POLITIQUE
21/04/2019 11:47 EDT | Actualisé 21/04/2019 11:53 EDT

Jagmeet Singh révèle avoir été victime d'abus sexuels dans un nouveau livre

«M. N a abusé de moi. Il a lié sa perversion à ma performance, qui était ma motivation primaire.»

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, est félicité pour son courage après avoir écrit dans ses nouvelles mémoires qu'il avait été agressé sexuellement dans son enfance.

Le Toronto Stara publié un extrait du livre de Singh, Love & Courage, qui paraîtra la semaine prochaine. Dans ce chapitre, Singh parle du racisme auquel il a été confronté lorsqu'il était garçon à Windsor, en Ontario, à cause de la couleur de sa peau et de son couvre-chef.

La Presse canadienne
Jagmeet Singh lors du Sommet Broadbent à Ottawa le 29 mars dernier.

Singh révèle dans le livre qu'un instructeur de taekwondo qui lui a appris à se défendre lui-même comme moyen de repousser les intimidateurs - un homme décédé appelé «M. N» - a profité de lui.

«M. N m'a maltraité. Il a lié sa perversion à ma performance, qui était ma principale motivation», a-t-il écrit. «Cela n'a pas pris longtemps pour que la maltraitance semble normale. C'est ce qui se passe avec la maltraitance. Cela peut donner à la victime un sentiment de honte accablant, une honte si invalidante qu'on souffre en silence.»

Dans l'extrait, le chef du NPD a également expliqué comment la honte et la stigmatisation l'avaient conduit à nier la véracité de l'expérience avant d'accepter le fait qu'il était une victime.

«Je devais accepter que les abus ont réellement eu lieu, que les conséquences de cet acte m'ont été dévastatrices et que je ne suis pas responsable.»

Lisez le chapitre complet (en anglais) sur The Toronto Star

Le NPD a applaudi son chef d'avoir parlé de son expérience dans une déclaration acheminée au HuffPost Canada.

«La volonté de Jagmeet de faire connaître son expérience du racisme et d'abus sexuels aidera d'autres personnes à vivre la même expérience.»

«Sa volonté de raconter son histoire et sa courageuse honnêteté aideront les personnes ayant vécu des expériences similaires à savoir qu'elles ne sont pas seules.»

Courtoisie Jagmeet Singh
Singh est allé à l'école primaire à Windsor, en Ontario.

Singh a décrit son enfance à Windsor comme «rude» lors d'une entrevue avec le HuffPost Canada en 2017.

«J'ai vécu beaucoup de racisme en tant qu'enfant brun, avec de longs cheveux et un prénom à la drôle de sonorité (...). Je me suis bagarré souvent», a-t-il déclaré.

«Les enfants disaient: "Tu es sale, ta peau est sale, pourquoi ne prends-tu pas une douche" ... ou "Tu n'es pas un garçon, tu es une fille parce que tu as les cheveux longs", et alors ils venaient juste me tirer les cheveux, ou juste me frapper.»

Dans la même entrevue, il a déclaré que c'était son père qui l'avait inscrit au taekwondo afin qu'il puisse se défendre.

Courtoisie Jagmeet Singh
Singh dans une photo d'enfance non datée.

Singh a expliqué que l'intimidation l'a forcé à devenir confiant.

«Vous êtes moins pris pour cible lorsque vous êtes très sûr de vous», a-t-il estimé. «J'ai essayé de dégager beaucoup de confiance et je devais essayer de développer cette mentalité que les gens allaient me dévisager, me regarder, alors je devais aussi bien leur donner quelque chose à regarder.«

Il a ensuite été transféré dans une école secondaire à Detroit, après que son père eut commencé à s'inquiéter des combats quotidiens à son école de Windsor.

Courteoisie Jagmeet Singh
Singh avec ses parents, qui ont émigré du Punjab vers le Canada.

Singh est la première personne non blanche à diriger un grand parti fédéral. Après avoir remporté une élection partielle en février pour représenter la circonscription de Burnaby South, en Colombie-Britannique, Singh a dit à ses partisans qu'ils avaient marqué l'histoire.

«Quand j'étais enfant, je n'aurais jamais pu imaginer que quelqu'un comme moi pourrait revendiquer le poste de premier ministre. Devinez quoi? Nous venons de dire à beaucoup d'enfants: "Oui, vous le pouvez"», avait-t-il alors déclaré.

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Le premier ministre Justin Trudeau a salué sur Twitter samedi «le courage [de Singh] de faire entendre votre voix contribuera à la lutte contre la stigmatisation. Grâce à vous, tant de gens sauront qu'ils ne sont pas seuls».

Compte tenu de l'ouverture de Singh à propos de ses abus, de nombreuses personnes sur Twitter ont fait remarquer qu'il continuait à changer ce que signifie être un leader fédéral.

«Voilà à quoi ressemble le vrai courage @theJagmeetSingh. Pour un leader national, rédiger un livre décrivant son expérience du racisme et d'abus est remarquable et aidera plusieurs à faire face aux mêmes obstacles. Et aidez ceux d'entre nous qui n'ont pas compris notre privilège»

«Enfin un chef qui comprend la vulnérabilité. Le Canada a besoin de ça de ses politiciens»

D'autres ont simplement félicité Singh pour l'impact que sa vulnérabilité aurait pour d'autres survivants.

«C'est une histoire de courage. Beaucoup de survivants - de jeunes hommes - souffrent en silence et seuls. Aujourd'hui, @theJagmeetSingh nous offre un peu d'espoir, que nous ne sommes pas seuls et que nous n'avons pas besoin de l'être. À tous ceux qui lisent ceci, s'il vous plaît faites-le avec soin.»

«Chapeau à @theJagmeetSingh pour avoir publiquement révélé les abus sexuels dont il a été victime. C'est souvent considéré comme un sujet tabou dans la société sud-asiatique, il faut être courageux pour briser cette stigmatisation. C'est un vrai héros !!»

La députée néo-démocrate Tracey Ramsey et la députée indépendante Jane Philpott ont également félicité Singh pour son courage.

«Le courage consiste à partager vos souvenirs les plus douloureux afin de permettre aux autres de faire de même et de se battre ensemble pour la justice et la guérison. Pour nous aimer et aimer les autres, nous devons avoir le courage de prendre la parole et de parler.»

«N'essayez pas de lire entre les lignes que ce tweet implique quelque chose à propos de mes propres décisions politiques. C'est simplement pour dire qu'il faut du courage pour décrire de telles expériences personnelles douloureuses. Parler aidera les autres à combattre la stigmatisation et à guérir.»

Les mémoires de Singh seront publiées mardi.

Avec des informations d'Althia Raj

Ce texte initialement publié sur le HuffPost Canada a été traduit de l'anglais.