POLITIQUE
18/04/2019 17:02 EDT | Actualisé 18/04/2019 17:02 EDT

Le Vieux-Québec à risque d'être retiré du patrimoine mondial de l'UNESCO?

L'avocat et ex-candidat François Marchand plaide pour la protection de la fonction résidentielle au détriment des touristes.

Steven_Kriemadis via Getty Images

L'afflux de touristes et l'exode des résidents mèneront-ils au retrait du Vieux-Québec de la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO? C'est ce que craint l'avocat et ex-candidat à un poste de conseiller à Québec, François Marchand. Mais l'UNESCO tempère ses peurs.

Le gouvernement québécois mène actuellement une consultation publique en vue d'un nouveau plan de conservation pour la vieille-ville. Me Marchand, spécialiste du droit municipal, a déposé un mémoire prêchant pour la revitalisation de la fonction résidentielle du site en contrôlant l'achalandage touristique. À défaut de quoi le statut de patrimoine mondial pourrait être menacé, dit-il.

«Le nombre de résidents diminue; des immeubles se détériorent; des projets sont abandonnés; le tourisme augmente de façon exponentielle. [...] La Ville de Québec ne respecte pas les conditions pour le maintien du Vieux-Québec sur la liste de patrimoine mondial par l'UNESCO», écrit-il.

Faux. Mais encore...

Parmi les principaux dangers énumérés par Me Marchand, on note la perte de 10% de la population du Vieux-Québec et la multiplication par quatre du nombre de touristes depuis 1985, pour atteindre 4 millions de visiteurs par année. L'administration Labeaume espère d'ailleurs doubler le nombre de croisiéristes, qui passeraient de 200 000 à 400 000 annuellement.

THE CANADIAN PRESS IMAGES/Francis Vachon
Des bateaux de croisière sont amarrés au Port de Québec. L'administration Labeaume souhaite doubler le nombre de croisiéristes accueillis à Québec pour atteindre 400 000 passagers d'ici 2025.

Contactés par le HuffPost Québec, les porte-parole du Centre du patrimoine mondial (CPM) de l'UNESCO tempèrent les craintes de M. Marchand et soulignent que Québec se trouve plutôt en bonne posture.

Il existe une «liste de sites en péril» qui regroupe actuellement 54 endroits. La plupart sont en danger de perdre leur statut patrimonial à cause de catastrophes naturelles ou de conflits armés. Le Vieux-Québec n'y figure pas.

Et les bouleversements causés par le tourisme, à eux seuls, n'amèneraient pas le Centre à désigner un site comme étant «en péril».

«On se réfère toujours à la déclaration de valeur universelle exceptionnelle (VUE) du site. Pour un quartier historique comme le Vieux-Québec, il faut vraiment qu'il y ait une menace aux briques et au mortier.»- Peter Debrine, responsable du tourisme durable au CPM

La déclaration de VUE du Vieux-Québec, adoptée en 1985, ne fait aucune mention de la fonction résidentielle du site. C'est son aspect de ville coloniale fortifiée et sa représentativité de la colonisation des Amériques qui retiennent surtout l'attention.

Ce qui ne veut pas dire que l'UNESCO n'a pas son mot à dire sur l'habitation et l'achalandage touristique.

«On a une politique de développement durable. Et pour la plupart des sites du patrimoine mondial, le développement se fait principalement autour du tourisme», souligne M. Debrine.

L'UNESCO peut donc se prononcer sur la vitalité d'un quartier patrimonial. Selon M. Debrine, l'organisme peut émettre des recommandations sur la gestion du tourisme, par exemple. Surtout le tourisme de croisière, actuellement en pleine expansion, qui déverse des milliers de touristes en un lieu donné pendant une courte période.

Les exemples de Venise et de Dubrovnik

L'UNESCO a d'ailleurs souligné la menace posée par le tourisme de masse à Venise, justement à cause des bouleversements causés par les quelque 30 millions de touristes qui y affluent chaque année. Le centre-ville de Venise a perdu la moitié de ses 100 000 habitants et une bonne partie de ses commerces de proximité depuis quelques années.

AP Photo/Antonio Calanni
Des personnes masquées circulent en gondole à Venise pendant le célèbre Carnaval, une des périodes fortes du tourisme dans cette ville de renommée mondiale.

«La pression touristique exceptionnelle sur la ville de Venise a entraîné une transformation partielle des fonctions de Venise et des centres historiques de la lagune. Cela inclut des transformations fonctionnelles de Venise et des centres historiques de la lagune, avec le remplacement de maisons de résidents en hébergements touristiques et le changement des activités et des services commerciaux de résidents en activités liées au tourisme, qui mettent en danger l'identité et l'intégrité culturelle et sociale du bien [patrimonial]», lit-on sur le site du CPM.

Une mise en garde semblable a été adressée à la Ville de Dubrovnik, en Croatie. L'endroit, rendu célèbre comme lieu de tournage de la série Game of Thrones, est envahi par les croisières depuis quelques années et un projet de complexe touristique a causé la controverse.

Quelques dangers

La situation du Vieux-Québec est à mille lieues de celle qui prévaut dans ces deux villes européennes. Dans sa fiche descriptive, l'UNESCO indique d'ailleurs que le site «jouit d'une solide protection juridique ainsi que de l'appui de tous les paliers de gouvernement impliqués».

Mais Me Marchand relève certains problèmes qui pourraient modifier le caractère du Vieux-Québec. Le dernier recensement a montré que la population continue de diminuer, quoique plus lentement qu'il y a 10 ans. La fermeture prochaine du Marché du Vieux-Port a relancé le débat sur le manque de commerces de proximité.

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Le patrimoine religieux est toujours présent, mais à l'intérieur des grands édifices comme le monastère des Ursulines, il ne se passe plus grand-chose. Jadis essentielles à l'établissement et au développement de Québec, les communautés religieuses ont quitté une à une la vieille-ville pour s'établir dans des maisons de retraite.

Et il y a le problème du maintien et de l'utilisation de certains bâtiments importants. Les «Nouvelles Casernes», construites en 1749, sont une des constructions les plus longues du régime français. Elles sont vides depuis 50 ans et la Commission de la capitale nationale ne leur a toujours trouvé aucune vocation, malgré des travaux de rénovation importants.

L'essentiel de la consultation publique sur le plan de conservation du Vieux-Québec est terminé. Mais les citoyens peuvent encore soumettre une opinion au Conseil du patrimoine culturel du Québec jusqu'au 22 avril.