POLITIQUE
23/04/2019 18:39 EDT | Actualisé 25/04/2019 08:03 EDT

Le ministre Pierre Fitzgibbon évoque la démission

La commissaire à l'éthique a indiqué qu'elle ouvrira une enquête à propos du ministre de l'Économie.

PC/Ryan Remiorz

Empêtré dans une controverse et visé par deux enquêtes, le ministre de l'Économie, Pierre Fitzgibbon, a déclaré mercredi que s'il devenait nuisible pour le gouvernement, il allait démissionner.

Il a tenu une mêlée de presse mercredi à Québec, visiblement irrité d'être accusé de copinage après avoir nommé son ami et partenaire d'affaires Guy LeBlanc à la tête d'Investissement Québec, le bras financier du gouvernement. La veille, la Commissaire à l'éthique et à la déontologie a annoncé une deuxième enquête en quelques mois sur M. Fitzgibbon.

"Si ma présence est perçue comme étant négative ou comme une embûche à ce que M. Legault veut accomplir, je vais démissionner, c'est clair", a-t-il déclaré, en ajoutant que c'est "trop tôt" pour passer à l'acte.

"Moi, je veux ventiler, cette discussion-là, on ne l'aura pas la semaine prochaine."

Amis et partenaires d'affaires

M. Fitzgibbon était actionnaire et administrateur avec M. LeBlanc de Move Protéine, une entreprise de protéines végétales. Le ministre a assuré qu'il avait vendu sa participation l'automne dernier - même si tout a été officialisé récemment - alors que M. LeBlanc a été nommé la semaine dernière, avec un salaire qui pourrait atteindre près d'un million de dollars, soit presque le double de celui de son prédécesseur.

Le ministre a dit être conscient de l'apparence de conflit d'intérêts, mais assure qu'il a respecté les règles: il est en voie de vendre tous ses actifs dans 13 compagnies privées non inscrites en bourse, et le Code de déontologie ne permet pas que ces actifs soient gérés par le mandataire sans droit de regard.

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C'est un processus long et le ministre laisse entendre qu'il ne se serait pas lancé en politique s'il avait su.

"La réalité, c'est que si j'avais su que de détenir des compagnies privées, c'était compliqué (pour un élu), je serais chez nous aujourd'hui, je ne serais pas ici. Je ne savais pas. C'est mon erreur peut-être, là. Le code de déontologie fait 150 pages."

M. Fitzgibbon a laissé entendre qu'il n'allait toutefois pas en rester là et que d'autres nominations allaient suivre prochainement, des gens dont il a besoin pour réaliser le mandat que lui a confié le premier ministre François Legault.

"On s'en va à la guerre, et à la guerre, on part avec un fusil et on met des munitions dedans, je ne partirai pas avec un "gun" vide."

La Commissaire à l'éthique et à la déontologie a annoncé la tenue d'une enquête sur M. Fitzgibbon mardi, pour s'assurer que les règles sur les conflits d'intérêts et la déclaration des intérêts ont été respectées. C'est la deuxième enquête de la commissaire Ariane Mignolet visant M. Fitzgibbon: la première est à propos de ses interventions dans le domaine aéronautique, alors qu'il détenait des actions dans Héroux-Devtek, un joueur important de cette industrie.

"Conflit d'intérêts", "arrogance", "effet boomerang"

Le Parti libéral (PLQ) estime que le ministre a manqué de jugement et qu'il aurait dû consulter la Commissaire à l'éthique dans l'ensemble du processus, notamment lors de la nomination de M. LeBlanc.

La porte-parole libérale en matière d'éthique, Dominique Anglade, a rappelé que l'État ne se gère pas comme une entreprise privée. "Nommer à la tête d'une société d'État un partenaire d'affaires et doubler son salaire, c'est un conflit d'intérêts flagrant", a-t-elle déclaré dans une entrevue téléphonique avec La Presse canadienne.

Selon Québec solidaire (QS), M. Fitzgibbon se victimise en reprochant aux médias leur acharnement et en menaçant de démissionner. Le député de Rosemont, Vincent Marissal, un des élus qui avait réclamé une enquête de la commissaire, a appelé le ministre à prudence avant de nommer d'autres personnes qu'il connaît, ce qui est "à la limite de l'arrogance".

"S'il devait démissionner, ce n'est pas parce qu'il deviendrait un fardeau pour son gouvernement, mais parce qu'il aurait posé des gestes répréhensibles, c'est une nuance."

Pour sa part, l'opposition péquiste trouve "un peu suspecte" la vente des intérêts dans Move Protéine, qui s'est officialisée à peine quelques jours avant la nomination de M. LeBlanc. Le député de René-Lévesque, Martin Ouellet, reconnaît que le ministre avait le droit de vendre ou non sa participation, mais se demande pourquoi tout s'est réglé juste avant l'arrivée de M. LeBlanc.

"Qu'est-ce que ça dit sur sa nomination? Il faut être capable d'être confronté à ses choix. Dans ce cas, cela démontre qu'il y avait promiscuité."

Selon lui, la CAQ est victime de "l'effet boomerang", pour avoir longtemps déchiré sa chemise dans l'opposition en dénonçant les libéraux sur des enjeux éthiques.

Chronologie

Le 1er octobre, M. Fitzgibbon a démissionné de tous les conseils d'administration auxquels il siégeait, selon son attaché de presse. Toutes ses actions ont aussi été transférées dans une fiducie sans droit de regard.

Le 25 mars, deux jours après qu'on eut appris que Guy LeBlanc sera nommé à la tête d'Investissement Québec, Move Protéine modifie la composition de sa direction, selon ce que rapporte Québecor. M. LeBlanc démissionne comme administrateur, de même que M. Fitzgibbon, mais les deux restent actionnaires.

Le 10 avril, M. LeBlanc cède ses actions à sa conjointe, et M. Fitzgibbon cède les siennes le 15 avril, selon les informations rapportées par Québecor.

Le 18 avril, M. Fitzgibbon annonce officiellement que M. LeBlanc prend la tête d'Investissement Québec.