BIEN-ÊTRE
19/04/2019 16:36 EDT | Actualisé 19/04/2019 16:38 EDT

Les enfants et les écrans: la question sans réponse claire

«La science par rapport à l'utilisation des nouvelles technologies et la pédiatrie est en continuelle évolution.»

PC/AP/Gerald Herbert
Une nouvelle étude montre que des enfants d'âge préscolaire qui ont été en contact avec des écrans pendant plus de deux heures par jour ont cinq fois plus de chances de développer des problèmes comportementaux.

MONTRÉAL — C'est une question à laquelle des milliers de parents aimeraient bien (finalement) obtenir une réponse claire: combien de temps les jeunes peuvent-ils consacrer à leurs écrans sans que cela leur cause des problèmes?

«La science par rapport à l'utilisation des nouvelles technologies et la pédiatrie est en continuelle évolution», prévient d'emblée le docteur Olivier Jamoulle, du CHU Sainte-Justine.

La publication récente de deux nouvelles études, dont une par des chercheurs canadiens, lui donne raison.

La première, dans les pages du journal médical «Psychological Science», avance que contrairement à la croyance populaire, le temps que passent les adolescents à naviguer sur le web, à jouer ou à écouter la télévision n'a aucun impact néfaste sur leur santé mentale, et ce, même si l'activité est pratiquée au moment d'aller au lit.

Les chercheurs de l'Université d'Oxford qui ont étudié quelque 17 000 jeunes disent n'avoir découvert «aucune preuve évidente que le temps d'écran réduit le sentiment de bien-être des adolescents».

«Il ne faut pas "capoter" sur le côté "la nouvelle technologie est nuisible", mais je me méfierais de quelque chose de faussement rassurant parce que le bien-être est une perception, a réagi le docteur Jamoulle. Des études ont montré que le sommeil peut être amputé de plus d'une heure par nuit chez les adolescents qui utilisent leur téléphone avant de se coucher. Certains résultats parlaient aussi de plusieurs réveils nocturnes par des textos, et de là, des répercussions sur la fatigue diurne et la concentration à l'école, etc.»

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La deuxième étude, celle-là présentée par des chercheurs de l'Université de l'Alberta dans les pages de «PLOS ONE», portait sur des enfants d'âge préscolaire. Ils ont constaté, à l'étude d'environ 2400 familles canadiennes, que les enfants de cinq ans passaient en moyenne 1,4 heure par jour devant un écran, contre 1,5 heure par jour pour les enfants de trois ans.

Viennent ensuite des chiffres inquiétants: comparativement aux enfants qui consacraient moins de 30 minutes par jour à un écran, ceux qui y consacraient plus de deux heures multipliaient apparemment par cinq leur risque de problèmes de comportement, par six leur risque de problèmes d'inattention et par presque huit leur risque de touble déficitaire de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH).

En revanche, disent les auteurs, plus un enfant consacrait de temps à des sports organisés, moins il était susceptible de présenter des problèmes de comportement.

Un lien avec le TDAH?

Mais ne sautons pas trop rapidement aux conclusions, recommande Olivier Jamoulle, qui rappelle que les enfants atteints d'un TDAH seront très attirés par les écrans et les nouvelles technologies. On se trouve donc possiblement en présence de jeunes qui évolueraient vers un TDAH de toute façon.

«Je ne suis pas certain que l'utilisation excessive d'un écran entraîne un risque augmenté de TDAH, c'est plus compliqué que ça, le TDAH est multifactoriel, dit-il. Mais je trouve que c'est quand même une interrogation intéressante, et ça vaut la peine de se pencher sur la question.»

«Pour les plus petits, je pense que c'est prudent de dire que deux heures par jour est un chiffre qu'on ne devrait pas dépasser. Au-delà de ça, il va y avoir des répercussions sur le temps passé à jouer à l'extérieur, le temps passé à lire un livre, passer du temps avec les amis... Donc l'impact du temps d'écran sur la vraie vie reste important à évaluer.»

C'est d'ailleurs dans cette direction que vont actuellement les conseils donnés aux parents et aux jeunes: on est maintenant plutôt dans une approche qui ne tient pas compte seulement du nombre d'heures passées devant un écran, mais bien de l'impact que cela a sur la vie de tous les jours et les activités quotidiennes.

La question prend une toute nouvelle importance quand on sait que, dans des études réalisées aux États-Unis l'an dernier, 45 pour cent des jeunes ont répondu avoir l'impression d'être constamment en ligne.

«Est-ce que ton temps d'écran t'empêche de faire certaines activités? Est-ce que tu priorises le temps d'écran par rapport à rencontrer des amis? illustre le docteur Jamoulle. On n'est plus vraiment dans un chiffre qui est parfois un peu abstrait et on se demande d'où ça vient. Dans le passé, on disait deux heures par jour, mais maintenant on aime mieux regarder, le temps que tu passes sur ton écran, qu'est-ce que ça t'empêche de faire? Qu'est-ce que tu ne fais pas à la place?»

«Et ça, je pense que c'est une approche un peu plus logique.»