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25/04/2019 06:00 EDT | Actualisé 25/04/2019 07:28 EDT

Un prix pour lutter contre la pénurie de logement qui prend de l'ampleur

«On est assez inquiets de ce qui va se passer le 1er juillet.»

FRAPRU
Francois Saillant (deuxième à partir de la droite), ancien coordonnateur du FRAPRU, dans le cadre d'une marche du Forum social mondial à Montréal en 2016.

Alors qu'une pénurie de logements frappe plusieurs régions du Québec, jetant même des familles à la rue, le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) et la Caisse d'économie solidaire Desjardins espèrent que le nouveau prix François Saillant, dévoilé ce jeudi, encouragera les citoyens à s'impliquer dans leur communauté pour défendre le droit au logement.

La situation est dramatique dans certains quartiers de Montréal, où le taux d'inoccupation frôle le 0%, surtout pour les logements familiaux. Les histoires de familles qui doivent déménager à l'autre bout de la ville se multiplient. Et à l'approche du 1er juillet, le FRAPRU craint le pire. La rareté se fait sentir et le prix des logements grimpe.

«On est assez inquiets de ce qui va se passer le 1er juillet, affirme Véronique Laflamme, porte-parole du FRAPRU. Dans plusieurs quartiers, on est vraiment proche du 0%.»

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Et pendant ce temps, les logements sociaux tardent à suivre le pas. Alors qu'il devait se construire 3000 logements sociaux l'an dernier, seulement 700 ont été livrés.

«Pour la première fois en 20 ans, le gouvernement de la Coalition avenir Québec n'a prévu aucun logement social dans son budget», déplore Mme Laflamme.

Courtoisie
Stéphane Lafleur et ses deux enfants doivent être logés dans un motel en attendant d'avoir accès à un logement abordable.

La ville de Gatineau est aussi durement touchée par la pénurie de logements. Parlez-en à Stéphane Lafleur, un père de famille monoparental qui vient d'emballer tous ses effets personnels pour libérer son logement... mais qui ne sait pas encore où il les posera. Lui et ses deux garçons, âgés de 6 et 5 ans, sont logés dans un motel depuis mardi. Mais ils ne savent pas encore ce qui les attend à plus long terme.

«Je peux vous dire que dans les derniers jours, je n'ai pas dormi beaucoup», dit-il.

Le propriétaire de M. Lafleur a repris son logement pour y installer sa famille, et depuis trois mois, le père de famille fait de multiples recherches, en vain.

«J'ai visité 28 appartements, mais je n'ai rien trouvé», dit-il. Il ajoute que lorsqu'il précise aux propriétaires qu'il est bénéficiaire de l'aide sociale, ceux-ci semblent peu enclins à lui louer leur logement.

«Heureusement que l'organisme Logemen'Occupe m'aide, parce que sinon, je serais dans la rue!»

Prix François Saillant

C'est dans ce contexte qu'est dévoilé aujourd'hui le prix François Saillant, une bourse de 5000$ qui sera remise chaque année par la Caisse d'économie solidaire, une succursale de Desjardins spécialisée dans le financement de l'économie sociale. Cette bourse sera remise à un groupe de citoyens, un organisme communautaire ou un collectif engagé dans une initiative pour faire progresser le droit au logement.

«Je crois que c'est important, affirme Luc Rabouin, directeur du développement stratégique de la Caisse d'économie solidaire. On est en 2019, dans un pays riche, et il y a encore des gens qui ne sont pas capables de se loger adéquatement. Pour nous, c'est intolérable. Et on sait que la mobilisation des citoyens a un impact sur les décisions publiques.»

Le prix porte le nom de François Saillant, ancien coordonnateur du FRAPRU entre 1979 et 2016.

40 000 Québécois en attente d'un HLM

D'après les données de Statistiques Canada obtenues par le FRAPRU, quelque 244 000 ménages locataires du Québec ont des besoins urgents de logement et presque 40 000 d'entre eux attendent une habitation à loyer modique (HLM), souvent depuis des années. Des centaines d'autres espèrent obtenir un logement dans une coopérative ou un organisme sans but lucratif d'habitation.

Les candidatures pour le prix François Saillant pourront être envoyées à compter du mois de juin.

«C'est un prix annuel, et il n'y a pas de date de fin. Quand il n'y aura plus de problème de logement, on arrêtera!» ironise Luc Rabouin.