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26/04/2019 08:08 EDT | Actualisé 26/04/2019 16:28 EDT

Le père d'Alexandre Bissonnette demande à Justin Trudeau de ne plus lier son fils au terrorisme

Il précise que l'emploi du mot terroriste pour désigner son fils met la sécurité de la famille à risque.

Jacques Boissinot/La Presse canadienne
Raymond Bissonnette (droite) et la mère d'Alexandre Bissonnette, Manon Marchand.

Le père d' Alexandre Bissonnette, l'auteur de la tuerie au Centre culturel islamique de Québec, a envoyé une lettre au premier ministre Justin Trudeau pour lui demander de cesser d'étiqueter son fils comme étant un terroriste.

Dans la lettre obtenue par plusieurs médias, dont La Presse canadienne, Raymond Bissonnette précise que l'emploi du mot terroriste pour désigner son fils met la sécurité de leur famille à risque.

Il reproche au premier ministre canadien d'avoir qualifié le carnage d'acte terroriste dès le lendemain de la fusillade meurtrière et d'avoir répété l'usage de cette expression par la suite. Il signale qu'Alexandre Bissonnette n'a pas fait l'objet d'accusations de terrorisme en vertu du Code criminel, même après l'enquête policière, et qu'il devrait plutôt être considéré comme un tueur de masse.

Raymond Bissonnette maintient que son fils n'avait "aucun lien avec le terrorisme ni aucune idéologie particulière".

Il écrit néanmoins que l'absence d'accusations de terrorisme ne diminue en rien la gravité du crime qu'il qualifie d'"un acte des plus terribles".

Pour illustrer le préjudice causé à sa famille, M. Bissonnette rappelle qu'il y a deux ans, une personne a pris l'avion de Londres pour Québec avec l'intention déclarée de venger l'attentat terroriste à la mosquée, et que cette personne cherchait la résidence des Bissonnette.

Selon M. Bissonnette, le fait de présenter la tuerie de la mosquée comme une "attaque terroriste" pourrait exposer l'ensemble des Canadiens à des représailles de la part d'extrémistes.

Il demande au premier ministre de s'"en tenir aux conclusions de la Couronne" et "de rétablir les faits".

Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a répondu vendredi que les Canadiens ne veulent pas s'engager dans un débat sémantique.

"(Alexandre Bissonnette) doit assumer les conséquences de ses actes, a déclaré le ministre. Son intention était de semer la peur et la terreur dans les coeurs des Canadiens."

Le 29 janvier 2017, Alexandre Bissonnette a fait irruption au Centre culturel islamique de Québec et a ouvert le feu. Il a enlevé la vie de Mamadou Tanou Barry, 42 ans; Abdelkrim Hassane, 41 ans; Khaled Belkacemi, 60 ans; Aboubaker Thabti, 44 ans; Azzeddine Soufiane, 57 ans; et Ibrahima Barry, 39 ans.

En mars 2018, il a plaidé coupable à six chefs d'accusation de meurtre au premier degré et à six chefs de tentative de meurtre. Puis en février dernier, il a été condamné à 40 ans de prison ferme, une sentence portée en appel par la Couronne et par la défense.

La Couronne _ qui demandait initialement le cumul des périodes d'inadmissibilité pour une peine exemplaire de 150 ans d'incarcération _ réclame maintenant que Bissonnette purge 50 ans de prison avant de pouvoir demander une libération conditionnelle.

La défense argue pour sa part que la peine est cruelle et inusitée et demande une période de détention ferme de 25 ans plutôt que 40.

La Cour d'appel du Québec n'entendra pas ce dossier avant janvier 2020.