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21/04/2019 13:52 EDT | Actualisé 21/04/2019 13:55 EDT

Les témoins d'un attentat peuvent eux aussi souffrir d'un stress post-traumatique

C'est le cas de Dion Fitzgerald qui a été témoin de l'attentat au camion-bélier de Toronto.

PC/Tijana Martin
Dion Fitzgerald a été témoin de l'attentat au camion-bélier de Toronto et vit maintenant avec un syndrome de stress post-traumatique.

TORONTO — Le syndrome de stress post-traumatique peut aussi frapper de simples témoins d'une scène horrifiante.

Selon Françoise Mathieu, psychothérapeute à Kingston, en Ontario, spécialisée dans les traumatismes secondaires, l'exposition à un événement traumatique peut affecter les personnes à court terme, perturbant leur sommeil ou leur faisant évitant certaines zones.

Cela peut être particulièrement difficile si l'événement est placé sous les feux de la rampe puisqu'il revient souvent dans l'actualité, ajoute-t-elle. Et lorsque les effets sont intenses et persistent pendant plus d'un mois, cette personne peut souffrir du syndrome de stress post-traumatique.

Comme Dion Fitzgerald.

Ce père de famille marchait le long de la rue Younge à Toronto, le 23 avril 2018, le jour de l'attentat au camion-bélier qui a coûté la vie à 10 personnes. Quand il a vu un premier corps inanimé, il a craint qu'il s'agît de l'un des 30 jeunes avec qui il travaille. Il a rapidement constaté qu'il s'agissait d'un vieil homme qu'il ne connaissait pas.

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Il s'est ensuite lancé à leur recherche parmi les blessés et les morts, poursuivant sa marche, ne s'arrêtant jamais, même pas pour prêter assistance aux blessés.

Plus tard, la culpabilité de survivant s'est installée en lui. Il craignait même de marcher de nouveau sur la rue Yonge. Il était devenu hyperconscient des bruits et des gens qui l'environnaient. Toujours aux aguets, il scrutait les environs pour voir s'il n'y avait pas quelque chose d'inhabituel, d'incongru. Même conduire était devenu une lutte permanente.

«Pendant longtemps, j'avais le pied sur les freins. Dès que je voyais quelqu'un traverser la rue à une intersection, je freinais de loin», raconte M. Fitzgerald.

Si la recherche sur les traumatismes secondaires a commencé à la fin des années 1990, il a fallu beaucoup de temps pour que ce phénomène soit largement reconnu, souligne Mme Matthieu. La cinquième et dernière édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, de l'Association américaine de psychiatrie, a été la première à inclure les traumatismes secondaires.

«Auparavant, pour développer le syndrome, on devait avoir vécu le traumatisme soi-même, mais nous reconnaissons maintenant que ce n'est pas toujours le cas», dit-elle.

Le premier anniversaire d'un événement traumatique est particulièrement significatif, car il peut faire ressurgir certaines émotions chez les survivants et les témoins.

Pour eux, il serait peut-être préférable de commémorer cet événement sans s'exposer à nouveau aux médias, fait-elle valoir. Les services de soutien sont également importants pour aider les personnes à faire face aux traumatismes.

L'une des témoins de l'attaque de l'an dernier a commencé des recherches sur le champ naissant des traumatismes secondaires.

Tiffany Jefkins était venue faire un pique-nique avec sa fille de 10 mois quand elle a vu une fourgonnette blanche heurter quatre piétons.

Mme Jenkins, qui effectue actuellement sa thèse de doctorat sur les traumatismes secondaires à l'Université de Toronto, dit vouloir interroger ceux qui ont été témoins d'événements traumatisants, qu'il s'agisse d'une tuerie ou d'une mort subite, pour voir comment ils se débrouillent et pister les lacunes dans les soins à leur fournir.

«Comment pouvons-nous demander à ces personnes de nous aider à identifier des symptômes potentiels de type stress post-traumatique? demande-t-elle. Si nous savons ce qui leur est arrivé, nous pouvons leur donner l'aide appropriée.»