POLITIQUE
30/04/2019 15:41 EDT | Actualisé 30/04/2019 17:44 EDT

Trudeau ne fera rien pour permettre la visite du président catalan en exil

Le dossier a été traité sans aucune intervention politique, dit le premier ministre.

PC/Adrian Wyld

OTTAWA — Le premier ministre Justin Trudeau n'interviendra pas pour permettre à Carles Puigdemont, le politicien catalan en exil, d'entrer au Canada.

"On a un processus indépendant. On fait entièrement confiance à nos fonctionnaires. Il n'y a pas eu d'intervention politique et il n'y aura pas d'intervention politique non plus", a répondu M. Trudeau aux journalistes qui lui demandaient s'il allait poser un geste en faveur de M. Puigdemont.

Après avoir lâché ces quelques mots, le premier ministre s'est engouffré dans la Chambre des communes pour participer à la période des questions du mardi après-midi.

Plus tôt dans la journée, son ministre de l'Immigration, Ahmed Hussen, avait cherché à justifier le refus auquel se heurte M. Puigdemont.

"Il n'y a aucune intervention politique dans aucune décision", avait-il dit à propos du travail de ses fonctionnaires.

Puis, il a semblé inviter M. Puigdemont, sans le nommer, à soumettre une nouvelle demande.

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"Si des étrangers qui veulent visiter le Canada se voient refuser l'entrée, ils peuvent soumettre une nouvelle demande et fournir de nouvelles informations", a dit le ministre.

Si officiellement, il est toujours impossible de savoir pour quelles raisons on a retiré le document de voyage attribué à M. Puigdemont, une source gouvernementale laisse entendre que le politicien catalan a donné certaines fausses informations, en lien avec les accusations portées contre lui par l'État espagnol.

Il lui suffirait, selon cette source et selon ce que le ministre Hussen a dit publiquement, de faire une nouvelle demande et celle-ci serait à nouveau considérée.

Du bruit sur l'autre colline aussi

À l'Assemblée nationale, le député péquiste Joël Arseneau a essayé de déposer une motion sans préavis pour réclamer la révision de la décision fédérale.

Son geste, tout comme celui de ses alliés bloquistes aux Communes la veille, est tombé à plat. Le gouvernement Legault a refusé son consentement et la motion n'a pas pu être déposée.

"Que l'Assemblée nationale déplore la décision du gouvernement du Canada de révoquer le droit de séjour au pays de Carles Puigdemont, ex-président catalan, sans aucun motif, et exige la révision de cette décision le plus rapidement possible", réclamait la motion.

Elle allait trop loin, trop vite, de l'avis du premier ministre François Legault.

"Le PQ veut déposer une motion pour blâmer le gouvernement fédéral. Moi, je voudrais d'abord avoir la version du gouvernement fédéral", a dit M. Legault en mêlée de presse à Québec.

"Moi, je ne comprends pas la décision du gouvernement fédéral. Je suis perplexe et j'aimerais que le gouvernement fédéral de M. Trudeau explique sa décision. Pourquoi il refuse cette personne-là?", a pourtant insisté le premier ministre Legault.

Le député Arseneau s'est présenté au micro le plus près pour reprocher à M. Legault de ne pas avoir accompagné ses paroles du geste nécessaire. Selon M. Arseneau, le premier ministre québécois "donne en quelque sorte sa bénédiction à une décision inacceptable et honteuse de la part du gouvernement fédéral".

La Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) a préféré ne retenir de la sortie de M. Legault que sa demande d'explications à Ottawa.

"Nous saluons (...) les propos tenus aujourd'hui par le premier ministre du Québec, et demandons maintenant à son gouvernement d'exercer la pression nécessaire afin qu'Ottawa revienne sur sa décision", a déclaré, dans un communiqué, le président de la SSJB, Maxime Laporte.

On connaîtra éventuellement les raisons précises qui ont motivé le refus du document de voyage puisque l'ex-président catalan a engagé les services d'un avocat montréalais. Lundi, Me Stéphane Handfield a déposé une requête en Cour fédérale pour que l'interdiction de séjour au Canada soit annulée.

M. Puigdemont devait participer, au début du mois d'avril, à une tournée organisée par la SSJB de Montréal. Son autorisation de voyage électronique _ un document exigé des citoyens européens _ a été révoquée par les autorités canadiennes le 31 mars.

L'ex-président Puigdemont s'est exilé en Belgique à l'automne 2017 après la déclaration d'indépendance de la Catalogne. Celle-ci a été jugée illégale par le gouvernement espagnol qui a mis la Catalogne sous tutelle.

M. Puigdemont a été initialement accusé de rébellion, de sédition, de détournement de fonds publics et de désobéissance à l'autorité.