic, alors que de l'admettre et de l'accepter composerait 50% du travail.

«Une fois que c'est fait, le problème ne prend plus toute la place et devient gérable, ajoute-t-il. Dans le cas de la bipolarité, par exemple, une fois que c'est contrôlé par des médicaments, on est des gens absolument normaux.»

À son souhait que les téléspectateurs se rendent compte qu'un problème de santé mentale peut frapper n'importe qui, il ajoute celui de leur faire comprendre qu'en tant que société, nous avons un devoir d'intervenir et d'aider les gens quand ils sont en crise. «Avec l'aide de gens compétents qui comprennent et sont capables de gérer ce genre de situations.»

«Une infirmière m'a déjà dit que j'étais chanceux, car il y a 20 ans, j'aurais été enfermé dans une aile psychiatrique de l'hôpital et ça aurait été cela», ajoute celui qui dit vivre l'une de ses plus belles années depuis longtemps. Avec mon récent long-métrage, cette série documentaire et une deuxième saison qui mijote déjà, je suis exactement là où je souhaitais me retrouver en tant qu'artiste.»

Urgence santé mentale est diffusée les mardis à 21h30, sur les ondes de Moi et Cie

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